Jean-Noël Barrot : critiquer Bruxelles, c’est faire le jeu de Poutine

Pour le ministre des Affaires étrangères, tout candidat défiant l'Union européenne serait soutenu par Moscou.
Copie écran France TV
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« Tout candidat qui se défie de l'Union européenne sera soutenu d'une manière ou d'une autre par Vladimir Poutine. » Avec Jean-Noël Barrot, le débat politique a au moins le mérite de devenir simple. Vous critiquez Bruxelles ? Le Kremlin n'est jamais bien loin. Le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères ne vise pourtant pas un parti, une personnalité ou une opération d'influence précise. Il ratisse large : « Tout candidat » qui se défie de l'Union européenne serait susceptible de recevoir le soutien de Vladimir Poutine.

La construction européenne ne fait donc plus seulement l'objet d'un débat politique. La contester devient, dans la nouvelle grammaire de l'extrême centre, un indice de proximité (même indirecte) avec Moscou.

Le souverainiste dans le camp du Kremlin ?

La formule est pour le moins pratique. Réclamer davantage de souveraineté pour la France ? Faire le jeu de Poutine. Défendre une Europe des nations ? Servir ses intérêts. Vouloir sortir de l'Union européenne ? Voilà qui pourrait bien vous conduire, « d'une manière ou d'une autre », dans l'orbite du Kremlin. À ce compte-là, il faudrait peut-être s'interroger sur le référendum de 2005. Près de 55 % des Français avaient alors rejeté le projet de Constitution européenne. Une majorité d'« agents objectifs » de Vladimir Poutine avant l'heure ? À moins, évidemment, que l'on puisse simplement critiquer les institutions européennes sans éprouver la moindre fascination pour le président russe.

C'est précisément ce que dénonce Nicolas Dupont-Aignan. « C'est indigne, c'est une insulte, une calomnie », réagit, auprès de Boulevard Voltaire, le président de Debout la France. Il estime que ce discours vise à « invisibiliser plus de la moitié des Français ».

L'ingérence russe, argument politique commode ?

Les ingérences étrangères constituent pourtant un sujet sérieux. Des campagnes de désinformation attribuées à des réseaux pro-russes ont récemment visé plusieurs personnalités françaises, notamment Gabriel Attal et Édouard Philippe. Mais certaines de ces opérations ont connu une diffusion initiale très limitée. Leur dénonciation publique et leur reprise médiatique leur ont ensuite offert une audience bien plus importante.

Le constat mérite d'être posé : une opération de désinformation peut être réelle tout en ayant une portée marginale. Sa révélation peut, elle, produire une séquence politique de premier ordre. Il ne s'agit évidemment pas de soutenir que les responsables politiques concernés auraient inventé les attaques dont ils ont été victimes. La question est plutôt de savoir ce que devient, politiquement, la menace russe, une fois entrée dans le débat électoral.

Nicolas Dupont-Aignan y voit, lui, une « stratégie politicienne ». Une analyse qui fait écho à une tendance de plus en plus visible : à mesure que se rapproche l'échéance présidentielle de 2027, l'ombre du Kremlin semble surgir derrière chaque débat politique français.

De l'ingérence au procès en euroscepticisme

Et c'est ici que Jean-Noël Barrot franchit une étape supplémentaire. Dénoncer une campagne étrangère identifiée est une chose. Expliquer que « tout candidat » critique envers l'Union européenne sera soutenu par Vladimir Poutine en est une autre. Le raccourci est saisissant. Moscou aurait intérêt à une Europe affaiblie ? Donc, ceux qui contestent Bruxelles seraient forcément, d'une manière ou d'une autre, ses alliés objectifs. Voilà une mécanique politique particulièrement confortable, pour l'extrême centre. Elle permet de ne plus répondre aux critiques formulées contre l'Union européenne. Il suffit de les placer sous une lumière rouge venue du Kremlin. Le souverainiste ne serait plus seulement un adversaire politique. Il deviendrait un suspect.

À l'approche de 2027, le procédé pourrait se révéler redoutablement efficace : d'un côté, le camp de l'Europe et de la démocratie ; de l'autre, tous ceux que l'on peut soupçonner de servir, consciemment ou non, les intérêts de Vladimir Poutine. Une vision du débat public qui tient en deux mots : Bruxelles ou Moscou.

Entre les deux, Jean-Noël Barrot semble avoir oublié qu'il existe encore une idée parfaitement française : la souveraineté.

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Yann Montero
Journaliste Boulevard Voltaire

Vos commentaires

92 commentaires

  1. Demandez à BOUALEM SANSAL ce qu’il pense de ce monsieur : c’est savoureux ! (source : LA LEGENDE – le livre)

  2. Pour s’affaiblir l’U.E n’a besoin de personne d’autre qu’elle-même. Simple exemple, demandez au monde agricole, notamment français, ce qu’il en pense. Autre exemple : on vient de voir Madame Van der Leyen aller soutenir le Groenland contre l’ogre Trump. De quoi se mêle-t-elle ? Cette visite ne pourra être que contre-productrice pour le tuteur Danemark. Trump en profitera pour bien rire. Bruxelles fait une surenchère des soutiens financiers à tel ou tel. En a-t-elle une seule fois évoqué le financement ? Mais non, rien, ces cochons de payeurs de pays membres devront y faire face. Ils ont adhéré. Qu’ils se débrouillent pour honorer les promesses folles de la gouvernance bruxello-strasbourgeoise

  3. Et voilà : le dernier clou sur le cercueil des quelques vrais rebelles qui restent encore dans ce débat politique vient d’être planté ! Il suffira d’un evenement malheureux bien orchestré et récupéré pour passer au dernier stade d’une belle loi des suspects , comme sous la terreur révolutionnaire … Le république finira donc comme elle a commencé . Quelle pourriture nauséabonde que ce corps social qu’on nomme la Bourgeoisie .

  4. Après le pitoyable Stéphane Séjourné, nous avons droit au franco suisse Jean-Noel Barrot, alias le « parrot » de macron … Allo Jean Nono … Que je sache, le journaliste français est toujours retenu en otage par le régime algérien du dictateur tebboune, pas par Poutine ! Pitoyable bonhomme …

  5. La croyance en l’UE est devenu religion d’état, critiquer Bruxelles et sa sainte matrone, est désormais un délit de blasphème.

  6. L’eurolâtrie de ce valet de son maître dépassse celle de Macron ! Il faut le faire ! A-t-on jamais eu dans le passé un plus minable ministre des affaires étrangères ?

    • Oui en effet je pense que c’est le pire de tous ! Non seulement minable mais dangereux car il n’a pas 2 grammes de diplomatie ! Que fait il à ce poste ?

      • A l’image de son maître.

        De toutes façons, depuis d’ailleurs un certain temps, ils sont tous d’une telle incompétence crasse qu’ils peuvent être interchangeables et passer de la défense à l’industrie, de la culture au tourisme, etc.

  7. Il est obsedé par une supposée ingérence russe, mais l’ingérence salafiste ? Hautement plus grave ! Les dégâts sont déjà visibles.

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