Réagissant à la grève surprise de la SNCF, le syndicaliste et journaliste Joseph Thouvenel, qui a lancé la toute nouvelle revue Capital Social, dénonce l'attitude et de la direction et des agents du service public en grève.

Marc Eynaud : Grève surprise à la SNCF. Les grévistes demandent une augmentation des salaires. De quoi perturber très fortement un départ en vacances. Quel regard portez-vous sur cette grève ? Les cheminots en font-ils trop ?

 

Joseph Thouvenel : La grève est le dernier recours pour un syndicaliste chrétien. Les cheminots, les salariés de la sont pris à la gorge au niveau salarial et n’ont plus qu’une solution qui est de bloquer une partie du pays, une partie des braves gens, une partie des salariés et une partie des gens qui travaillent en désorganisant leur vie, en mettant certaines personnes dans des situations très difficiles. Je pense notamment aux personnes âgées qui prévoient un voyage. Tout cela est mis par terre du jour au lendemain. Je suis profondément choqué. Autant je suis pour le droit de grève, autant on doit mesurer les conséquences du droit de grève, notamment sur les usagers quand on est un service public.

Cela dit, la direction de la annonce qu’il y aura une table ronde mercredi prochain sur les salaires. Il me semblait que le droit de grève dans les services publics était organisé de telle façon qu’il y avait des préavis de grève et que la période entre le dépôt du préavis et le démarrage de la grève était, justement, la période prévue pour négocier. Si les gens disent « On va se mettre en grève », on peut imaginer que la raison est valable. Le préavis est justement fait pour éviter la grève.

Que fait l’énorme direction de la SNCF ? Elle attend qu’il y ait la grève, que le public se plaigne et elle regarde. Si vraiment cela fait du bruit, elle va se réveiller et, par conséquent, faire une table ronde. Ce n’est pas le travail d’une direction. Il y a une coresponsabilité de lutte des classes entre une direction et des salariés. C’est malheureusement l’état de notre pays dans bien des secteurs.

M. E. : Le dialogue social a disparu au profit d’un affrontement social presque automatique. La grève est pratiquement devenue une condition préalable à toutes négociations.

J. T. : C’est l’automatisation de la grève. La direction de la SNCF attend de voir si c’est suivi ou non pour réagir et non pas de savoir si la demande est légitime ou pas.

Je ne connais pas assez le dossier pour dire qu’il y a un vrai problème salarial avec le siège. Je constate qu’ils ne sont pas les plus malheureux de la Terre et qu’à mon sens, au niveau salarial, il reste des priorités comme, par exemple, ces milliers de personnes qui s’occupent des personnes âgées et dépendantes et qui sont très mal payées avec un véritable travail de service humain.

Je constate que la seule stratégie de la direction de la SNCF est d’attendre si la grève fonctionne. Si elle fonctionne, on discute. Si elle ne fonctionne pas, on ne discute pas alors que, fondamentalement, elle devrait se demander si la revendication est juste et légitime.

M. E. : Avec la réélection d’Emmanuel Macron, on pouvait s’attendre à des affrontements au moins politiques. Force est de constater que personne n’a attendu la rentrée pour aller à l’affrontement.

J. T. : C’est le début des vacances. Cela va sans doute se calmer en juillet et août et reprendre à la rentrée. C’est absolument lamentable. On parle de service public. Dans service public, il y a service au public. La grève devrait donc être le dernier recours, vu la gêne que cela occasionne à l’ensemble du pays. Cela veut dire aussi qu’il faut sortir de l’égoïsme permanent qui est l’égoïsme d’une partie des élites. La direction de la SNCF ne s’est jamais remise en cause. Il n’y a jamais de sanctions sur ces directions défaillantes dans le service public comme il n’y a jamais de sanctions sur les grèves sauvages dans le service public. Dans les deux cas, personnellement, je le condamne.

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6 juillet 2022

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