Jérémy Bouhy est agent sportif. Il a travaillé avec plusieurs club, dont l’Olympique de Marseille et Arsenal pour le foot, et Montpellier pour le rugby. L’épidémie de coronavirus a eu un impact important sur le monde du sport : retombées financières et classement arrêté en milieu de saison. Des répercussions différentes pour le rugby et pour le foot.

Explication au micro de Boulevard Voltaire.

 

Vous êtes agent sportif et vous avez travaillé avec plusieurs clubs de foot et de rugby. On peut citer en football, l’Arsenal et l’Olympique de Marseille. Et en Rugby, on peut citer Montpellier. En quoi, l’épidémie de Covid-19 impacte-t-elle votre secteur et le sport ?

Il faut distinguer les deux sports. Le football français est directement touché puisque, comme vous l’avez suivi, les deux chaînes majeures, Canal+ et BeIN sport, ont suspendu les paiements au motif que la saison n’allait pas à son terme. Le manque à gagner est donc direct et terrible pour l’ensemble des clubs, y compris les clubs les plus riches.
Le rugby, quant à lui ne vit pas uniquement de la manne des droits télé. Il vit en grande partie par le business local, la vente de tickets pour les matchs à domicile ou le petit sponsoring local. Il est impacté puisque les matchs s’arrêtent et que les partenariats avec les entreprises sont perturbés.

Les championnats de football se sont arrêtés. Les places occupées par les équipes à la dernière journée de ligue 1 et de ligue 2 seraient leur place définitive au classement. Le mercato va donc se faire en avance. Cela vous rend-il service de commencer ce marché très lucratif au niveau mondial avec plusieurs mois d’avance ?

A priori oui pour le football français. Ce marché est essentiellement exportateur. La qualité des centres de formation français, et l’académie française reconnue dans le monde entier, font que les clubs ont des facilités pour vendre leurs pépites à l’étranger, en Europe et dans le monde. Cela va bénéficier aux clubs français. Je sais qu’il y a déjà des gros clubs qui sont en train de se positionner sur certains joueurs français.

Certains clubs de rugby sont-ils en danger de mort ?

Il faut distinguer deux types de clubs. Il y a les clubs qui appartiennent à de très gros actionnaires, aux fortunes françaises du CAC 40, et les clubs, majoritairement de pro D2, qui sont tenus par des gens qui n’ont peut-être pas des reins assez solides pour permettre d’assurer la pérennité des clubs. Quelques clubs sont donc directement menacés. Contrairement au football français qui a annoncé la fin de la saison et a proposé une solution pour la suite, le rugby est encore dans l’expectative, on ne sait pas si la saison va repartir. On peut donc encore moins se projeter sur celle d’après. Il y a un vrai décalage entre les deux sports aujourd’hui.

Est-ce que ça ne fausse pas un peu le jeu d’arrêter le championnat maintenant, notamment pour les clubs qui vont descendre ?

Amiens est évidemment très déçu. Ce club est à un point derrière Nîmes, avec l’ambition de revenir. On ne le saura jamais. La déception sportive est légitime. Mais la crise qu’est en train de vivre le pays dépasse largement les intérêts individuels et sportifs. Et il y a une certaine logique. Il y a quand même eu 28 journées et donc chacun a eu la possibilité de jouer, de gagner des matchs. Il fallait de toute façon prendre une décision. Elle a été prise.

Pensez-vous que l’interdiction, dans le cadre du déconfinement, de la reprise des grands événements est une mesure de bon sens ?

A mon niveau de citoyen, je me plie aux décisions de l’État. Je ne commenterai pas ces décisions. Je sais que c’est un enjeu vital pour le sport. Pour les clubs de rugby notamment, l’affluence aux matchs est une question majeure. C’est moins vrai pour le football, mais si dans l’imaginaire populaire, un stade plein avec l’ambiance et les supporters ne vaut pas un match à huis clos, comme on l’a vu pour le match de ligue des champions entre le PSG et Dortmund. Mon cœur voudrait évidemment que la saison reprenne très vite, que les stades soient pleins et que les Français se retrouvent et fassent la fête dans les stades, mais la raison nous indique peut-être aujourd’hui de rester prudents. S’il faut attendre six mois pour éviter l’arrivée de la deuxième vague, attendons six mois.