Audio - Editoriaux - Education - Entretiens - 29 janvier 2019

Jean-Paul Brighelli : “C’est au niveau de la formation des maîtres qu’il faut porter les efforts !”

Jean-Paul Brighelli est interrogé au micro de Boulevard Voltaire au sujet du projet de loi Blanquer pour l’école. L’occasion pour lui d’évoquer l’intérêt de la campagne menée dans les collèges et lycées pour lutter contre l’homophobie et la transphobie.

Le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a présenté son plan de lutte contre l’homophobie et la transphobie. Qu’avez-vous pensé de ce plan ?

Ce n’est pas un plan d’une originalité folle. C’est la réédition d’actions qui avaient été lancées sous le précédent quinquennat.
Cette action est certainement nécessaire, en particulier au collège. C’est, en effet, le moment où il y a des agressions, non pas contre les homosexuels, mais contre des gosses que l’on suspecte, pour des raisons plus aberrantes les unes que les autres, d’être homosexuels. Ces agressions sont essentiellement entre garçons.
Vers 13-14 ans, les garçons essaient de se situer dans l’univers de la virilité. Ils outrepassent parfois les critères de la virilité. Toute la pornographie qui nous entoure y est peut-être pour quelque chose. Pour éviter même de penser aux tentations éventuelles que certains pourraient avoir, ils accusent les autres, sur la foi d’un regard, d’un vêtement ou d’un vocabulaire un peu plus précis que le leur, d’être ce qu’ils redoutent d’être eux-mêmes.
Les méthodes modernes de harcèlement, via tous les réseaux sociaux, entraînent des phénomènes viraux et très rapides. On épie vos comportements, on vous filme et on diffuse. Ce mécanisme de la rumeur a été analysé il y a très longtemps. Edgar Morin l’avait théorisé dans La Rumeur d’Orléans en 1969. Aujourd’hui, cette rumeur se diffuse à la vitesse de l’éclair.
Cette action correspond donc à des nécessités, en particulier au collège et dans les quartiers défavorisés.

Jean-Michel Blanquer a également proposé un projet de loi impliquant une obligation de scolarisation dès 3 ans et une plus grande surveillance de la scolarité à la maison. Cette réforme va-t-elle, selon vous, dans le bon sens ?

C’est une loi un peu fourre-tout. La plupart des syndicats sont un peu vent debout contre telle ou telle mesure, le ministre n’ayant pas discuté le détail de la loi. Pour lui, c’est tout ou rien. Donc, pour les syndicats, c’est rien. Globalement, je trouve cette loi intéressante et intelligente.
La scolarité dès 3 ans est déjà en place dans 98 % des écoles. Ce n’est donc pas très révolutionnaire.
En revanche, je souligne tout particulièrement la transformation des écoles supérieures du professorat et de l’éducation en instituts qui cessent d’être sous la dépendance des pédagogues qui enrégimentent la formation des maîtres depuis vingt-cinq ans. Je n’en suis qu’à l’étape d’espoir pour l’instant. Mais j’espère que le ministre a bien saisi que c’est au niveau de la formation des maîtres qu’il fallait porter l’effort.
Pour le reste, la possibilité, par exemple, des établissements de s’autonomiser va dans le sens d’un régime libéral qui, petit à petit, est en train de désétatiser l’éducation, en donnant de plus en plus de possibilités, aux uns et aux autres, d’inventer localement des conditions d’écoles différentes. Il va de soi que dans certains endroits, cela donnera des choses tout à fait passionnantes et dans d’autres, les mauvaises habitudes donneront des choses tout à fait affligeantes.
Le problème, dans ce modèle, est que l’affligeant sera destiné, comme d’habitude, aux plus déshérités et que l’intéressant sera pour ceux qui sont déjà des héritiers.

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