Décidément, les temps changent. Autrefois, dès qu’un gauchiste se risquait à venir troubler un défilé de la CGT, surtout le jour de la fête du Travail, c’était la valse des côtes fêlées et des nez brisés. Pour résumer, à côté du service d’ordre du syndicat communiste, les gros bras du Front national, c’était un boys band. Pourtant, le 1er mai dernier, trouille et gnons semblent avoir changé de camp.

Là, le bilan est loin d’être « positif », tel qu’on disait, jadis, place du Colonel-Fabien : plus d’une vingtaine de blessés, dont quatre gravement atteints, dans un cortège alignant pourtant une vingtaine de milliers de manifestants. En face ? Deux cent casseurs, Black Blocs pour la plupart, même si certains préféraient arborer un gilet jaune plutôt qu’un drapeau rouge.

Au programme, hormis les coups, les slogans : « CGT collabos » ; le tout assorti « d’insultes homophobes, racistes et sexistes », à en croire certains cégétistes cités par Le Monde du 3 mai dernier. Il n’en fallait pas plus à Julien Bayou, tête de liste écologiste aux d’Île-de-France, qui est un peu à EELV ce que François Pignon était naguère aux films de Francis Veber, pour s’indigner, sur Sud Radio : « Les insultes homophobes et le fait de traiter la CGT de “collabos” sont plutôt signés d’une extrême droite décérébrée. C’est elle qui est dangereuse, […] c’est elle qui appelle à la guerre civile. » La preuve en est que « Marine Le Pen a salué la tribune des militaires qui appellent à l’insurrection ». L’extrême droite ? Mais bon sang, mais c’est bien sûr !

Plus sérieusement, on notera que les événements de ce week-end couronnent, de fait, la victoire posthume du gauchisme contre le communisme ; « gauchisme » dont Lénine affirmait, non sans raison, qu’il était « maladie infantile » du même communisme. En ce sens, les staliniens, tout révolutionnaires qu’ils furent, avaient le sens des réalités, tandis que les trotskistes entendaient poursuivre une révolution permanente.

En France, voilà qui s’est vérifié au moins par deux fois. En 1945, nos communistes veulent prendre le pouvoir par la force. Staline leur ordonne de n’en rien faire, préférant un modus vivendi avec le général de Gaulle. En mai 1968, c’est Leonid Brejnev, son successeur, qui intime l’ordre au PCF de siffler la fin de la récréation, toujours en accord avec le même Général.

Mais la fracture, plus que politique, est également d’ordre social. Pour la plupart, communistes et cégétistes sont gosses de pauvres, alors que les gauchistes sont enfants de riches. La tradition de la centrale communiste, c’est la préférence nationale, contre un patronat suspect d’importer des immigrés par wagons entiers afin de pouvoir tirer les salaires à la baisse. C’est Georges Marchais qui, dès 1981, s’en prend à l’ de masse, légale comme clandestine.

Cette fracture est aujourd’hui toujours d’actualité, surtout quand on sait le nombre de communistes et de cégétistes ayant, depuis, troqué le bulletin de vote PCF pour celui du FN. À leur façon, les communistes d’antan étaient aussi hommes d’ordre, si ce n’est réactionnaires.

À ce sujet, il suffit de se rapporter aux déclarations des hiérarques communistes du siècle dernier. Pour la CGT, « l’homosexualité est un vice bourgeois, une tradition étrangère à la classe ouvrière ». En 1971, Jacques Duclos, ancien candidat à l’élection présidentielle de 1969, et interpellé par les activistes du FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire), leur répond : « Comment vous, pédérastes, avez-vous le culot de venir nous poser des questions ? Allez-vous faire soigner. Les femmes françaises sont saines ; le PCF est sain ; les hommes sont faits pour aimer les femmes. » Atmosphère d’un autre temps…

Que les descendants de cette lointaine époque soient désormais en butte à des injures homophobes est, somme toute, assez logique. Il n’est même pas incongru d’y voir la vengeance du gauchisme LGBTQ+ contre ce qui demeure d’un PCF autrefois patriarcal. Choisis ton camp, camarade !

4 mai 2021

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