Audio - Editoriaux - Entretiens - International - 18 juin 2019

José Maria Ballester : « Ces jours-ci, en Espagne, M. Macron a gagné la réputation d’arrogance ! »

La France se mêle des affaires politiques espagnoles en menaçant le parti Ciudadanos, coupable d’avoir conclu une alliance avec le parti Vox.

Quant à Manuel Valls, arrivé 4e aux élections municipales de Barcelone, il se voit retirer l’appui de Ciudadanos pour avoir soutenu le maire sortant face aux indépendantistes catalans.

Explications de José Maria Ballester au micro de Boulevard Voltaire.

L’Élysée a menacé Ciudadanos de l’isoler politiquement s’il maintenait ses accords avec le parti Vox. Comment l’Espagne a-t-elle pris cette nouvelle ?

Ça a été très mal pris dans le genre « De quoi je me mêle ? » On peut critiquer la stratégie de Ciudadanos, mais qu’un chef d’État étranger essaye de conditionner la stratégie d’un parti d’un pays allié a été très mal pris.
Ces jours-ci, en Espagne, M. Macron a gagné une réputation d’arrogant.

Manuel Valls est arrivé en 4e position aux élections de Barcelone. Néanmoins, il s’est fait retirer l’appui de Ciudadanos pour avoir soutenu le maire sortant face aux indépendantistes catalans. Quels sont les tenants et aboutissants de cette histoire ?

M. Valls a effectivement voté pour le maire sortant, Mme Colau. Cette dernière est très ambiguë sur le sujet de l’indépendantisme. Elle ne dit pas clairement sa position. Manuel Valls a voté pour elle afin d’éviter l’arrivée, à la mairie, de M. Ernest Maragall, qui est un indépendantiste sans complexes. Valls a misé sur la stratégie du moindre mal.
Madame Colau n’est pas une fervente partisane de l’unité de l’Espagne et la politique de Ciudadanos.
Le mouvement de M. Valls a été mal interprété ou interprété de façon très critique par les dirigeants de Ciudadanos et par une bonne partie de l’opinion publique espagnole. Il en a donc tiré les conséquences et a quitté Ciudadanos.
On peut reprocher à M. Valls d’être arrivé en trombe en Espagne. La présidente de Géorgie est une ancienne diplomate française. Elle a labouré le pays pendant cinq ans avant de se présenter aux élections. Valls est effectivement né à Barcelone. Il est également attaché à l’unité de l’Espagne. D’ailleurs, on le remercie. Mais il n’a peut-être pas saisi les codes politiques espagnols. Ils sont très différents des codes politiques français, même s’il y a des points communs.

Comment expliquer que Ciudadanos ait retiré son soutien à Manuel Valls dans la mesure où Ciudadanos n’est pas un parti favorable à l’indépendance ?

C’est ignorer la mauvaise réputation de Mme Colau dans l’opinion publique espagnole.
N’oubliez pas que, lors de sa première année en tant que maire, elle a refusé de serrer la main au stand de l’armée lors d’une foire à Barcelone. Elle avait tout fait pour que les militaires ne soient plus présents lors des éditions suivantes, avec succès malheureusement.
Mme Colau joue sur l’ambiguïté. Ce n’est pas la personne la plus fiable.
D’ailleurs, le lendemain de son élection, elle a trouvé un accord avec son adversaire, M. Maragall, pour remettre le ruban jaune des indépendantistes sur le balcon de la mairie de Barcelone.
Monsieur Valls a, lui aussi, connu un échec. Ce matin, un site Internet très connu en Espagne a publié la liste des donateurs de la campagne de M. Valls. Sur cette liste figuraient sa compagne et future épouse, une riche héritière importante en Catalogne, et des hommes d’affaires de premier plan. Si on a mis autant d’argent dans la campagne, alors pourquoi a-t-il échoué ?
Des questions se posent, notamment sur sa méconnaissance du terrain et les moyens considérables dont il a disposé et dont il n’a pas su faire usage.

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