Editoriaux - Histoire - 31 mars 2019

La bataille des Glières a bien eu lieu

Le chef de l’État, Emmanuel Macron, célèbre, ce dimanche 31 mars, à la nécropole nationale de Morette (Haute-Savoie), le 75e anniversaire des combats au cours desquels une centaine de maquisards ont été tués en 1944 par des soldats allemands et des miliciens français. Récemment, certains auteurs ont remis en cause l’existence de cette bataille du plateau des Glières. Selon eux, elle aurait été montée de toutes pièces par la propagande gaulliste. Ce mensonge, devenu un mythe au fil des ans, aurait permis de rehausser l’image militaire à une France en manque de repères.

Qu’en est-il vraiment ? En 1944, le maquis des Glières compte environ 450 maquisards, dont une cinquantaine de républicains espagnols et environ 80 francs-tireurs partisans (FTP). Face à eux, le gouvernement de Vichy aligne plus de 900 gardes mobiles, 700 miliciens et 790 hommes des Groupes mobiles de réserve (GMR). Les 1.000 gendarmes pressentis ne prennent pas part à l’action. Ces presque 2.200 soldats sont rejoints par les 4.000 soldats de la 157e division allemande de montagne (DAM) commandée par le général Karl Pflaum (1890-1957), division soutenue par des éléments d’autres unités. Les 450 maquisards qui sont traqués depuis la fin janvier 1944 font face à environ 6.500 soldats. Ils se retrouvent encerclés dès le 5 février 1944 et ne parviennent pas à trouver d’échappatoire. Dans la nuit du 9 au 10 mars 1944, le chef de ce maquis, le lieutenant Tom Morel, parvient, avec 150 hommes, à s’emparer du poste de commandement GMR « Aquitaine » à Entremont. Mais il est assassiné par le commandant Lefebvre, qui avait camouflé « un petit pistolet de calibre 6,35 m/m dans ses leggings droites » [1].

Le 26 mars, les autorités allemandes et vichyssoises donnent l’assaut. L’aviation allemande bombarde une dizaine de chalets, puis les soldats allemands, miliciens et GMR passent à l’attaque. Apprenant que les Allemands viennent de dégager un secteur, le capitaine Maurice Anjot (1904-1944), qui a succédé à Tom Morel, décide d’exfiltrer ses troupes. Mais environ 150 maquisards sont capturés et massacrés par les miliciens et les Allemands. 124 sont tués lors du combat ou fusillés, 9 disparaissent et 16 qui subiront d’atroces tortures seront ensuite déportés et mourront dans les camps de concentration. Le capitaine Anjot tombe lui-même, le 27 mars, avec cinq autres maquisards, près du village de Nâves-Parmelan, dans une embuscade tendue par les soldats de la 157e DAM. À partir de ce moment, la bataille des Glières devient, grâce à la radio de Londres, le symbole de la Résistance française.

Certes, la bataille des Glières a sans doute visé à réprimer, pour Vichy, le maquis « terroriste », dont les hommes étaient affamés et exténués. De même, il ne faut pas nier que ce combat a été un enjeu de la guerre des ondes entre Radio Vichy et Radio Londres. La première faisait remarquer que « les terroristes qui tuent des gendarmes français sont vaincus » quand la seconde soulignait que « les maquisards ont livré un combat patriotique et héroïque ». Mais de là à affirmer qu’il n’y a pas de bataille, c’est salir la mémoire des Résistants et de l’Histoire.

[1] http://milguerres.unblog.fr/tom-morel-face-aux-gmr-du-groupe-aquitaine/

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