Dans le 93 et ailleurs, des élèves de terminale bloquent leur lycée ; ils réclament la suppression des épreuves du bac et l’application du contrôle continu. En cause, cette année particulière perturbée par la crise Covid, les organisations de cours en distanciel et en demi-jauge.

Faut-il donner raison à ces revendications ? Quel avenir pour ces lycéens à qui on « braderait » ainsi le bac ?

Réaction de Jean-Paul Brighelli au micro de Boulevard Voltaire

 

 

 

 

Hier, c’était un lycée dans le 93. Aujourd’hui, c’est un lycée dans le 17e arrondissement. De nombreux établissements sont en phase d’être bloqués ou en tout cas des élèves ont tenté de les bloquer. La revendication de base est de donner le baccalauréat à tout le monde. Pourquoi cette agitation dans les lycées ?

 

Actuellement, les élèves sont peut-être un peu téléguidés par certains syndicats. Sous prétexte de Covid et qu’ils n’ont pas passé une année normale, les élèves veulent que l’on supprime les dernières épreuves du Bac écrites et orales et qu’il se déroule en contrôle continu. Cela les assurera d’un taux de réussite de 99 %. Le 1 % ayant le droit de porter plainte.

 

Certains syndicats disent qu’il serait bien que l’on se passe de ce grand oral voulu par Jean-Michel Blanquer. Ils essaient de vider complètement la réforme du Bac de toute substance.

 

L’année dernière, le taux de réussite du Bac était de 98 % de réussite avec un taux de mentions jamais atteint. On constate cet écart en permanence entre le nombre de bacheliers théoriquement exemplaires et le niveau réel des ados lorsqu’on discute avec eux.

 

Le Bac est cliniquement mort, il est en soins palliatifs et il faut le débrancher. Cela va poser un problème à certains syndicats. Ces derniers disent que c’est le premier diplôme du supérieur.

 

Il faut faire comme tous les autres pays. C’est-à-dire avoir un certificat d’études qui sera distribué à tout le monde. Via Parcoursup, toutes les formations supérieures feront le tri des élèves en fonction de leurs notes, des appr.éciations et des établissements.  Tout le monde sait que les établissements ne sont pas les mêmes et n’ont pas le même niveau.

 

A force de tirer le Bac comme ils sont en train de le faire, nous sommes dans une situation qui est infiniment plus dichotomique que ce qu’elle pouvait l’être.

 

On parlait de lycées à deux vitesses, et maintenant on va parler de lycées à trois ou quatre vitesses. Des plus, les boîtes privées n’ont pas du tout fonctionné en distanciel. Elles ont été en présentiel tout le temps et en classe complète. Ils l’utilisent comme un argument dans la sélection des BTS et des prépas et ils ont bien raison de le faire.

 

Lorsque vous avez passé votre Bac de français, vous aviez une liste de textes. Aujourd’hui, 14 textes sont présentés. 14 est le minimum fixé par le ministère. Il faut bien comprendre qu’un grand nombre d’enseignants faisaient un cours une fois avec un groupe et le même cours avec l’autre groupe. Le tout échelonné sur deux semaines. En revanche, d’autres faisaient un cours avec les élèves qu’ils avaient en face d’eux et un autre cours avec les élèves en distanciel de façon à ce que tout le monde fasse deux textes en un temps. Le niveau des élèves est tel que lorsque vous mettez au programme La princesse de Clèves, vous êtes quasiment obligé d’expliquer chaque mot parce que c’est une langue étrangère et qui n’est pas la langue d’Aya Nakamura, il est évident que nous sommes dans un désarroi complet.

 

Le Bac ne signifie plus rien. Le Bac de 1960, 1970 ou même 2009 n’a plus rien à voir sinon son nom avec le Bac 2021. Et le Bac 2020 était une formalité.

 

Ce Bac ne vaut plus rien. Tous les élèves qui vont partir à l’université vont se retrouver dans une espèce d’impasse totale où les mêmes revendications vont avoir lieu. On met en université des élèves qui n’ont pas le niveau. Il va donc encore falloir abaisser le niveau pour leur faire passer un DEUG ou une licence. En réalité, pour reprendre le titre d’un bouquin, c’est La Fabrique du crétin.

Remarquable bouquin que je vous conseille et dont le deuxième tome paraît en janvier prochain !

 

Chaque matin, je prends un café dans une petite boutique. La serveuse a un Master d’anthropologie. S’il n’y a pas un minimum de sélection et d’exigence, les élèves qui vont entrer en fac vont se retrouver avec une licence. Ils ne pourront qu’apprendre à pédaler sur des vélos pour livrer des pizzas. Ils ne pourront s’en prendre qu’à eux-mêmes et à un système qui les aura délibérément abrutis. Croyez-moi, cela remonte à presque 50 ans en arrière. On a choisi de descendre le niveau. Cette fois-ci, nous sommes dans l’abîme et on creuse encore !

 

 

 

 

 

4 mai 2021

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