Elles sont une centaine. Certaines enceintes, et bien enceintes. D’autres, poussettes en mains. Écharpe blanche en bandoulière, en signe de paix et de dialogue, elles viennent porter à leur ministre de la Famille une lettre résumant leurs craintes et leurs suggestions concernant la loi Famille, ou plutôt la loi Familles en gestation. Ce travail préparatoire, elles n’y ont pas été associées, pas plus que l’Union nationale des associations familiales. Elles s’inquiètent de l’influence sur Dominique Bertinotti d’ardents défenseurs de la procréation médicalement assistée pour les couples lesbiens, voire des mères porteuses, à l’instar de la sociologue , bombardée à la présidence d’un des quatre groupes de réflexion, et qui a déjà annoncé sa conclusion: « Ouvrir la possibilité d’adoption aux couples non mariés parce que, tout simplement, ça va de soi. »

Elles sont donc une centaine, et se sont retrouvées devant le Mur de la Paix, sur le Champ-de-Mars, à Paris. L’ambiance est bon enfant entre ces femmes de tous âges, alignées en sentinelles avant un passage en revue. Elles marchent maintenant vers la rue Saint-Dominique, en file indienne sur le trottoir, pour ne pas gêner la circulation. Le ministère n’est plus qu’à 500 mètres, et elles espèrent encore être reçues par Dominique Bertinotti, ou à défaut par l’un de ses subordonnés, afin que, dans ce d’apaisement qui s’est abattu sur la France depuis mai 2012, on puisse échanger un peu, même sans être d’accord sur tout.

Leur manifestation a été déclarée à la préfecture de . Aucune interdiction ne leur a été formulée. Au nom de quoi, d’ailleurs ? Risquent-elles de troubler l’ordre public ? Elles ont juste à cœur de défendre le plus faible, en permettant à chaque enfant, si ce n’est de grandir avec ses parents, du moins de les connaître, comme la Déclaration des droits de l’enfant est censée le leur garantir. Elles veulent parler de leur conscience violée, de leurs tripes nouées par ces lois sociétales faisant de l’enfant un objet de droit, et non plus un sujet de devoir. Elles veulent dire non à la , non à la littérature de jeunesse prônée dès les classes de primaire, et renvoyant hétérosexualité et homosexualité dos à dos, comme une équivalence pure et parfaite.

Une trentaine de policiers les encercle rue Saint-Dominique. Elles s’assoient, pour résister pacifiquement à cette atteinte arbitraire à leur liberté d’aller et de venir. Les policiers, sans doute sous-armés pour affronter la horde, laissent place aux CRS, cuirassés pour le combat… Ils regardent dans le vide pour ne pas voir la femme enceinte de huit mois assise sur la chaussée, ou encore ces bébés en poussette qui pourraient les faire s’interroger sur le bien-fondé de tout ça. Un gradé glisse à l’oreille de son voisin : « Si la femme enceinte nous fait un malaise, ça va être affreux. »

Au fond, ils sont sympas, ces CRS, même s’ils ressemblent à des types qui croyaient que c’était soirée déguisée, mais en fait non. Alors on en rigole. On leur trouve des slogans : « Des primes de risque pour la police ! » On leur suggère de se méfier : un petit garçon en poussette porte un bonnet rouge. On leur offre des chouquettes. Finalement, tout le monde est à la même enseigne en ce jour : tous otages d’un gouvernement autiste et sectaire qui, à force de dresser les Français les uns contre les autres, les poussent à la fraternité dans une commune détestation d’à peu près tout ce qu’il entreprend.

Une heure, deux heures de tractations. Le groupe repart, mais interdiction d’approcher trop près du ministère. Plusieurs femmes aventurées se voient menacer d’une garde à vue, secourues in extremis par un avocat qui rappelle aux policiers leur obligation de ne pas exécuter un ordre manifestement illégal. Ce qui est manifestement le cas. Après trois heures d’encerclement, une femme et une seule est autorisée à jeter la missive dans la boîte aux lettres du ministère. La fin du rassemblement est assez violent et quelques-unes sont traînées sans ménagement. Plusieurs ont encore le courage d’aller porter plainte pour le traitement subi.

C’était le lundi 9 décembre 2013, an II du règne de . Des mères de famille voulaient faire part à leur ministre de leurs inquiétudes. Elles ont été reçues par une police qui mériterait de donner des cours de maintien de l’ordre à et consorts. Le tout dans l’indifférence médiatique la plus totale, et notamment celle des journaux féminins conviés pour l’occasion. Chez Elle, on était sans doute occupé à faire un classement pour savoir si Christiane Taubira, la personne de sa génération qui a probablement le plus fracturé le pays, devait être élue femme de la décennie ou du siècle.

Elles étaient une centaine, mais en représentent des millions d’autres. Ce sont les Mères Veilleuses. Avec un grand M et un grand V.

9 décembre 2013

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