Saint-Pierre-des-Corps : les violences urbaines sont systémiques partout en France

Là comme ailleurs, les émeutes sont désormais les conséquences habituelles des interventions des forces de l'ordre.
© Valentin du Bourg
© Valentin du Bourg

De La Grappinière (Lyon) en 1979 à Nanterre en 2023, en passant par Toulouse en 1998 et Clichy-sous-Bois en 2005, les émeutes en France ont, depuis près de cinquante ans, le même visage. Si ce n’est que, depuis la mort de Nahel Merzouk à la suite d’un tir de police, ces violences urbaines se font plus fréquentes, avec des auteurs plus jeunes, et elles semblent désormais pouvoir éclater à la suite de n’importe quelle intervention policière.

Dix agents blessés

La ville de Saint-Pierre-des-Corps en a fait les frais ce week-end, après une collision entre un scooter et une voiture de police qui avait pris en chasse son conducteur, dans la soirée du 19 septembre. Si le jeune fugitif de 19 ans devrait pouvoir retrouver l’usage de sa jambe blessée dans l’accident, indique Le Monde, la réponse ne s’est pas fait attendre. Dans la nuit de samedi à dimanche, outre les dégradations et les actes de vandalisme, une quinzaine de véhicules ont été incendiés, dont deux voitures de police, tandis que dix agents ont été blessés, l’un d’eux ayant été hospitalisé après avoir reçu un pavé à la tête.

Une fausse rumeur concernant un prétendu tir mortel de policiers sur un jeune de Chambéry avait eu le même effet, plus tôt en septembre. L’individu pris en chasse par les forces de l’ordre avait été retrouvé par ces dernières quelques minutes plus tard, en sang, avec une balle dans la tête, rapportait Le Figaro. Les policiers n’avaient pas fait usage de leur arme, mais des rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux avaient néanmoins embrasé les quartiers populaires, à l’origine de violences et de dégradations, les 7, 8 et 9 septembre.

La France, partout touchée… et pour rien

On a vu naître ces mêmes émeutes à Rillieux-la-Pape, à plusieurs reprises entre 2024 et 2026, dans plusieurs villes des Yvelines en avril de cette année, à Noisiel en mars, mais aussi à Aurillac en août 2025, à Auch et Béziers en juillet 2025 ou encore à Givors en avril 2024. Toutes ces villes ont été le théâtre de violences urbaines ces deux dernières années, déclenchées tantôt par des interpellations et des gardes à vue, tantôt par des saisies, des contrôles ou encore des accidents provoqués par des refus d’obtempérer. À Rillieux-la-Pape, en novembre 2024, c’est l’interdiction d’un barbecue sauvage qui avait mis le feu aux poudres.

Plus question, donc, de ne s’en tenir qu’aux représailles faisant suite aux incidents mortels survenus lors d’interventions des forces de l’ordre, comme à Cherbourg-en-Cotentin en juin 2024, où la ville s’était embrasée après la neutralisation par balle de Sullivan S., impliqué dans un refus d’obtempérer. Ou comme dans certaines communes des Hauts-de-Seine en décembre 2024, après la mort d’un homme placé en garde à vue au commissariat de Bagneux, victime de deux malaises.

En outre, là où ces scènes pouvaient autrefois être observées principalement dans les banlieues lyonnaises et parisiennes ou se cantonner aux grandes métropoles, elles gagnent désormais toute la France et n’épargnent aucune région.

Des profils jeunes qui font peser des sanctions sur leurs familles

Les émeutes parties de Nanterre pour gagner tout le territoire national après la mort de Nahel Merzouk, à l’été 2023, avaient révélé la jeunesse de nombreux protagonistes, plus enfants que jamais. Un tiers des émeutiers interpellés était ainsi âgés de moins de 18 ans, certains n’ayant même pas atteint l’âge de 13 ans. À Rillieux-la-Pape, en mars, deux fauteurs de troubles mineurs avaient encore été arrêtés, rapportait Le Parisien, tandis qu’à Béziers, en juillet 2025, Actu.fr révélait que « la plupart » des émeutiers « seraient des mineurs ».

Cherbourg, Noisiel, Chambéry et, plus récemment, Saint-Pierre-des-Corps ne font pas exception. Dans cette dernière commune, parmi les cinq émeutiers arrêtés, certains seraient nés en 2010, a appris Le Monde auprès du parquet.

À Rillieux-la-Pape, le maire Horizons Alexandre Vincendet n'avait pas hésité à supprimer les aides municipales aux mineurs impliqués dans les émeutes de novembre 2024, relevait Le Figaro. Il devançait alors Gérald Darmanin et son projet de loi visant à rendre possible la saisie des prestations sociales, comme les allocations familiales et les aides au logement, en cas de non-paiement des dommages et intérêts suite à des violences et dégradations commises dans l'espace public. Un texte déposé le 16 septembre au Sénat et dont la procédure accélérée vient d'être engagée par le gouvernement.

Vos commentaires

61 commentaires

  1. Ils ne comprendraient la situation que si une lourde amende était infligée à leurs proches. Et, s’ils se trouvaient en situation irrégulière, la conséquence serait l’expulsion immédiate. Ce qu’il faut, ce sont des mesures énergiques, et non un État sans caractère.

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