Editoriaux - Santé - 13 juin 2019

Les urgences : un problème qui dépasse le cadre de l’hôpital !

Contrairement à Notre-Dame, le feu couvait depuis déjà longtemps lorsque l’incendie s’est propagé aux urgences hospitalières. Depuis des mois et des mois, le personnel médical et paramédical dénonce un manque de moyens qui ne lui permet pas de travailler dans de bonnes conditions et dont les malades font les frais. Mais ce manque de moyens, pour réel qu’il soit, n’est que l’une des causes de ce malaise.

Un des principaux éléments de cette crise est constitué par l’afflux anormal de patients dans ces services qui devraient être normalement réservés aux malades dont l’état nécessite le recours à des techniques hospitalières. Ce n’est, bien sûr, pas le cas, et toute la petite pathologie qui pourrait facilement être traitée en ville s’accumule dans les salles d’attente et vient grossir le flot des arrivants.

Rien d’anormal à tout cela, certaines villes et de nombreux villages manquent de médecins (merci, numerus clausus) et ils ne sont plus taillables et corvéables à merci comme l’étaient leurs aînés ; ils travaillent sur rendez-vous, à l’abri derrière un secrétariat téléphonique anonyme, ce qui leur permet d’avoir une qualité de travail qu’ils ont sans doute raison de rechercher, mais qui ne permet pas de prendre en charge ce qu’il est convenu d’appeler, maintenant, les « soins non programmés » comme, par exemple, l’enfant qu’on va chercher à l’école à 17 heures, qui présente une fièvre et des douleurs d’oreilles et pour lequel il est tout à fait légitime d’avoir une consultation médicale rapide, même si sa vie n’est pas en jeu. Ne pouvant joindre un médecin généraliste ou obtenir un rendez-vous avant 48 heures, le malade se tourne alors vers les urgences, car il sait qu’il y sera accueilli même s’il doit attendre entre 4 et 6 heures.

Cette petite pathologie encombre les services hospitaliers mais fait le bonheur de l’administration, qui y voit une source de revenus non négligeable. De même que les directeurs d’hôpitaux sont ravis d’accueillir dans leurs services des médecins étrangers qui se contentent de postes d’attachés ou d’assistants, payés deux à quatre fois moins qu’un poste de praticien hospitalier pour un travail strictement identique. Malgré cela, le nombre de médecins reste très souvent insuffisant dans ces services et l’administration doit, alors, avoir recours à des praticiens intérimaires (bien payés, certes : entre 50 et 60 euros de l’heure, mais sans congés payés ni avantages sociaux), faute d’avoir embauché suffisamment de praticiens hospitaliers.

Après que le malade a été examiné, il arrive fréquemment qu’il reste de longues heures sur un brancard dans l’attente d’une chambre, car les pénuries de lits dans l’ensemble des services ne font qu’aggraver l’encombrement des couloirs des services d’urgence.

Pour éviter cet afflux massif de malades ne présentant que de petites pathologies dans les hôpitaux, il est souhaitable que puissent se développer rapidement des centres de soins urgents en milieu urbain et rural, pour accueillir toutes ces consultations non programmées qui n’intéressent plus les médecins généralistes. Mais les ARS (agences régionales de santé), au lieu de chercher à promouvoir ces unités en milieu extra-hospitalier, seules capables d’éviter l’encombrement des services car agissant en amont de l’hôpital, préfèrent essayer de réactiver les services de garde des généralistes en les accolant au service des urgences hospitaliers. Mais les médecins ne reprennent pas facilement le chemin des gardes, et partout où l’expérience est tentée, cela ne change rien.

Il n’y aura pas de remède miracle pour les urgences hospitalières et on peut augmenter le nombre de médecins et d’infirmières à l’infini, on n’arrivera pas à un résultat satisfaisant si on ne développe pas, en amont, des structures capables d’absorber tous ces malades qui finissent par arriver à l’hôpital, faute d’avoir une réponse satisfaisante en ville ou en campagne.

Le problème des urgences n’est que la partie émergée de l’iceberg et nécessitera, pour être résolu, des réformes et des mesures qui devront s’étendre bien au-delà du système hospitalier, qu’il soit public ou privé.

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