Editoriaux - Religion - 22 septembre 2019

La Fondation de l’islam de France peut-elle cousiner avec l’islamisme saoudien ?

Vous connaissez Ghaleb Bencheikh ? Fils d’un ancien recteur de la Mosquée de Paris, il dirige depuis 2018, après Jean-Pierre Chevènement, la Fondation de l’ de France. Très investi dans le dialogue avec les autres religions, il a la réputation d’être un « républicain », soucieux de réconcilier la nation française avec sa composante islamique. Une position qui lui vaut des critiques, à la fois des fondamentalistes musulmans et des laïques convaincus.

Or, voici qu’il altère cette figure de médiateur : il a organisé, le 17 septembre, une « conférence internationale pour la paix et la solidarité »» avec la Ligue islamique mondiale (LIM), un des organes de diffusion du wahhabisme dans le monde. Cette Ligue a pour objectif de « propager l’islam » et d’« entreprendre des projets en matière de propagande islamique, d’éducation et de culture ». Son secrétaire général Mohammed Al-Issa, ancien ministre du royaume saoudien, ne passe pas pour un tiède.

Dans un entretien au Point, le président de la Fondation de l’islam de France a devancé les critiques qui ne manquent pas d’être formulées à cette occasion. « Je parle à tout le monde ! », déclare-t-il, citant aussi bien le Grand Orient de France que l’UOIF. Invité à la rencontre annuelle des Musulmans de France, au Bourget, il reconnaît être « parfois applaudi, parfois conspué ». Il refuse de « changer [son] discours en fonction des gens », ajoutant : « Tant pis si on veut me faire passer pour un crypto-islamiste qui voudrait normaliser les relations de la République avec le radicalisme… ou à un mécréant qui participe à la domestication de l’islam par le pouvoir. »

S’il est sincère, peut-être fait-il preuve d’un réel courage : il aurait reçu des menaces de mort. Mais ne manifeste-t-il pas une naïveté excessive ? Quand on sait que la LIM est soupçonnée de financer le salafisme et le djihadisme, on devrait prendre quelques précautions. Loin d’émettre des réserves, il fait l’éloge de son secrétaire général. C’est « un homme qui dit vouloir ouvrir une nouvelle ère […]. Il condamne le terrorisme. [Il a] clairement rappelé que les musulmans hors terre d’islam doivent accepter que la Constitution l’emporte sur la loi religieuse […]. Nous allons signer un mémorandum qui entérine le respect de la liberté de conscience et qui prévoit un suivi dans le temps de ces engagements. » Bref, l’ex-ministre saoudien serait « dans une logique de réforme et d’ouverture », qu’il faut « accompagner ».

Chacun jugera ces propos. On peut constater que tous ces engagements restent verbaux et que le passé, c’est le moins que l’on puisse dire, ne plaide pas en faveur d’un assouplissement de l’islam. Il est étonnant d’entendre évoquer la « liberté de conscience » à propos d’une religion qui interdit l’athéisme, l’apostasie, la critique de la religion et le blasphème. Rappelons qu’en 1999, le Conseil français du culte musulman avait refusé de reconnaître le droit de changer de religion. Dans ces conditions, prétendre que les musulmans « hors terre d’islam » doivent respecter les lois de la République ne relève-t-il pas du vœu pieux ? Cette apparente tolérance risque fort d’apparaître comme un moyen de lever la méfiance à l’égard de l’islam.

Angélisme ou duplicité, le résultat est le même : on baisse la garde au lieu de défendre résolument des principes. Dans cette affaire, Ghaleb Bencheikh, fût-ce à l’insu de son plein gré (selon la formule d’un coureur dopé), serait le dindon de la farce.

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