« Nous en saurons plus le 7 juillet » : au RN, on attend un arbitrage sur les retraites

« Pour que le système soit plus juste, il faut regarder le nombre d’années cotisées », plaide Jordan Bardella.
© Jordan Florentin
© Jordan Florentin

60, 62, 64 : l’âge légal de départ à la retraite est un traumatisme à la française. Entre ceux qui trépignent et ceux qui se lamentent d’une disparition sociale, la retraite est un sujet de préoccupation bien français. À ce titre, le RN n’est pas épargné, loin s’en faut. Après avoir durement combattu la réforme d’Élisabeth Borne, portant l’âge de départ à la retraite à 64 ans, le RN est confronté, avec l’arrivée du nouveau combat présidentiel qui se profile, aux questions fatidiques. Une ligne plus sociale, maintenant l’abrogation de la réforme des retraites et militant pour un âge de départ à 62 ans, et une ligne plus libérale, soucieuse d’une situation économique dramatique qui pourrait envisager un décalage de l’âge de départ.

C’est en ce sens que, depuis une dizaine de jours, par médias interposés, Marine Le Pen et Jordan Bardella distillent chacun une musique légèrement différente. En répondant, il y a quinze jours, au quotidien allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung « examiner » un éventuel report de l’âge légal de départ à la retraite, le président du RN a jeté un pavé dans la mare.

« C’est un totem de notre programme »

Sur RTL, dès le lendemain, Marine Le Pen réaffirme pourtant que la réforme qu’elle porte ces dernières années n’a pas pris une ride : un retour à la retraite à 62 ans, voire 60 ans, pour ceux qui ont commencé tôt. « Oui, ça reste d’actualité dans le contexte économique qu’on connaît. » Depuis deux ou trois jours, les proches de Marine Le Pen enchaînent les plateaux. « Nous reviendrons sur la réforme Borne et on revient sur 62 ans et 42 annuités », assure Jean-Philippe Tanguy, sur Public Sénat, le 27 mai. Le lendemain, il insiste à nouveau, sur France Info : « S'engager sur 62 ans, c'est une promesse forte. C'est une espérance forte pour toutes les Françaises et les Français qui ont des métiers et des carrières difficiles, et il faut travailler pour honorer cette promesse. » « Notre réforme a toujours été présentée comme un avantage pour celles et ceux qui avaient commencé à travailler tôt », a poursuivi le référent RN des finances. « Cela fait partie des piliers de choix de société que portent Marine Le Pen et le Rassemblement national, confirme, quant à lui, l’homme fort du Nord, le député Sébastien Chenu. C’est un totem de notre programme. »

Répondant aux questions de Ruth Elkrief dans Le Grand Entretien de Darius Rochebin sur LCI, Jordan Bardella, ce 28 mai, a une nouvelle fois abordé le sujet sans être définitif. « Le système des retraites aujourd'hui n'est pas soutenable sur le plan économique. Il y a 60 ans, il y avait quatre cotisants pour quatre retraités. Il y a, en 2026, 1,7 cotisant pour un retraité. » Celui qui pourrait porter la bannière du RN en cas d’empêchement de la députée du Pas-de-Calais pose les bases de son argumentation. « Sur le plan social, le système en vigueur est profondément injuste, car plus vous rentrez tard dans le système, moins vous cotisez longtemps. »

« Il faut regarder le nombre d’années cotisées »

Jordan Bardella plaide pour un « système plus juste » : « Ceux qui ont commencé à travailler plus tôt partent plus tôt et ceux qui ont commencé à travailler plus tard partent plus tard. » Pour le chef du parti, l’âge de départ ne veut rien dire. « Pour que le système soit plus juste, il faut regarder le nombre d’années cotisées ». Une simplification est appelée de ses vœux. Fustigeant les propos d’Édouard Philippe, évoquant, dans le magazine Challenges, un décalage de l’âge de départ à la retraite à 67 ans, le président du RN a martelé : « Ces gens-là mentent aux Français. » Le problème de la viabilité de notre système ne sera que décalé de quelques années, a-t-il dit, insistant sur son idée maîtresse : « Le problème, dans un système où ceux qui travaillent paient la retraite de ceux qui ne travaillent pas, c'est le nombre de gens qui travaillent. »

Au sein du parti, la question est épineuse et rares sont les parlementaires qui osent engager leur parole publiquement auprès des journalistes. « Nous en saurons plus le 7 juillet, répond, pudiquement, un député RN à Boulevard Voltaire, qui évoque « une réflexion interne qui aboutira à un arbitrage ». Si Marine Le Pen devait être sanctionnée par les juges au début de l'été, il n’est pas impossible que la doctrine du RN sur la question des retraites évolue légèrement.

Picture of Yves-Marie Sévillia
Yves-Marie Sévillia
Journaliste chez Boulevard Voltaire

Vos commentaires

55 commentaires

  1. Il a raison, c’est le nombre de trimestres cotisés et uniquement lui qui doit être pris en compte. La question de l’âge est une aberration. Que celui qui bosse à 15 ans parte en retraite plus tôt que celui qui bosse à 25 est tout-à-fait normal.
    Ça fait des années que je le dis. D’autre part, si on remettait en question les 35h, ça permettrait à ceux qui bossent 39h ou plus de partir plus tôt. Cela devrait être un choix.

  2. Pour infos sur la pseudo gestion sans aucune équité : titulaire de 183 trimestres ,je me suis vu amputé de 25% car je n avais pas 65 ans pour la retraite des cadres sup !!!!! C était en 2005 …… et discusion impossible avec une responsable pas coupable de plus ….

  3. La cours des comptes appartient à macron, comme le conseil d’état et le conseil constitutionnel jusqu’en 2032! Comment faire de la politique ou des budgets si tout est bloqué par ces petits dictateurs non élus? Rien ne passera…il faut une sixième république et faire sauter ces verrous pour que la démocratie retrouve son essence. La dictature, en plus par des non élus, est une véritable hérésie!

  4. Il faudrait aussi que le RN se positionne avec les travailleurs immigrés qui n ont pas cotise pendant 42 annuités. Pourquoi la même retraite que une personne au SMIC toute la vie ou celle d’in conjoint, conjointe qui même n ayant jamais cotise vit en France avrc une personne qui elle a cotise ces( ses) 42 annuites

  5. Seul rôle que l’état devrait avoir sur la question des retraites : imposer le placement des cotisations dans les fonds de pension choisis par le salarié ou l’indépendant. Structure privée au choix : corporative, mutualiste, syndicale, française ou étrangère. Les fonctionnaires californiens sont très contents de CalPERS (California Public Employees’ Retirement System)… Bien sûr, ce n’est pas du socialisme !

  6. Fixer le départ en retraite à taux plein, non pas en fonction de l’âge, mais du nombre d’années travaillées (et donc, cotisées), avec une minoration de ce nombre d’années nécessaires pour les métiers pénibles, cela paraît logique.
    Mais le problème, c’est qu’il y a de moins en moins de cotisants…
    – à niveau de diplôme équivalent, les jeunes commencent à travailler de plus en plus tard : ils ont redoublé durant leur scolarité, changé de voie après un premier échec, pris une année sabbatique…
    – en cas de perte d’emploi, les plus de 50 ans ont de plus en plus de mal à retrouver un travail décent par rapport à leur emploi précédent,
    – de plus en plus de gens vivent de petits boulots plus ou moins légaux, en tout cas non-déclarés, ce qui diminue d’autant le nombre de cotisants.

    • Vous dites « Mais le problème, c’est qu’il y a de moins en moins de cotisants… » . Ç’est vrai, et pour résoudre cette situation, il faut introduire de la capitalisation car le système par répartition n’est plus viable.

    • Le RN prévoit de revaloriser le travail manuel, pour relancer l’emploi, d’en finir avec le collège unique… permettre l’orientation professionnelle dès l’âge de 14 ans, permettant ainsi un CAP pro à 16 ans et donc une entrée dans la vie active avec un véritable métier en main et un vrai salaire, mais avoir toutefois la possibilité de poursuivre vers un bac pro et + selon les aptitudes de chacun.
      Se sera une respiration pour des milliers de jeunes qui n’ont pas vocation a poursuivre des études, qui s’ennuient sans but et sans espoir sur les bancs de leur lycée, et qui préfèreraient bénéficier d’un enseignement général en parallèle à l’apprentissage d’un métier à leur goût…Avec le soutien de l’état, ce serait un formidable apport pour les entreprises, petites moyennes et grandes de former toute cette jeunesse, plutôt que faire appel à la main d’œuvre immigrée sans qualification qu’elle doit aussi former …
      L’âge minimum de départ à la retraite à taux plein doit être fixé en fonction du nombre d’années cotisés, c’est ce qu’il y aurait de plus équitable. En considérant ceux qui auraient commencé à travailler à 16 ans un départ à 62 ans correspondrait à 46 années cotisées (sans interruption)
      Qui trouverait que ce n’est pas suffisant?
      Ce n’est pas l’âge de départ qu’il faut revoir, mais l’âge d’entrée.
      Il faut arrêter avec ca nos gosses ne sont pas tous des génies ni de grands intello capables de suivre la fac etc… même si c’est l’espérance qui a été donné à tous les parents à partir de 1972… on voit bien le résultat (no comment…)

  7. Pourquoi ne pas fixer d’age légal de départ à la retraite mais laisser chacun(e) décider en fonction de sa situation ?

    • Parce que l’état à bien besoin que des bases soient établies afin de pouvoir prévoir dans le temps en fonction de la démographie, de la population, de l’économie etc…Il fait donc fixer un âge légal pour le départ à taux plein.
      Pour que cela soit équitable il faudrait que l’état se base sur l’âge légal auquel on peut commencer à travailler. Et c’est 16 ans, fin de la scolarité obligatoire. Ainsi le montant de la pension de retraite devrait être calculé sur la totalité de trimestres réellement cotisés…

  8. La question est simple sur la retraite vous avez cotisé pendant 42 ans vous rentrez en retraite,avant c’était 40 ans de cotisation mais comme ont commençait à travailler à 14 ans et pouvoir partir en retraite à 60 ans vous aviez cotisé pendant 46 ans.

  9. Pas le choix que d’aller vers 67 ans… la logique démographique devra bien s’imposer. Ou mourir…

    • il y a un autre choix, celui de relancer le travail de la jeunesse dès l’âge de16 ans. plutôt que prolonger celui des séniors usés dont les employeurs ne veulent plus…Prendre à bras le corps la politique du travail à commencer par l’apprentissage, donner une formation a un métier, plutôt que tenir en classe d’enseignement secondaire des jeunes qui n’en ont pas envie, qui s’ennuient, que ca n’intéressent pas, qui ne sont pas motivés!
      Désolée mais il faut bien admettre que tous nos gamins ne sont pas les brillants futurs bacheliers que nous pensions avoir avec le collège unique et l’égalité des chances pour tous de 1972!
      Non, nos cerveaux ne sont pas tous égaux, ni les dons ni des capacités intellectuelles identiques et ce n’est pas forcément une question d’origine sociale… Alors soyons objectifs, revenons à la raison. Des milliers de jeunes garçons et filles devraient pouvoir prendre le chemin d’un apprentissage professionnel dès l’âge de 14 ans si ses résultats et tests scolaires le justifient…

  10. Bardella a 100 fois raison sur ce sujet. Seule compte la durée de cotisation et la volonté de partir de chacun. Imposer un âge-limite général à tout le monde est une imbécillité.

    • Vous avez tout à fait raison , ma sœur professeur à demandé à continuer à enseigner après l’age légal de départ on lui a refusé. C’était une excellente professeur.
      Les pilotes de ligne ont demandé et cela a été accepté de pouvoir travailler jusqu’à 65 ans avant ils étaient obligés de parti en retraite à 60ans.
      Chacun vieillit différemment il n’y a pas d’égalité devant la vieillesse

  11. La position de MLP et des chapeaux à plume du RN sur les retraites est démagogique et catastrophique pour les plus jeunes, qui sont encore loin de pouvoir en bénéficier, car il sera impossible de leur verser une pension décente avec seulement 1,7 cotisant par retraité (et encore moins dans l’avenir) et l’allongement de la durée de vie. Ce n’est pas un hasard si tous les autres pays repoussent l’âge de départ et augmentent la durée de cotisation. De plus en plus d’électeurs prennent conscience de cette situation et il est donc probable que s’accrocher à cette position devienne finalement contre-productif électoralement pour le RN.

    • On ne peut pas comparer notre régime de retraite à celui des autres pays, car nous sommes les seuls à avoir instauré la caisse des retraites par répartition au sortir de la dernière guerre. En plus chez nous il y a le régime spécial des retraites des fonctionnaires qui est extrêmement couteux (dont on ne parle pas mais que nous, contribuables nous payons)…
      Ainsi je ne partage pas votre jugement sur le projet du RN que vous considérez démagogique Le raisonnement du RN est parfaitement logique et approprié… on est d’accord qu’1,7 cotisant pour une retraite n’est plus possible, mais la solution évidente ne consisterait elle pas œuvrer au développement du marché du travail de la jeunesse dès l’âge de16 ans par l’apprentissage d’un métier à partir de l’âge de 14 ans plutôt que prolonger le temps de travail des séniors…?
      Les entreprises françaises manquent de main d’œuvre et doivent faire appel (semble-t-il) à l’immigration sans formation? et bien qu’ils « emploient » leurs apprentis pendant leur formation…

  12. En tous cas moi retraité depuis 9 ans , ma pension n’a que légèrement augmenté voir baissé car CSG en plus ……….de la CSG alors que j’ai commencé à bosser à 18 ans , on tente de casser les retraités devenus des inutiles mais on oublie que l’on a cotisé pour nos anciens , pendant ce temps-là on augmente les aides sociales , salaires mais le caddie pour nous comme pour les autres augmente ainsi que le reste , la liste est trop longue

    • Je suis parti a 60 ans…mais mon premier bs je l’ai eu a 15 ans..l’âge est une donnée ridicule seule la durée de cotisation devrait compter..d’autant que ceux qui n’ont jamais cotisé ont  » droit » a un minimum vieillesse…

  13. La prochaine blague du gouvernement des juges serait de rétablir Marine LePen comme présidentiable…

    • Pas une blague , il faut le faire , question démocratie ou alors faire de même pour Edouard Philippe

  14. Bien sûr qu’il faut allonger l’âge de la retraite. Mais le faire en ces moments où les faillites d’entreprises se multiplient, où il y a de plus de plus de chomeurs de moins en moins de travail revient à dire aux seniors : il y a n’y a plus de petrole alors on va vous demander d’aller de plus en plus loin pour travailler, mais… ne vous inquiétez pas, on on va vous verser des indemnités pour compenser vos frais d’essence… A mon avis, il faudrait : 1) diminuer les charges des d’entreprises pour qu’elles puissent embaucher sans se mettre en danger. 2) réindustrialiser la France pour créer des emplois. 3) quand ces deux conditions sont remplies, obliger les gens à travailler plus longtemps comme cela se fait dans tous les pays d’Europe…

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