Editoriaux - International - Sport - 3 janvier 2020

La course au fric n’a pas de limites : le Dakar s’installe en Arabie saoudite

Après les championnats du monde d’athlétisme au Qatar et la Coupe du monde de foot qui s’y déroulera en 2022 sous un soleil de plomb fondu, la course au fric se poursuit dans les champs pétrolifères de la planète.

C’est ainsi que le , ex-Paris-Dakar exilé depuis onze ans dans les déserts des Andes, partira, le 5 janvier, de Djeddah, en Arabie saoudite. Changement de sable, donc. Au programme, remontée le long de la mer Rouge par Al Wajh et Neom, puis direction Riyad et boucle, au sud du pays, par Wadi ad-Dawasir et Shubaytah avant le terminus à Qiddiya.

Bof, diront les amateurs, tant qu’on roule dans le désert, où est le problème ?

Le problème est que, sous prétexte de « sport qui ne fait pas de politique », nous cautionnons, au nom du fric, les pires dictatures de la planète. Tant que ça paye, hein, pourquoi se poser des questions ? Amaury Sport Organisation (ASO) a donc passé un contrat avec le royaume wahhabite pour les cinq années à venir. Et tant pis si l’on pend, lapide, fouette jusqu’à ce que mort s’ensuive ou découpe les opposants en rondelles pendant que les moteurs ronflent entre les dunes. « Ce n’est pas notre problème ! » clament les organisateurs, suivis d’ailleurs par les compétiteurs comme Hubert Auriol, triple vainqueur du Paris-Dakar, qui estime : « On ne peut pas demander à des personnes qui participent à une compétition sportive d’être les porte-parole des problèmes des droits de l’Homme dans ces pays-là. Ce n’est pas notre rôle. »

Il est vrai qu’ils courent tous avec un casque sur la tête, version moderne des œillères. Ça évite de voir ce qui se passe à côté.

Le temps où l’on boycottait les compétitions au nom de la morale est bien loin et les mêmes qui s’indignaient que l’on puisse fréquenter l’Afrique du Sud, au temps de l’apartheid, sont les premiers à approcher le jeune prince régnant, le très courtisé Mohammed ben Salmane.

On nous dira que le Dakar relève d’une organisation privée, libre de passer contrat avec qui elle le souhaite. Certes. On relèvera néanmoins, comme l’a fait Le Monde, que le choix de l’Arabie saoudite et la dérive consumériste dont il témoigne ne sont pas tout à fait « raccords » avec la philosophie de départ.

Se pose surtout la question de la retransmission de cet événement. C’est, depuis des décennies, France Télévisions qui s’en charge, et ce sera encore cet organisme de service public qui le fera dès demain. Or, comme le souligne la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) dans son communiqué, le groupe contrevient à sa propre charte qui stipule non seulement que « la télévision de service public a vocation à constituer la référence en matière de qualité et d’innovation des programmes, de respect des droits de la personne, de pluralisme et de débat démocratique », mais que « toute émission produite ou acquise à l’extérieur doit se conformer aux principes de cette charte ».

Mais voilà, MBS arrose tous azimuts. Les courtisans ne sont pas gens regardants et les monarchies pétrolières se refont une virginité par le sport.

D’aucuns se consoleront en pointant du doigt les voisins. Après la Supercoupe d’Italie, c’est, demain, la Supercoupe d’Espagne qui va se dérouler sous le regard bienveillant de MBS. Mais, au moins, la chaîne publique espagnole TVE a refusé de participer à l’appel d’offres pour la retransmission de l’événement.

Pas de ça chez nous… mais il y a si longtemps, déjà, qu’on est vendu aux pétroliers…

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