Elle était, il y a voilà un mois, à Marseille, fin septembre à Belfort… Ce dimanche, elle faisait étape à Calais, c’est dire que l’embarquement vers l’Angleterre se précise : si les passeurs sont au rendez-vous, dans quelques jours, Amal aura atteint Manchester, la destination tant rêvée par-delà la Manche.

Amal est une marionnette genrée : c’est une petite fille et son nom est « Petite Amal ». Elle est genrée ET syrienne. Très moche, aussi, avec un vilain rictus sur le visage et le teint verdâtre. Sans blague, si j’avais encore des enfants en bas âge, je me garderais bien des les emmener la voir passer. Elle est partie de en juillet, est passée par la Grèce, l’Italie, la Suisse, l’Allemagne, les Pays-Bas, la et vient de s’offrir une traversée de la France du sud au nord avant d’admirer la terre promise depuis les falaises de Calais.

Aussi moche soit-elle, du haut de ses 3,50 m, Amal est une belle personne ; c’est le « porte-voix des enfants en exil ». Elle est née en 2015, dans la jungle de Calais, où la compagnie Good Chance Theatre offrait un « pestacle » aux migrants. Intitulée The Jungle, la pièce a connu un vrai succès, nous dit-on, « contribu(ant) à un dialogue mondial autour de la crise d’accueil des réfugiés ». L’équipe de Good Chance ayant « senti que la Petite Amal avait encore beaucoup à dire », l’idée leur est venue de lui faire parcourir 8.000 km à travers l’Europe. Une nouvelle Odyssée, en quelque sorte, si bien qu’« à présent, l’histoire de la Petite Amal s’est transformée en voyage épique : son personnage prend la forme d’une marionnette géante extraordinaire, fabriquée par les créateurs de War Horse Handspring Puppet Company ».

Dans la dépêche AFP reprise, ce lundi, par tous les médias, on sent poindre comme un regret. C’est une dame du Secours catholique local qui s’exprime : « La maire Natacha Bouchart (LR) a refusé qu’Amal arrive sur la plage face à la mer et traverse la ville, c’est pour cela que notre quartier a été retenu pour l’accueillir le plus discrètement possible. » Refusée dans la jungle, Amal a donc été accueillie près du vieux fort Nieulay par 400 Calaisiens « dont de nombreux enfants et familles, défenseurs des droits de l’homme et associatifs, ainsi que quelques responsables politiques d’opposition ».

On avait tout bien fait : « La marionnette était accompagnée d’une nuée de cerfs-volants brandis par les enfants du quartier, fabriqués dans des chutes de tentes d’exilés saisies lors des démantèlements réguliers de leurs campements par les forces de l’ordre, au son d’une chorale et d’un orchestre ambulants. » Seule ombre au tableau : les migrants avaient boudé la cérémonie, préférant faire la queue pour la soupe populaire !

Un gentil petit Quentin, venu en famille, confiait lui aussi son émotion : « On se rend compte de ce qu’endurent les enfants comme nous (sic) qui doivent quitter leur pays pour aller en Angleterre » ; parce que la destination finale, c’est toujours l’Angleterre, cet eldorado. Il se tenait près d’une grande banderole « Every child has the right to play » (« Tous les enfants ont le droit de jouer »). C’est sûr.

La dépêche de l’AFP se conclut, toutefois, sur une note optimiste : « Amal devait ensuite déambuler dans la soirée près de la frontière belge, sur la plage de Bray-les-Dunes, avant de gagner le Royaume-Uni, non sur un canot pneumatique mais via le tunnel sous la Manche. » C’est dommage, hein, parce que c’était chouette, le canot pneumatique. On aurait aussi pu imaginer une retraite aux flambeaux pour accompagner Amal la Syrienne sur son frêle esquif, et pourquoi pas une randonnée en patins à roulettes – comme on en faisait pour soutenir l’otage Florence Aubenas – pour l’escorter jusqu’à Manchester.

L’Odyssée de la Petite Amal est une magnifique parabole de notre temps : on s’agite, on court après des cerfs-volants, on danse autour d’une marionnette… comme si le problème de l’ n’était que la mise en scène des migrants !

 

18 octobre 2021

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