Editoriaux - Politique - 15 juillet 2019

La consultation du Dr Bourdin face au patient Rugy

L’entretien date de la semaine dernière mais il fallait laisser digérer tout ça. En évitant les remontées acides.

Au micro de Jean-Jacques Bourdin, François de Rugy est indigné par les indignations déclenchées par les photos des soirées fastueuses données du temps de sa présidence de l’Assemblée nationale. Scandalisé par le scandale, courroucé par le courroux, le ministre rugit : le homard ? « Moi, je n’aime pas ça. Je n’en mange pas. J’ai une intolérance aux crustacés et aux fruits de mer. » L’interviewé précise que le personnel de l’Hémicycle avait pris note de cette particularité alimentaire qui concernait également son épouse. Mais l’inventaire n’est pas terminé : « Je n’aime pas les huîtres, je ne prends pas de champagne, je déteste le caviar. »

Jean-Jacques Bourdin, qui a une solide formation de journaliste-allergologue, note les incompatibilités digestives de son patient. Un homme condamné à ne manger que des mets ordinaires, le cas n’est pas banal. « Et le cassoulet en boîte, ça passe ? Les patates à l’eau, qu’est-ce que ça donne ? Ôtez votre veste, je vais prendre votre tension… »

À l’écoute des ces révélations, que dire des cuisiniers de l’Assemblée qui s’évertuaient à servir des plats que le président et son épouse ne supportaient pas ? S’agissait-il d’un complot ? D’une conjuration de gilets jaunes déguisés en cordons bleus ? Les questions abondent. Mais que mangeait le couple Rugy pendant que leurs invités se pourléchaient de plats et de breuvages hors de prix ? Apportait-il un panier repas ? Des sandwichs ? Lors d’une prochaine interview, le ministre avouera sa triste condition lors de ces réceptions : « Ecoutez, Jean-Jacques, ma femme et moi, nous pique-niquions à même le sol… »

Bourdin : « Non, c’est pas possible ! »

De Rugy : « Si ! De temps à autre, les invités nous jetaient des croûtons de pain… »

Bourdin : « Oh mon Dieu… Mon pauvre François… (larmes de l’intervieweur) »

Bien. L’affaire des soirées fastueuses étant en voie d’éclaircissement, passons à cet emploi de trois chauffeurs. François de Rugy revient dans le studio de RMC : « Les chauffeurs ? Je n’aime pas ça. Je n’en ai jamais mangé, j’ai une intolérance. » La ligne de défense s’annonce compliquée… Et puis la rénovation à grands frais de l’appartement de fonction. 63.000 euros. Le vélo elliptique à 770 euros, le soupçon de loyer sous-estimé à Nantes, peut-être un sèche-cheveux recouvert de feuilles d’or, les appareils à raclette à 200 euros… Jean-Jacques Bourdin ne peut plus suivre. Largué par la complexité du dossier, il passe le relais à un brocanteur.

Le niveau de l’argumentation du ministre laisse pantois. À mille lieues de ce qui suscite l’indignation, Rugy se lance dans un numéro d’égocentrisme totalement hors sujet. Ne semble pas avoir compris que seul le coût de ces repas dont les contribuables payaient l’addition est sur la sellette. Un homme d’État incapable de cerner le cœur d’un problème laisse perplexe quant à ses compétences à gérer des questions complexes d’ordre national.

En conclusion de son plaidoyer, l’homme aux allergies diverses insiste : « Le champagne, ça me donne mal à la tête, je n’en prends pas. » Au terme de l’interview, l’auditeur est gagné par la migraine. Intolérance au baratin de François de Rugy. Le diagnostic est sans appel.

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