Editoriaux - Polémiques - Théâtre - 13 juin 2019

Jean-Marie Bigard cloué au pilori de la bien-pensance

C’était il y a quinze ans, presque jour pour jour. Le 18 juin 2004, Jean-Marie Bigard devenait le premier – et seul humoriste à ce jour – à réunir plus de 52.000 personnes au Stade de France à l’occasion de son spectacle intitulé Des animaux et des hommes. Mais aujourd’hui, l’artiste originaire de Troyes, qui occupe depuis plus de quarante ans les scènes et les plateaux de télévision de France, n’est plus en odeur de sainteté.

C’est ainsi qu’à l’issue de son passage sur la chaîne de télévision C8, et la présentation d’un sketch mimant un viol en février dernier, Bigard a vu sa candidature à la tournée organisée par Var-Matin pour l’été à venir écartée. Ce sont, ainsi, une cinquantaine de spectacles dans les villes et les villages du sud-est de notre pays qui échappent désormais à l’humoriste.

Mais la sanction touchant Jean-Marie Bigard ne s’arrête pas là. En effet, plusieurs villes sollicitées pour recevoir son nouveau spectacle ont, depuis, donné une fin de non-recevoir à ses demandes d’accueil. L’une des dernières en date est la ville de Montceau-les-Mines, en Saône-et-Loire. Alors que Jean-Marie Bigard, à l’invitation d’un conseiller municipal d’opposition, également conseiller régional de Bourgogne-Franche-Comté, proposait de se produire sur le bassin minier en proposant des billets à cinq euros, le maire (LR) de la localité, par son adjointe à la culture, faisait savoir son refus, prétextant qu’elle ne voulait pas « cautionner des attitudes qui pourraient diviser le public ».

Ces décisions unilatérales d’élus, dans un pays qui se veut être le chantre de la démocratie et de la liberté d’expression, ont de quoi interroger. En effet, à un moment où, sur nos écrans, sévissent des « artistes » qui glorifient le terrorisme, où des rappeurs s’en prennent ouvertement à notre pays et aux Français en incitant sans détours à la haine et au meurtre, où le président de la République lui-même s’exhibe dans les médias avec des individus lançant des « doigts d’honneur » non équivoques à la cantonade, pourquoi Bigard fait-il soudain l’objet d’un tel acharnement ? Comment ne pas y voir une discrimination bien réelle à l’intention de l’un de nos humoristes les plus populaires ?

Bien entendu, Bigard, on aime ou on n’aime pas. Depuis longtemps, il a fait le choix d’un créneau humoristique qui ne fait pas toujours dans la dentelle et qui s’adresse à un public averti. Et son humour se concilie davantage avec une soirée entre amis qu’avec une fin de repas de communion privée. Mais tous les Français le savent. Et ils n’ont pas besoin que d’autres qu’eux, et surtout pas des élus donneurs de leçons, et parfois loin d’être exemplaires, viennent leur dire ce qu’ils ont le droit d’aller voir ou écouter.

D’ailleurs, cette tendance consistant à leur dicter de plus en plus souvent ce qu’ils doivent faire, dire ou penser devient intolérable. L’interdiction faite à Bigard de se produire dans nos salles de spectacle procède indubitablement de cette censure insidieuse qui se répand en France de manière sourde mais bien réelle.

Pour cette raison, il est urgent d’entrer en « Résistance ». D’affirmer, chaque fois que nous le pouvons, ce que nous sommes et ce que nous voulons. De ne pas nous laisser imposer les projets délétères d’une classe politique qui ne cherche qu’à nous manipuler pour mieux nous dominer. De refuser les choix arbitraires de ceux à qui nous n’avons que délégué le pouvoir et à qui il nous est possible, à tout moment, de le reprendre. L’offense faite à Bigard n’est qu’une offense de plus faite aux Français. Elle est un pas de plus vers une aliénation qui, d’ici peu, nous dépassera si nous ne réagissons pas.

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