Editoriaux - Santé - Société - 22 septembre 2019

Agnès Buzyn et la raison médicale : le divorce

Au moment où, en refusant d’appeler à manifester, l’Église capitule en rase campagne dans cette mère des batailles qu’est la question de la procréation médicalement assistée (PMA), la voix de la sagesse – une fois n’est pas coutume – nous vient de savants qui, en principe, savent de quoi ils parlent. L’Académie nationale de médecine, le samedi 21 septembre, a émis un avis critique, approuvé de façon écrasante par 61 de ses membres, contre 11, et 5 abstentions.

Et l’argumentaire de cette prise de position est assez justifié pour qu’on en mesure la gravité. Prenant en compte le droit de l’enfant, elle rappelle que l’autorité du père, de plus en plus malmenée, ne saurait être amputée d’une éducation équilibrée, bâtie sur la complémentarité entre le pôle féminin et le pôle masculin. Il s’agirait d’une « rupture anthropologique majeure ». Le ton est grave et place les responsables politiques devant, sinon leur conscience, du moins les conséquences de leurs actes, souvent fondés sur des considérations électorales ou idéologiques.

La réaction du ministre de la Santé, Agnès Buzyn, n’a pas tardé, et dépasse l’entendement. Certes, nos dirigeants nous ont habitués à prendre beaucoup de liberté avec la réalité. Cependant, il faut bien avouer que Mme Buzyn, assurée du soutien de lobbies bruyants et médiatisés outrancièrement, s’attaque à un gros morceau en répliquant à une haute assemblée de scientifiques dont on pense qu’ils ont quand même quelque raison de juger le projet de loi de bioéthique, sur le point concernant la PMA. Elle juge donc que cette prise de position de l’Académie est « en tous les cas peut-être datée ».

Étrange argument. La vérité est-elle une question de date, de moment historique ? On concédera que la science évolue et que le doute lui est une saine garantie de véracité provisoire. Il se peut, alors, qu’autant de médecins, bardés de diplômes et chargés d’expérience et d’années d’études, soient dans l’erreur, ce qui peut susciter, il faut quand même en convenir, un certain scepticisme. Toutefois, pourquoi Mme le ministre de la Santé serait-elle, elle, dans la vérité ? Parce que des enquêtes orientées, anglo-saxonnes, fragiles – comme le font remarquer nos experts -, proclament que la vie des enfants sans père est un long fleuve tranquille ?

Il est indispensable, on le comprend, de réfléchir et de ne pas agir à la légère. Un enfant grandit et les séquelles d’un traumatisme quelconque, par exemple l’absence de père, peuvent apparaître fort tardivement, après l’adolescence.

Du reste, il n’est pas besoin d’avoir passé un doctorat de pédopsychiatrie pour constater, chez les élèves de familles monoparentales, où l’autorité paternelle est absente, des cas d’instabilité, de troubles du comportement, de signes d’une déconstruction de la personnalité, dont la scolarité fait les frais. Tout enseignant le sait. Mais il est vrai que tous ne sont pas ministres, pour dénier la réalité des faits.

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