Incendies : la France brûle et les pompiers attendent toujours les moyens promis

Alors que les feux font rage, les engagements pris après les mégafeux de 2022 sont restés lettre morte.
Crédit photo : Pexels
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« Cela fait plus de vingt ans que nous tirons la sonnette d'alarme et rien n'est fait aujourd'hui. » Pour Kenji Pere, vice-président national du Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels (SNSPP) interrogé par BV, l'été 2026 marque un nouveau tournant. Depuis le début de la saison, près de 7.000 départs de feu ont été recensés et plus de 50.000 hectares sont déjà partis en fumée. Trois sapeurs-pompiers ont perdu la vie en un mois et près d'une trentaine d'autres ont été blessés. Les flammes gagnent du terrain plus vite que les moyens destinés à les combattre.

Une sécurité civile sous tension

L'incendie qui ravage actuellement la Gironde en est l'illustration. Plus de 700 sapeurs-pompiers sont mobilisés, appuyés par des centaines de véhicules et la quasi-totalité de la flotte aérienne disponible. Pourtant, cela n'a pas suffi. La France a dû activer le mécanisme européen de protection civile pour obtenir le renfort d’appareils envoyés par la Croatie, le Portugal, la Tchéquie et la Slovaquie. Une image difficilement imaginable, il y a encore quelques années.

Pour Edwige Diaz, députée RN de Gironde interrogée par BV, cette situation révèle un profond manque d'anticipation. « L'extinction des incendies repose parfois sur les contributions volontaires des agriculteurs qui viennent avec leurs citernes. Cela en dit long sur l'état de délabrement de notre sécurité civile. »

Cette tension est aussi humaine. « Les moyens humains fatiguent parce qu'il y a beaucoup d'interventions », souligne, auprès de BV, Frédéric Breton, président du Syndicat national des sapeurs-pompiers volontaires. Entre les feux de forêt, les secours à personne et des interventions toujours plus nombreuses, les pompiers enchaînent les missions sans véritable répit. Même constat, chez Kenji Pere : « Aujourd'hui, on ne peut plus être sur tous les fronts. »

Des promesses toujours en attente

Après les mégafeux de Landiras en 2022, Emmanuel Macron promettait un « changement d'échelle » de la sécurité civile. Flotte aérienne modernisée, nouveaux équipements, adaptation à un risque devenu permanent : les annonces étaient ambitieuses. Quatre ans plus tard, les représentants des pompiers peinent à en mesurer les effets. « Nous sommes au 26 juillet. C'est déjà la plus grande épreuve de feu que nous ayons jamais connue en France », alerte Kenji Pere. Selon lui, 2026 dépasse déjà les records de 2022 et de 2025 alors que l'été est loin d'être terminé.

Le symbole le plus frappant reste celui des moyens aériens. La France dispose toujours de 12 Canadair, dont plusieurs sont régulièrement immobilisés pour maintenance. Au plus fort des incendies de juillet, seuls six appareils étaient réellement disponibles. Après les incendies de 2022, deux nouveaux Canadair avaient été annoncés pour renforcer la flotte. Mais en 2024, le gouvernement Attal a réduit les crédits de la mission « Sécurités ». Les deux Canadair ne décolleront jamais : leur commande a été annulée. « Ce qu'on subit là est la conséquence de mauvais choix politiques, d'immobilisme. Les macronistes ont fait le choix de regarder ailleurs, d'avoir d'autres priorités », déplore Edwige Diaz.

« Nous demandons toujours la même chose »

Au-delà des avions, les représentants des pompiers décrivent un système arrivé à saturation. Les renforts nationaux sont désormais constitués de personnels rappelés sur leurs jours de repos, tandis que les départements s'entraident au risque d'affaiblir leur propre couverture opérationnelle. « En 2022, nous demandions déjà les mêmes moyens. En 2026, nous demandons toujours la même chose », résume Kenji Pere. Pour le vice-président du SNSPP, « la sécurité civile est aujourd'hui passée au sixième plan des priorités ».

Les pompiers ne demandent ni médailles ni discours. Ils réclament des effectifs, des avions et des équipements. Après les promesses formulées au lendemain des mégafeux de Gironde, ils espéraient un véritable changement d'échelle. Quatre ans plus tard, le seul chiffre qui semble réellement avoir changé est celui des hectares partis en fumée.

Cet article a été mis à jour pour la dernière fois le 26/07/2026 à 11:48.
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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

108 commentaires

  1. Je ne connais pas bien le problème en France, mais je crains qu’elle ne diffère guère de celle de l’Espagnela situation ne soit pas très différente de celle de l’Espagne en ce qui concerne les feux de forêt. Quant au moyens aériens, la situation est certainement très similaire. Mais il existe un autre aspect du problème, que je connais bien pour l’avoir observé en Espagne, et qui, je le suppose, est similaire en France. il faut prévenir les feux de forêts durant l’hiver, comme le martèlent tous les experts du domaine, et pourtant, cela ne se fait pas.
    Or, cette opération, le débroussaillage des campagnes durant les mois d’hiver, n’est pas effectué en raison de l’Agenda 2030 malavisé, si car a Macron, a Sánchez et à la rusée von der Leyen.

  2. L’a400m c’est 20000 litres pour 135 millions d’euros. Le canadair 6137 litres pour 40 millions. Pour un coût quasi similaire et des pièces de rechange facile à avoir pour l’a400m, le canadair est donc une hérésie. Je rappelle que les USA utilisent des avions de ligne comme avions de lutte contre les incendies, il faut que les français sortent de leur paradigme.

    • CHECHE. Pour commencer, deux données exactes sur le gros porteur Airbus A400M (20.000 l.) et sur l’avion 6,25 fois plus léger Canadair CL-415 en fin de vie (6.137 l.), mais pas sur son successeur DHC-515 (7.000 l.). Ensuite, boum, des conclusions erronées, je dirais comme d’habitude. J’aurai peut-être l’occasion de revenir sur votre prose

      • « Un DC-10 capable de larguer 35 000 litres de produit ignifuge en seulement 8 secondes : voici l’arme aérienne que les pompiers américains utilisent pour freiner les feux les plus violents. » Aquitaineonline.com 25/07/26. Les avions a400m peuvent être quasiment à 100% disponibles contre 5 sur 12 pour les canadairs faute de pièces. « Sur les 12 Canadair dont dispose la France, seuls cinq étaient opérationnels vendredi, c’était sept samedi »   le Huffpost 26/07/26.

      • Question conjointe à CHECHE et CHECHE 2
        Faudrait savoir. C’est qui CHECHE 2 ? Est-ce le clone de CHECHE ou un autre lecteur ?
        Moi, mon seul pseudo est RIRI.06, pas RIRI.06-2. Vous voyez ou non la différence ?

  3. Les pompiers c’est comme Chambord, la sécurité du louvre ou de tous les musées, la santé… Plus d’argent pour
    Les français et la France mais pour tous les autres oui. l’État est uniquement là pour vous imposer et vous taxer…

  4. PIPO56 bonjour. Je réponds aux questions de votre post du 25/7 à 9h42
    —– CANADAIR CL-415. Opex360, bien informé sur le sujet, précise que notre Sécurité civile (DGSCGC) dispose de 12 Canadair CL-415 dont l’entretien est de plus en plus difficile à assurer. Rien d’étonnant à ces problèmes de maintenance, car si le CL-415 est un excellent bombardier d’eau apprécié par ses pilote, le fait est qu’il ancien, le premier exemplaire étant sorti de chaîne en 1993. Faute de commandes suffisantes, le constructeur canadien de Havilland a dû arrêter sa fabrication en 2015, cet arrêt touchant aussi les pièces détachées.
    Nos 12 vaillants CL-415 en service affichant des dizaines de milliers d’heures de vol, ils sont au bout du rouleau, en fin de vie, et le manque de pièces de rechange affecte drastiquement leur taux de disponibilité en rendant problématique leur Maintien en condition opérationnelle (MCO). Pour répondre à votre question, tout cela na rien à voir avec un changement de normes, mais est dû à un arrêt de la fabrication des avions et des pièces.

    —– CANADAIR DHC-515. En remplacement de nos braves CL-415 lesquels ne peuvent opérer que de jour, la France a commandé la version modernisée DHC-515 ayant le très gros avantage de pouvoir combattre les incendies la nuit en 24 heures sur 24, leur poste de pilotage étant équipés de dispositifs de vision nocturne.
    Les 2 premiers DHC-515 achetés en 2024 seront livrés en 2028, et 4 appareils supplémentaires ont été commandés en 2026 pour une livraison en 2032.
    Comme beaucoup, je pense qu’il faut arrêter d’alimenter la guerre en Ukraine et d’engraisser le régime corrompu de Zelensky pour mettre la priorité sur la sécurité de la France et des Français. Il est indispensable d’affecter une partie de ces fonds économisés à l’achat d’au moins 12 autres Canadair DHC-515 à environ 40 millions euros l’unité, soit environ 480-500 millions euros. A noter que vu les capacités industrielles du constructeur de Havilland, ces 12 avions supplémentaires seraient livrés au-delà de 2032.

  5. L’U.E, après plusieurs jours d’incendies, aurait fait envoyer de quelques Membres quelques Canadair dans les Landes et à Madrid. Afin d’illustrer la quai inutilité de cette Europe dans la lutte contre les incendies, ce ne sont pas quelques Canadairs qu’il aurait fallu mobiliser mais une véritable noria et en quelques heures seulement. Mais voilà….à Bruxelles on préfère envoyer des milliards à l’Ukraine ou tuer une partie de notre agriculture avec des accords en trompe l’oeil de type Mercosur. Tantpis pour nos pinèdes et autres forêts. Qu’il s’agisse d’un Sanchez aux abois ou d’un Lecornu désorienté, nos dirtigeants félicitent et remercient Madame Van der Leyen pour ses inutiles et inefficaces envois de quelques pompiers volants. Merci Madame, il n’y a vraiment pas de quoi….

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