Gérald Darmanin n’est pas un ami de confiance. L’homme qui veut la peau de Génération identitaire a beaucoup changé d’avis. Ses convictions d’hier ne sont plus celles d’aujourd’hui. Ses ennemis s’en amusent et aiment lui rappeler l’époque où il fleurtait avec la Manif pour tous et les milieux conservateurs. Notre jeune ministre de l’Intérieur aurait-il fini d’expier ?

Né de religion catholique, Gérald Moussa Darmanin a fait ses premières armes en politique au RPR. À l’époque, peu perméable aux idées progressistes du moment, il rejoint notre cher Christian Vanneste bien connu des lecteurs de Boulevard Voltaire. Conseiller municipal de Tourcoing, conseiller régional du Nord-Pas-de-Calais, il devient l’un des plus jeunes députés étiquetés UMP en 2012. Il file alors le parfait amour avec Xavier Bertrand et Nicolas Sarkozy, qu’il soutient pour la présidence de l’UMP avant de se tourner vers François Fillon, son candidat qu’il lâche dès les prémices d’une certaine affaire. Le début des trahisons successives.

L’année 2017 sera l’année des reniements : en janvier, Gérald Darmanin n’aura pas de mots assez durs pour critiquer le candidat Emmanuel Macron : « Loin d’être le remède d’un pays malade, il sera au contraire son poison définitif. Son élection, ce qu’au diable ne plaise, précipiterait la France dans l’instabilité institutionnelle et conduira à l’éclatement de notre vie politique. » Les tripes du petit-fils de harki parlent alors, blessé par les propos d’Emmanuel Macron sur la colonisation, des « crachats inacceptables sur la tombe des Français tirailleurs, supplétifs, harkis morts pour une France qu’ils aimaient ». Bel élan de patriotisme. Et revirement dès le mois de mai, date à laquelle le pourfendeur d’hier accepte le ministère de l’Action et des Comptes publics au sein du gouvernement d’Édouard Philippe avant d’adhérer, en novembre, à La République en marche, flanqué à la porte par ses amis LR.

La grande époque du conservatisme ne sera plus qu’un mauvais souvenir pour Gérald Darmanin qui, naguère, s’indignait de l’introduction de la théorie du genre à l’école, « une absurdité absolue » à laquelle « il faut s’opposer totalement »car « la gauche utilise un peu trop les questions de société ». Terminé, aussi, les grandes envolées lyriques de l’opposant au mariage homosexuel ou à l’euthanasie, l’occasion de jurer – bien imprudemment – qu’en tant que maire, on ne le verrait au grand jamais célébrer un mariage homosexuel. En 2014, on l’entendra même au micro de Jean-Jacques Bourdin promettre de « réécrire la loi Taubira ». Et se féliciter des succès de la mobilisation de la Manif pour tous. Des déclarations et tweets bien encombrants dont il s’affranchit assez facilement aujourd’hui, prétextant l’« erreur de jeunesse ».

Jeunesse nullement dénuée d’intérêt, d’ailleurs, puisque l’occasion d’acquérir certains réflexes comme celui d’emprunter à Laurent Obertone le mot d’« ensauvagement » ; nul ne fréquente certains milieux de droite sans y être marqué à jamais. L’Action française s’en amuse, qui laisse courir le bruit de sa participation à l’un de ses camps d’été. Information nullement prouvée, mais qui n’occulte en rien sa collaboration, pour le coup avérée, au très conservateur Politique Magazine en tant qu’assistant d’un certain Guy de Chergé. C’était en 2008. Autres temps, autres mœurs pour notre jeune ministre de l’Intérieur !

Avec qui on n’est décidément pas à l’abri d’une surprise. Le coq aura chanté plus d’une fois pour cet homme-là. Gérald Darmanin aura toujours su s’accommoder de ses reniements. On en soupçonne le prix, mais rien n’empêche de s’interroger : la mise à mort de Génération identitaire vaudrait-elle trente deniers ?

19 février 2021

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