Année après année, Jean-Jacques Goldman demeure la personnalité la plus populaire auprès des Français, à en croire le traditionnel baromètre du Journal du dimanche. Et pourtant, l’homme a mis fin à sa carrière d’artiste en 2004, profitant ainsi d’une retraite finalement bien méritée, après une trentaine de millions d’albums vendus.

Quand la musique est bonne, pour reprendre le titre d’un de ses innombrables succès ? Va savoir. La sienne l’était-elle vraiment ? Oui, à condition d’apprécier les voix métalliques à la Claude François qui, justement, n’aimait guère la sienne. Pour le reste ? Au moins, le plébiscité savait-il écrire des chansons, art semble-t-il perdu de nos jours. Elle a fait un bébé toute seule, Encore un matin ou La vie par procuration, ça peut s’écouter sans déshonneur, car c’est construit. Couplets, refrain et pont entre les deux : du travail correct, à défaut d’être renversant.

Restos du cœur et antiracisme : ce conformisme des années 80

Bien sûr, les pointilleux préféreront l’un de ses premiers groupes, Taï Phong, et son tube façon Procol Harum, Sister Jane. Quant aux sceptiques, ils ricaneront devant celui lui ayant valu succès à la fois public et critique, Je te donne, hymne antiraciste niais, cumulant à la fois toutes les abominations musicales et politiques des années 80 : synthés omniprésents et discours de chaisière à la Harlem Désir. « Je te donne toutes mes différences qui sont autant de chances » et tout le toutim. Réécoutée à l’aune des attentats islamistes et de la tuerie de Crépol, la chanson a de quoi laisser dubitatif.

Jean-Jacques Goldman, c’est aussi l’homme des Restos du cœur, dont il fut l’homme lige, des décennies durant, avant de prendre ses distances en 2016. Bref, rien que du fédérateur. Mais cela ne saurait expliquer une telle place dans celui de nos compatriotes. Alors, quelle peut en être la raison ? Sa discrétion, peut-être.

La discrétion comme art de vivre… et survivre

En effet, en une époque où ses confrères semblent passer plus de temps à s’engager qu’à chanter, Jean-Jacques Goldman est toujours resté en retrait. On ne connaît rien de sa vie privée. Pas de divorces fracassants ou de ces maîtresses cachées faisant le bonheur de la presse à scandales. Une parole publique rarissime : pour nos confrères, il doit être plus facile de décrocher un entretien du pape François qu’avec cette sorte d’imam caché de la chanson française. On ne sait d’ailleurs pas plus pour qui il vote, s’il porte à gauche ou à droite. Je marche seul, affirmait-il dans la chanson éponyme. On peut le croire.

Récemment, l’universitaire Ivan Jablonka lui a consacré une biographie, Goldman, véritable succès de librairie. Et le principal intéressé de rétorquer : « Je suis triste pour tous les gens qui se font duper en achetant ces livres qui parlent de moi. » Fermez le ban. Il n’est pas plus prolixe quant à son demi-frère, Pierre Goldman, activiste d’extrême gauche, incarcéré pour trois braquages sanglants avant d’être libéré sous la pression du Tout-Paris médiatique et de tomber sous les balles d’un hypothétique collectif répondant à l’improbable nom d’« Honneur de la police ». On sait juste qu’il allait régulièrement le voir au parloir de sa prison, estimant qu’un demi-frère ayant mal tourné demeurait un frère. Rien de moins, rien de plus.

C’est probablement cela qui n’en finit plus de toucher les Français : cette manière de toujours bien se tenir ; même si c’est à l’écart.

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01 janvier 2024 à 17:30

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26 commentaires

  1. JJ Goldman, une personnalité politiquement correcte, qui a participé tout au long de sa carrière au divertissement et à l’endormissement du peuple de France. Les origines de sa famille expliquent probablement l’ampleur de son succès, comme pour Enrico Macias ou Patrick Bruel.

  2. Les secrets d’un mystère dites vous ? je n’en vois pas un . Il a écrit des chansons pour toute une gamme de chanteurs , des blancs comme des noirs, pour les maghrébins , alors avec un public autant éclectique rien d’étonnant à ce qu’il se trouve propulsé à la 1ere place. On ne peut nier son talent de parolier et de compositeur, sur le plan purement personnel , on ne peut pas dire qu’il soit le chantre du civisme à la française , s’expatrier pour échapper aux turpitudes de son pays , est-ce là une preuve de piédestal ?

  3. J’aime beaucoup;J-J. Goldmann, c’est un homme talentueux. Mais, et je m’en excuse par avance auprès de lui, n’avons-nous pas d’autres symboles à admirer et suivre ?

  4. ce sondage est assez dingue car qui pense vraiment à Goldman aujourd’hui??? soit c’est de la paresse intellectuelle, on fait comme l’an dernier, soit le mystere est encore plus grand!!!.. Goldman m’est apparu sympathique quand il a abandonné les restos du coeur car, disait il il n’etait plus d’accord avec les motivations des autres artistes qui eux, venaient pour cachetonner, faire leur pub? Goldman etait un vrai sensible, un type honnete, pas comme la mafia des « enfoirés »

  5. Goldman ? Ce compositeur – chanteur n’est plus en France depuis longtemps . Il avait les moyens de vivre ailleurs . Si les gens l’élisent , c’est qu’ils ne la connaissent pas . Ils n’ont rien à dire sur ce personnage. Moi , il ne m’est ni sympathique ni antipathique . Neutre . Sardou , c’est autre chose !

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