Cette semaine, Mme von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a présenté un plan de relance de l’économie que les médias ont appelé « Plan de 750 milliards d’euros ». Cette annonce a suivi de quelques jours la fameuse conférence commune Macron-Merkel, qui avait fait état d’un plan de 500 milliards d’euros.

Le plan annoncé le 27 mai, à Bruxelles, se décompose en fait de 433 milliards d’euros affectés directement sous forme de dons aux États les plus touchés par la pandémie, 67 milliards sous forme de garantie bancaire et 250 milliards sous forme de prêts aux États membres. Sur les 433 milliards de dons, l’Italie devrait recevoir 82 milliards, l’Espagne 77 milliards, la Pologne 38 milliards, la France 39 milliards et l’Allemagne 29 milliards. Quant aux 250 milliards de prêts, l’Italie recevrait 91 milliards, l’Espagne 63 milliards, la Pologne 26 milliards ; rien pour la France et l’Allemagne.

Au vu de ces chiffres, on en conclurait presque que la France serait donc parmi les pays les moins touchés par le Covid-19, au même titre que l’Allemagne. Or, la France a subi plus de décès que l’Espagne et la récession, au premier trimestre, a été plus forte en France que partout ailleurs : -4 % en Italie, -5 % en Espagne, -2 % en Allemagne, -6 % chez nous… La France recevrait donc seulement 10 milliards de dons de plus que l’Allemagne, qui a eu trois fois moins de décès, une récession bien moins dure et se trouve en situation financière nettement meilleure. La France est largement moins dotée que l’Italie, certes en situation fragile du fait de son endettement record, mais dont l’économie semble avoir moins souffert, durant cette période, que la nôtre. La France est également nettement moins dotée que l’Espagne, mais aussi que la Pologne. Or, la Pologne a eu à peine plus de 1.000 décès, la récession y est moins forte, l’endettement de départ bien moins important.

Mais alors, pourquoi la France est-elle à ce point le parent pauvre de ce plan ? L’Italie et la Pologne ont obtenu plus que nous : eh oui, les deux pays sont des eurosceptiques. L’Italie a déjà installé des instruments de rechange pour une éventuelle sortie de l’euro (minibot, sorte de titres de créances sur l’État négociables) et s’est rapprochée de la Chine, des États-Unis, de la Russie pour être secourue en cas de défaillance sur sa dette. Quant à la Pologne, dirigée par Droit et justice, elle est le fer de lance du groupe de Visegrád aux côtés de la Hongrie. La répartition des sommes allouées ne correspond donc pas aux besoins réels de chaque pays mais à la menace que chacun fait peser sur la Commission quant à une éventuelle sortie de l’Union. Pologne et Italie ont monnayé cher leur maintien dans l’Union. Pendant ce temps, Macron se présentait à la tribune aux côtés de Merkel, fier de donner l’illusion qu’il codirige l’Union avec la chancelière : la France de Macron est européiste jusqu’à la moelle au point d’en sacrifier ses intérêts. Or, nous allons subir plus que tout autre pays le contrecoup de la pandémie… Mais la survie de l’Union européenne en dépend, alors…

Car il est clair que toutes ces aides relèvent, pour la première fois, d’une mutualisation de dettes à l’échelon européen : la Commission va emprunter les 750 milliards, qui seront remboursés non par chaque État mais par un impôt européen en discussion (on parle de taxe numérique ou sur les émissions de gaz carbonique). « C’est le moment de l’Europe », a commenté Mme von der Leyen, sans doute inspirée par le secrétaire au Trésor américain Hamilton qui, à la fin du XVIIIe siècle, avait arraché le fédéralisme américain par la mutualisation des dettes des États. Bruxelles mais aussi Macron et Merkel espèrent ainsi arriver au même résultat : le fédéralisme européen, à coups de milliards empruntés sur les marchés, l’Union européenne par l’enlisement des nations sous une montagne de dettes, plus de souveraineté, et des sommes colossales à rembourser. Il n’y a vraiment pas de quoi s’enthousiasmer, plutôt de quoi s’inquiéter de savoir à quelle sauce nous serons mangés…

À lire aussi

Terrorisme récurrent : l’erreur est humaine, persister dans l’erreur est un crime

Nos gouvernements et belles âmes n'ont de cesse d'évoquer le sacro saint principe de préca…