Julien Dray aurait proposé, si François Hollande s’était représenté, ce slogan : La France, c’est nous.

Notre dorénavant ex-président de la République l’aurait accepté à coup sûr.

Parce qu’il était tellement révélateur d’une unanimité apparente mais d’une véritable ambiguïté, et qu’il ressemblait au fond tellement à sa personnalité.

“La France, c’est nous” aurait pu si facilement se lire, s’interpréter comme “la France, c’est nous seulement”, nous les socialistes, les gens de gauche, les humanistes, les progressistes, les belles âmes par définition.

Pas les opposants au mariage pour tous. Pas les huit millions de citoyens ayant voté pour le Front national au premier tour de l’élection présidentielle. Pas les victimes des crimes et délits ordinaires. Pas les sinistrés d’un État trop faible. Pas tous ceux que la haine et le désespoir avaient gangrenés et qui, tombant dans le racisme, l’antisémitisme, la violence, faisaient toujours partie de la communauté nationale. Pas les Français qui se déshonoraient en évoquant leur identité et craignaient de tout perdre à cause des immigrés. Pas les naïfs qui aimaient trop la France pour supporter qu’on ne retienne que les pages sombres de son Histoire et qu’elle se repente sans cesse. Pas ces réactionnaires hors d’âge aspirant à voir restaurées des vertus aussi discutables que l’autorité, la fermeté, la rigueur, la cohérence, l’allure, la sincérité et la dignité.

La France, c’est nous. Nous seuls. Nous qui pensons bien. La vraie France. Et c’est sur ce slogan que nous aurions dû offrir une seconde chance à François Hollande puisqu’il avait radicalement gâché la première ?

Rien qu’à cause de cette promesse dévoyée, de ce rassemblement manqué, on n’a pas le droit de soutenir que la France va mieux qu’en 2012, comme François Hollande l’a encore déclaré rue de Solférino !

Non, la France, c’est nous tous. Ce n’est pas la même chose ; l’affirmation, au contraire, d’une universalité démocratique qui n’est pas si évidente que cela puisque, malgré les engagements initiaux trop souvent de pure forme, les présidents de la République se sont vite ingéniés à les trahir.

La France tout entière, sans discriminer les bons et les mauvais. Les gens qui pensent comme nous ou contre nous. Les trop présents et les oubliés. L’éclat et l’obscurité. Les profondeurs et la surface.

Extrait de : Justice au Singulier

15 mai 2017

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