Editoriaux - 16 novembre 2019

La santé nécessite des remèdes de fond

La manifestation des soignants du jeudi 14 novembre ne recouvrait pas seulement les problèmes du personnel hospitalier et ceux dont souffre l’hôpital public en général, car n’est que la partie émergée de l’iceberg et la conséquence d’un mal qui affecte tout notre système de santé.

Ce mouvement de protestation a commencé par celui des urgentistes en début d’année, car situés dans une zone stratégique de la distribution des soins, au carrefour de la médecine hospitalière et de la médecine de ville. Ils subissaient de plein fouet les conséquences d’une situation qui ne fait que se dégrader depuis au moins vingt ans.

Ils ont dénoncé, à juste titre, le manque de personnel pour faire face à un afflux, tous les jours plus important, de patients qui viennent chercher à l’hôpital une réponse à une demande de soins qu’ils ne trouvent pas en ville, et les conséquences des fermetures de lits, qui obligent parfois certains malades à attendre plusieurs dizaines d’heures (voire plusieurs jours !), sur un brancard avant qu’on ne puisse les admettre dans le service auquel ils sont destinés.

Plutôt que reconnaître que les salaires insuffisants, tant pour les médecins que pour le personnel paramédical, sont la principale cause de vacances de postes, certains directeurs d’hôpitaux, pour ne pas remettre en cause le poids financier de la bureaucratie qui pèse sur tous les hôpitaux depuis quelques années, n’hésitent pas à fustiger les médecins qui préfèrent des postes d’intérimaires (payés 50 € de l’heure) à des postes d’attachés ou d’assistants aux salaires à peine supérieurs au SMIC.

D’autres critiquent la dégradation de la médecine de ville et la mauvaise prise en charge des soins non programmés, qui renvoie tous ces patients vers l’hôpital public, alors qu’il y a vingt ou trente ans, les médecins généralistes assumaient ce besoin. Mais comment faire autrement avec le numerus clausus qui a réduit de manière dramatique le nombre de médecins, et avec des jeunes praticiens qui ne veulent plus être taillables et corvéables comme leur aînés. Ces problèmes apparaissent maintenant de manière d’autant plus criante que l’ancienne génération de praticiens a pris sa retraite et que seule persiste la jeune génération, nettement moins nombreuse.

À tout cela s’ajoutent les critiques sur le mode de financement des hôpitaux publics, qui devrait s’intégrer dans une reformulation globale du système de santé, afin de considérer que ce n’est pas un simple coût mais que cela peut aussi être un élément producteur de richesse (encore faudrait-il exonérer ces dépenses de celles liées à la fraude à la carte Vitale et au tourisme médical, que certains estiment à plusieurs milliards d’euros).

En matière d’économie sur les dépenses de santé, on pourrait aussi revoir la part que prend l’industrie pharmaceutique qui impose trop souvent ses prix, s’assurant ainsi une rente sur le dos du contribuable.

Le Président Macron a affirmé avoir « entendu la colère des manifestants et leur indignation face à des conditions de travail qui sont parfois devenues impossibles ». Espérons qu’il saura stimuler la prise de décisions efficaces, car les problèmes que rencontre aujourd’hui la santé, en France, dépassent très largement le cadre de l’hôpital public et ne se contenteront plus de la simple pose de « rustines ».

Mais pour l’instant, ce que nous savons du projet de loi « Ma santé 2022 », censée résoudre ces problèmes, ne nous incite pas à l’optimisme !

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