[ENTRETIEN] « La variation de la politique d’immigration aura un impact décisif sur le visage de France »

Une France majoritairement issue de l’immigration pourrait se dessiner d’ici 2100, selon les projections de l’OID.
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En 1985, Le Figaro Magazine faisait scandale avec une couverture devenue célèbre : « Serons-nous encore français dans 30 ans ? », illustrée par une Marianne voilée. Le dossier, nourri par les travaux du démographe Gérard-François Dumont et les réflexions de Jean Raspail, auteur du Camp des saints, posait déjà la question des conséquences démographiques de l'immigration.

Quarante ans plus tard, le débat revient au cœur de la vie politique. L'Observatoire de l'immigration et de la démographie projette plusieurs scénarios d'évolution de la population française jusqu'en 2100, selon que les flux migratoires se maintiennent, diminuent ou sont fortement réduits. Dans un scénario « haut », qui se produirait si l’immigration poursuivait sa dynamique, les personnes d’origine extra-européenne deviendraient majoritaires dans les naissances peu après 2040 ; elles deviendraient majoritaires dans la population totale au milieu des années 2070 et les personnes sans ascendance migratoire deviendraient minoritaires vers 2050. Directeur de l'OID, Nicolas Pouvreau-Monti analyse ces scénarios.

 

Quitterie de Prémesnil. Pour construire le scénario « haut », le plus catastrophique, sur quelles données vous appuyez-vous exactement et comment modélisez-vous la « continuité migratoire » dans le temps ?

Nicolas Pouvreau-Monti. Tous les scénarios s'appuient sur des sources exclusivement institutionnelles. Il y a l'ensemble de l'appareil statistique entretenu par l'INSEE et par l'INED sur plusieurs générations : sur les immigrés, les descendants d'immigrés, sur les enfants d'immigrés directement, mais aussi les petits-enfants. On se fait parfois une idée excessive de ce qui n'est pas possible dans le champ juridique français parce qu'il y a une limitation sur les statistiques dites ethniques, mais il y a un appareil statistique originatoire sur plusieurs générations.

On se fonde sur les données disponibles à la fois sur la structure de la population française aujourd'hui et sur les différences de fécondité entre les populations. Les femmes immigrées d'Afrique subsaharienne en France ont un indice de fécondité, c'est-à-dire un nombre moyen d'enfants par femme, qui est le double de celui des femmes nées en France. On se fonde aussi sur ce qu'on sait des flux migratoires les plus récents, sur les indices de mortalité, la pyramide des âges - autant de données publiques.

Dans les scénarios qui ont été présentés dans Le Figaro Magazine, on fait varier un facteur qui est celui de la politique d'immigration, avec un scénario « haut », qui est la poursuite des dynamiques actuelles de l'immigration : 350.000 entrées permanentes par an. Un scénario intermédiaire, qui correspond à une baisse légère, avec 250.000 entrées permanentes. Et un scénario restrictif, avec une diminution drastique, de l'ordre d'une division par quatre des flux migratoires extra-européens par rapport au scénario intermédiaire. La variation de la politique d'immigration, qui est liée à la capacité d'action du pouvoir politique, aura un impact décisif sur le visage de la société française à la fin du siècle.

 

Q. P. Jean-Luc Mélenchon annonce une France « métissée à 50 % » dès 2050. Même si cette notion de métissage n’est pas utilisée dans votre étude, cette formule recoupe-t-elle, à sa manière, vos projections ?

N. P.-M. Effectivement, la formule de métissage n'est pas employée dans cette étude. Je ne sais pas quel est le sens que Jean-Luc Mélenchon lui donne, mais on peut y trouver une connotation, d'aucuns diraient raciale, qui n'est évidemment pas présente dans l'étude. Si, par « métissée », Jean-Luc Mélenchon entend : ayant au moins une origine extra-européenne sur trois générations, sa « prévision » apparaît excessive. Même dans le scénario où les personnes d'origine extra-européenne sur trois générations deviennent majoritaires dans les naissances dans la première moitié des années 2040, dans la population générale, elles ne le deviendraient que seulement au milieu des années 2070. Bien au-delà des années 2050 évoquées par Jean-Luc Mélenchon.

 

Q. P. Vos scénarios catastrophes sont-ils « une fatalité » ? Concrètement, quelles décisions politiques précises faudrait-il prendre aujourd'hui pour basculer du scénario haut vers le scénario restrictif, et est-ce, selon vous, encore possible dans le cadre juridique européen actuel ?

N. P.-M. Le scénario restrictif n'a aucune chance de survenir naturellement. D'abord, il y a l'ensemble des verrous juridiques aujourd'hui. Une grande part de l'immigration est de plein droit : le droit d'asile, l'immigration familiale. L'autre raison, c'est qu'il y a une dynamique d'attractivité de l'Europe : un déséquilibre démographique entre notre continent, qui est l'un des plus riches du monde, et le continent le plus au sud, l'Afrique, qui est à la fois le plus jeune et le plus pauvre du monde, qui n'a aucune raison de se tarir dans les prochaines décennies.

Néanmoins, si l'on choisit de se libérer d'un certain nombre de carcans constitutionnels ou européens, si l'on choisit de reprendre une marge de manœuvre sur le nombre et le profil de l'immigration reçue en France, impliquant de grandes manœuvres, le scénario restrictif montre que la trajectoire démographique de la France dans le siècle qui vient n'est pas écrite. Mais cela impliquerait un virage politique à la fois volontariste et pérenne, qui fait clairement partie des sujets qui ont vocation à être discutés pendant l'élection présidentielle de 2027.

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Quitterie de Prémesnil
Etudiante en journalisme

Vos commentaires

57 commentaires

  1. Je n’ai certainement pas envie que tous ces politicards véreux qui ont été aux « commandes » , se présentent à la présidentielle . La France est dans cet état , (bien plus catastrophique que ne l’était la GRECE) par leurs fautes , leurs incompétences , leurs inactions ,une politique ,qui depuis une dizaine d’année ne fait que détruire notre pays , notre nation , notre patrie et bien sur notre économie . C’est pour cette raison que « nous » voterons R.N . Nous avons ce devoir envers nos enfants et nos petits enfants . Je n’ai pas envie que dans quelques années mes petits enfants me disent ;  » Mais bon sang qu’avez vous fait ? Vous étiez au courant et vous avez laissé faire !!!!!!!!!!

  2. Je rêve, pour le deuxième tour, d’un duel entre Marine Le Pen et Philippe de Villiers. Au moins nous aurions un vrai choix pour le sauvetage de la France, à l’intérieur de l’UE ou en dehors.
    M. de Villiers, présentez-vous ! Pour le moment, vous parlez et écrivez mais n’agissez pas !
    Soyez digne de vos ancêtres.

    • Ph. de Villiers ne se présentera pas, hélas, question d’âge et de santé, c’est un homme de grande valeur mais raisonnable. Par contre je verrais bien Knafo qui est de droite face à la socialiste MLP.

  3. Madame Le Pen, croyez-vous en analysant les dernières études de l’immigration que – rester sur son quant-à-soi, soit la solution ?
    Prétendre viser l’hégémonie…beaucoup s’y sont cassé les dents.
    Reprenez vous, faites un pas vers vos alliés. Faites l’union des compétences.
    N’oubliez pas vous serez seule…redevable de votre échec.

  4. Vous pensez qu’il faut attendre 2100 pour voir le changement ??? Moi quand je me promène dans ma ville de province , je remarque tous les jours cette transformation !! Alors en 2100 c’est certain que tout aura changé !!

    • DI CLUZ : Je suis d’accord avec vous ; j’ai voyagé cet été dans divers régions et dans divers villes .Et je peux dire que le « grand » remplacement se met est en place insidieusement . Si rien est fait NOTRE FRANCE disparaitra .

  5. Trés difficile de faire un commentaire sans être censuré , impossible de rappeler l’historique des migrations depuis les années 60 ?

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