Qui l’eût cru – ou cuit –, revoilà la (mal)bouffe au cœur du débat. Après Darmanin et sa chasse aux denrées « communautaires », c’est un nouvel épisode de la guerre carnée qui se joue sur fond de transparence.

On a connu les défenseurs de la cause animale s’attaquant aux bouchers pour les désosser. Voilà maintenant la riposte : le Parlement européen s’apprête à voter un amendement visant à interdire d’utiliser des noms de plats à base de viande pour désigner des produits végétariens, rapporte BFM TV. Dans le broyeur : les hamburgers et les hot-dogs.

Les industriels du lobby de la viande sont soupçonnés d’être à la manœuvre. Au nom de la défense du client, c’est entendu, lequel ne saurait être trompé sur la marchandise. C’est vrai, quoi, qu’on lui refile de la viande de cheval pour du porc, ça n’est pas bien grave, c’est toujours de la viande, mais lui faire avaler un pavé de graines pilées et appeler ça un steak, hors de question !

C’est la guerre entre les végans et les carnivores. Il fallait s’y attendre, d’autant que la mode du sans-viande n’a d’égale que celle du sans-gluten. Et les chaînes, y compris celles estampillées malbouffe, ont senti souffler le vent de l’Histoire : elles proposent, maintenant, des menus végétariens avec des plats alléchants « qu’aimeraient bien avoir l’air » mais n’ont pas le goût du tout, pour plagier feu Jacques Brel. Et donc, dans la droite ligne de l’arrêt de la Cour européenne en date du 14 juin 2017 précisant qu’« un produit carné étant dérivé exclusivement de matière animale, il doit en contenir les constituants », il ne sera plus possible d’« associer les mots “steak”, “saucisse”, “escalope”, “burger” ou “hamburger” à des produits qui ne sont pas du tout composés de viande ».

Les industriels de l’agroalimentaire sont furieux. Le doux fumet du véganisme avait gonflé leurs finances et l’atavisme génétique de « la carnitude » étant ce qu’il est chez l’Homo sapiens du Vieux Continent, sa femelle et ses enfants, ils s’accommodaient fort bien de la saucisse végétale et du hamburger du même métal.

Déjà, au cœur du printemps « covidé », le 27 mai dernier, l’Assemblée votait un amendement sur la « transparence de l’information sur les produits alimentaires » interdisant déjà certains termes comme « steak », « saucisse » ou « filet » pour dénommer les préparations à base de végétaux, cela de même qu’on ne peut plus, depuis 2017, dénommer « lait » les boissons à base de riz, avoine, soja, etc. Cette fois, le Parlement européen franchit une étape en voulant interdire les dénominations « hamburger » et « hot dog ».

« Si cela passe, le secteur en plein essor des protéines végétales dans l’Union européenne pourrait être contraint de renommer ses hamburgers et saucisses avec des termes bizarres tels que “disques sans viande” et “tubes à base de plantes” », déplore la représentante du Good Food Institute. C’est moins glamour, forcément, et surtout moins excitant pour les papilles.

Franchement, devoir commander un « tube-mayonnaise » ou un « disque aux oignons » ne fait guère saliver… Il va pourtant falloir s’y faire, car la loi de « Transparence de l’information sur les produits alimentaires » est claire, portant dans son article 2 « interdiction d’utiliser les dénominations associées aux aliments d’origine animale (steak, filet, saucisse…) pour décrire, promouvoir ou commercialiser des produits contenant une part significative d’aliments d’origine végétale. »

Adieu, donc, hamburgers et hot-dogs végans qui vont assurément disparaître dans le cadre de cette nouvelle réforme de la PAC. Alors, un peu d’imagination, que diantre ! Pourquoi pas « sauciflore » ou « hambourbé », très bucoliques ?

22 octobre 2020

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