Audio - Editoriaux - Entretiens - International - 18 juin 2019

Jean Messiha : « Depuis l’arrivée du général al-Sissi au pouvoir, la priorité était de ne pas transformer Morsi en martyr ! »

Lundi, l’ancien président égyptien Mohamed Morsi est mort lors d’une audience devant un tribunal d’exception. Quelles conséquences pour l’Égypte, et en particulier pour les chrétiens coptes ? Quelles retombées internationales ?

Réaction de Jean Messiha au micro de Boulevard Voltaire.

L’ancien président égyptien, Mohamed Morsi, est mort pendant une audience. Que cela va-t-il changer pour l’Égypte ?

Absolument rien. La priorité du pouvoir égyptien depuis l’arrivée au pouvoir de al-Sissi était, précisément, de ne pas transformer Morsi en martyr.
Si le président islamiste est tombé grâce à la mobilisation de la rue, il a encore des partisans nombreux en Égypte et en exil.
Des pays comme la Turquie, dont le régime d’Erdoğan est l’ennemi juré de al-Sissi tout autant que le Qatar, ont présenté des condoléances avec des mots grandiloquents qualifiant Morsi de martyr.
Politiquement, sur la scène politique égyptienne, cela ne va pas changer grand-chose. En revanche, symboliquement, il peut rapidement devenir un élément qui rallume des oppositions et des guerres qui les enflamment et qu’on croyait éteintes.

Cela va-t-il augmenter le pouvoir des Frères musulmans ?

À partir du moment où vous avez un totem et le fait que Morsi soit mort dans un tribunal d’exception, c’est une image qui peut être facilement instrumentalisée par l’ensemble des islamistes. J’ajoute que les complotistes accusent l’État égyptien de l’avoir assassiné, alors qu’ils auraient pu le condamner à mort et l’exécuter.
Depuis le début, le but du régime de al-Sissi était de le maintenir en vie coûte que coûte pour ne pas en faire un martyr.
Maintenant, il est mort. On peut donc difficilement accuser directement le gouvernement égyptien de sa mort. Ce n’est pas dans son intérêt qu’il en soit ainsi. Il peut être érigé au rang de ces figures au nom desquelles on va continuer à provoquer des attentats. Cela peut être, aussi, un prétexte à des vengeances sous forme d’attentats et de nouvelles violences. La situation peut devenir incontrôlée. Des personnes présentes en Égypte m’ont dit que les cafés où la jeunesse a l’habitude de se rendre ont été fermés au public, par mesure de sécurité.

Peut-on supposer que les communautés coptes subissent des représailles ?

Les coptes ont payé un très lourd tribut au moment du changement de régime, en 2013, sous la pression de la rue et l’arrivée du maréchal al-Sissi au pouvoir. Les islamistes ont estimé que les coptes étaient des alliés objectifs de l’armée. La meilleure chose qu’ils ont trouvé à faire dès que le président Morsi a été déchu a été de brûler et de détruire des dizaines d’églises et de s’en prendre à des monastères.
La cible favorite des islamistes, pour faire plier à la fois le gouvernement égyptien et la communauté internationale qui le soutient, est de s’en prendre aux chrétiens d’Orient, en l’occurrence les coptes. Au cours des prochains jours, le gouvernement égyptien renforcera la sécurité autour des édifices religieux. Ce qui s’est passé en 2013 ne pourrait pas se reproduire avec la même ampleur, mais il est tout à fait possible qu’il y ait des velléités de s’attaquer aux coptes.

Doit-on craindre des représailles au niveau international ?

Depuis que al-Sissi est arrivé au pouvoir, il y a eu un exode massif des Frères musulmans d’Égypte. L’organisation des Frères musulmans a été inscrite sur la liste des organisations terroristes au même titre qu’aux États-Unis et que dans d’autres pays. Lorsque al-Sissi a soumis au référendum l’extension de son mandat, de nombreuses manifestations de Frères musulmans et d’islamistes égyptiens réfugiés en France ont eu lieu devant l’ambassade d’Égypte à Paris pour protester.
Ils peuvent trouver, en France, un terrain assez fécond. Depuis plusieurs années, nos élites ont donné le monopole de la représentation de l’islam de France aux Frères musulmans. Les Frères musulmans égyptiens sont la matrice de l’ensemble des organisations de Frères musulmans. Ils trouvent dans l’islam de France soumis aux Frères musulmans une place de choix.

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