Editoriaux - International - Politique - 15 juillet 2019

Grèce : les vraies raisons de la déculottée de l’élève Tsípras !

Les journalistes français aiment bien la loi des séries : ainsi, le fringant Premier ministre grec devrait son échec électoral à ses vacances de l’été 2018 passées sur le luxueux yacht d’un richissime armateur… Pour qui connaît un peu la Grèce et les us et coutumes de sa classe politique, toutes tendances confondues, cet argument ne tient pas ! Qu’on se le dise une fois pour toutes – et j’en parle en connaissance de cause pour vivre une partie de l’année sur une île voisine d’Ithaque où, « Hellas », aucune Pénélope ne m’attend -, qu’on le dise et répète : l’élève Törless, pardon, l’élève Tsípras est tombé non en raison de ses vacances bling bling à la Sarko mais pour avoir bradé la Macédoine à Skopje !

Faut pas vouloir chercher midi à quatorze heures au royaume d’Ulysse et d’Alexandre le Grand : « Bas les pattes, Macédoine ! », « La Macédoine est grecque ! » Comme à Thessalonique, Patras, Ioannina, Igoumenítsa, etc., plusieurs centaines de milliers de personnes l’avaient pourtant prévenu, manifestant inlassablement ces derniers mois à Athènes contre « le bradage de la Macédoine », Grecs insoumis refusant que le mot « Macédoine » ne figure dans la future appellation officielle du pays voisin, que ce soit sous le nom de « Haute-Macédoine » ou, comme retenu, de « Macédoine du Nord ». Un compromis que Tsípras a, finalement, accepté après 25 ans de veto dans le cadre du litige qui opposait la Grèce à l’ancienne République yougoslave de Macédoine (en anglais « FYROM », pour Former Yugoslav Republic of Macedonia) ou encore la « République de Skopje », comme on l’appelait et continuera de l’appeler en Grèce…

« La Macédoine est grecque, et seulement grecque » : en fauteuil roulant, mais la voix toujours assurée, crinière blanche au vent mauvais, le compositeur de Zorba, Míkis Theodorákis, était en tête des cortèges athéniens, réclamant – en vain – un référendum sur le nom de la Macédoine. « Défendre les droits de son peuple, ce n’est pas du nationalisme, c’est du patriotisme », a-t-il affirmé du haut de ses 92 ans, suspectant Skopje de vouloir s’approprier la Macédoine grecque.

Voilà la raison centrale de la déculottée de l’élève Tsípras à laquelle s’ajoute, last but not least, son laïcisme militant dans un pays qui n’oublie pas que l’Église orthodoxe reste étroitement liée à l’identité du peuple grec, et en particulier de sa libération du joug ottoman, et à l’idée même de la création de la nation grecque.

Refusant ostensiblement de prêter serment sur les saintes Écritures « Au nom de la Trinité sainte, consubstantielle et indivisible » et, sur le plan personnel, de passer devant le pope, de se marier à l’église et de baptiser ses enfants…, Tsípras le mécréant, le Premier ministre sans cravate, a été renvoyé à ses études. Et cet été, faute de yacht bling bling, notre fier-à-bras devra se contenter de partir en vacances avec Sarko ou Macron, ou se satisfaire de caboter avec Tatie Merkel sur un caïque brinquebalant sur les rives de la mer Égée « où l’on risque le naufrage lorsque le vent vous amène au large des îles d’infidélité », comme chanterait ce vieux Joseph de Moustaki trop tôt disparu…

À lire aussi

« Voir un ami voler » : quand Jacques Brel avait de la Suisse dans les idées…

C’est, en effet, sur les rives du Léman, avant de mettre les voiles vers les Marquises, qu…