Il y a les ambitieux. Il y a les intelligents. Il y a les efficaces. La réunion des trois donne .

Ce n’est pas lui qui va s’excuser sans cesse d’être passé d’un camp à l’autre. D’ailleurs, il a trouvé une formule magique : comme il a bougé sur le plan social et politique, il continue à dire du bien de ceux qui l’ont connu avant. Il parle toujours avec amitié de Xavier Bertrand et de . Comme s’il ne les avait jamais quittés. Ou comme s’il n’excluait pas, un jour, de revenir dans le giron du premier.

Depuis deux ans, il est devenu un ministre essentiel de la Macronie. Indispensable dans un monde qui a donné l’impression de dépasser la droite et la gauche avant de revenir à quelques fondamentaux dans le maniement desquels Gérald Darmanin est passé maître. Son oralité vive et brillante, apparemment spontanée, délibérément mais prudemment provocatrice, représente un atout dans ce gouvernement et cette majorité qui sont ravis, tout à coup, de ne plus s’ennuyer en écoutant l’un des leurs.

Il ne faut pas croire que Gérald Darmanin ait fixé des limites à son ascension. D’ailleurs, pourquoi le ferait-il alors qu’il n’a aucune raison, en se comparant, de se déprécier, de ne pas rêver d’un futur encore plus éclatant ?

On est habitué à subir une inconditionnalité quand le cercle proche du président de la République l’évoque. C’est donc une bouffée d’air et de salubrité mentale que de lire Gérald Darmanin critiquer l’entourage choisi par , qu’il juge « trop parisien, trop bourgeois, trop techno, trop strauss-kahnien […] Il manque sans doute autour de lui des personnes qui parlent à la France populaire […] Des gens qui boivent de la bière et mangent avec les doigts. Il manque sans doute un Borloo à Emmanuel Macron » (Paris Match).

On est loin de la maladresse du Darmanin évoquant les dîners à 200 euros dans des restaurants parisiens.

Au contraire, dans ses propos, il y a un étrange mélange de gilets jaunes, de pied de nez à Benjamin Griveaux et de référence à Borloo.

Gérald Darmanin ne cache pas qu’il serait la parfaite incarnation du courant populaire dont le pouvoir a besoin. J’interprète, d’ailleurs, son allusion à Borloo comme une sorte de modestie contrainte : difficile, pour lui, de se placer en première ligne !

Tout de même, ce n’est pas rien que cette charge rude contre un clan dont les caractéristiques semblent être, en effet, celles qu’il dénonce. La France du pouvoir contre celle d’en bas, la dogmatique, l’abstraite, contre la vraie. Celle de Macron contre celle de Darmanin ? Pourquoi ne pas aller jusque-là, il me semble inévitable d’oser cette extrémité.

Je veux bien croire que ce vif-argent, ce cynique souriant et s’affichant tel, ce chanceux de la retenue à la source, cette anguille subtile et pugnace dont la colonne vertébrale fixe est d’aller le plus haut possible, ce talent exploité mais pas encore assez, ne jetant personne mais s’assurant tout le monde, lucide dans ses jugements, certain de faire mieux que ceux qui l’entourent, à sa place mais impatient de monter, populaire dans l’âme, politicien jusqu’au bout des ongles, commence à se sentir à l’étroit avec Macron.

Extrait de : Justice au Singulier

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