International - 29 novembre 2018

J’étais en classe avec Salomé Zourabichvili : elle avait déjà le “rêve géorgien” au cœur !

Les Géorgiens ont élu a la présidence, à une très grande majorité de 59 %, une femme franco-géorgienne, Salomé Zourabichvili.

Cette patrie de Staline, terre chrétienne comme sa voisine l’Arménie, dont le drapeau blanc ne contient pas moins que cinq croix, peine, depuis la chute de l’Union soviétique, à trouver son chemin.

Sa révolution des roses, en 2003, comme la révolution orange en Ukraine, a été largement soutenue par les États-Unis.

Mais le président élu, le jeune Mikheïl Saakachvili, déçut rapidement.

C’est lui qui avait nommé Salomé Zourabichvili, alors ambassadrice de France à Tbilissi, ministre des Affaires étrangères en mars 2004. Mais dès octobre 2005, il mettait fin à ses fonctions.

Elle quitte alors le pays en proie au chaos pour fonder son parti Voie de la Géorgie.
Quand il se disloque, en août 2008, l’Ossétie du Sud et l’Abkhasie rejoignant la Russie, elle écrit un remarquable essai sur l’importance des frontières, Les Cicatrices des nations, puis, en 2009, un livre sur le destin brisé de sa patrie, La Tragédie géorgienne 2003-2008.

Que cette Femme pour deux pays, titre d’un autre de ses livres, soit aujourd’hui en passe de diriger le pays ne doit rien au hasard et tout à sa ténacité et à ses rêves d’enfant.

Dès le lycée, Salomé attirait l’attention par son visage pâle aux yeux très bleus encadré d’abondants cheveux noirs et par ses excellentes notes, mais aussi parce qu’elle disait que son plus cher désir était de retourner un jour dans sa patrie, la Géorgie, d’où sa famille avait été chassée par les bolcheviks à la révolution, et d’y jouer un rôle politique.

C’était en 1968, et l’Empire communiste paraissait alors inaltérable… La révolte hongroise avait échoué et des Américains suréquipés s’enlisaient au Vietnam face à une guérilla communiste qui semblait invincible.

Son rêve nous en imposait d’autant plus.

Dans un lycée totalement bouleversé en mai par le « coming out » de sa directrice, qui se révéla être communiste, où la quasi-totalité des élèves, surexcitées par les libertés soudaines et par l’irruption des garçons dans ce sanctuaire jusque-là strictement féminin, adhéraient à la révolte, Salomé, avertie par son histoire personnelle des dangers d’une révolution, décida de s’y opposer et fonda un parti dont la durée de vie fut si éphémère qu’on en a oublié le nom.

Mais le nom du parti qui a soutenu sa candidature? « Rêve géorgien », lui, correspond bien à son histoire.

Ce sera peut-être non seulement son rêve mais celui de la Géorgie.

Déchirée jusqu’ici entre des pro-Américains inconditionnels et des russophiles qui ne le sont pas moins, elle aura à sa tête un arbitre de qualité.

Pro-américaine tendance républicaine, mais soucieuse de ne pas provoquer la Russie comme l’avait fait Saakachvili dans l’affaire de l’Ossétie, elle saura sans doute dialoguer avec les deux géants, Trump et Poutine, dont dépend l’équilibre politique de la Géorgie.

Cette position réaliste lui a valu des menaces de mort durant sa campagne. Et l’opposition, rassemblée autour de son rival malheureux, le chef du parti de l’ex-président Saakachvili, en exil, ne lui fera pas de cadeau.

Du choix du Premier ministre qui assurera l’essentiel du pouvoir dépendra son succès durable après une élection si favorable.

Si elle peut exercer paisiblement son rôle de porte-parole de la Géorgie dans le monde, l’aboutissement de son « rêve géorgien » sera peut-être, pour la Géorgie, la fin du cauchemar.

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