[Cinéma] Le Procès Goldman, le film qui ne tranche pas

PROCES GOLDMAN

Les films de prétoire ont la cote, en ce moment. Après Anatomie d’une chute, dont une grande part du récit se déroulait aux assises, sort en salles une reconstitution du second procès de Pierre Goldman, qui se tint à Amiens de novembre 1975 à avril 1976.

Militant d’extrême gauche dans les années 60, passé un temps par la lutte armée au Venezuela, Goldman, demi-frère aîné du célèbre compositeur, se reconvertit à son retour en France dans les braquages et fut accusé, en 1974, d’avoir abattu, cinq ans plus tôt, deux employées d’une pharmacie du boulevard Richard-Lenoir, à Paris. Condamné une première fois à la réclusion criminelle à perpétuité, Pierre Goldman fit appel de la décision et obtint l’ouverture d’un second procès, particulièrement médiatisé. Soutenu par toute une campagne de presse orchestrée par les vedettes de l’époque (dont Simone Signoret, Eugène Ionesco et le couple Sartre-Beauvoir…), l’accusé fut finalement innocenté du double meurtre mais condamné à douze ans de prison pour trois autres braquages.

Avec Le Procès Goldman, le réalisateur Cédric Kahn, à qui l’on doit entre autres les très bons Roberto Succo et La Prière, nous propose un film de prétoire épuré de tout effet dramatique, sans flash-back ni musique, afin de viser une certaine neutralité et de permettre au spectateur de se glisser dans la peau d’un juré.

Une jeunesse gauchiste type

Tourné en huis clos au format 1,33:1 dans des tonalités de lumière qui évoquent le cinéma des années 70, le récit nous plonge dans une période trouble de l’Europe durant laquelle l’extrême gauche employait régulièrement la violence contre ses ennemis idéologiques au point d’inquiéter les autorités. On pense, évidemment, aux Brigades rouges italiennes, au groupe Baader-Meinhof en Allemagne et, plus tard, en France, à Action directe. Des militants d’extrême gauche qui, bien souvent, se recrutaient dans la petite bourgeoisie et trahissaient, par leur comportement absolutiste et adolescent, un désir de révolte œdipien à l’encontre de papa et maman. Un refus de l’autorité qui se traduisait politiquement par une haine des institutions étatiques : armée, police, Justice, éducation, Église… Autant de cibles à abattre. Le tout sous couvert de lutte contre le grand capital. Un capitalisme mal compris dans la mesure où la philosophie libérale, en vérité, ne peut que s’accommoder de l’absence d’autorité, d’interdits, de frontières, de morale et de tabous. C’est là l’erreur intellectuelle fondamentale de cette jeunesse gauchiste à laquelle appartenait Pierre Goldman.

Si celui-ci n’a jamais manqué de respect à ses parents, nous dit le film, sa haine des institutions fut patente. C’est bien simple, sa seule défense, tout au long du procès, consiste à s’identifier aux Noirs qu’il fréquente (intersectionnalité ?) et à se poser complaisamment en victime de la police, taxée d’antisémitisme, de racisme, et accusée de maltraitance. Il va même jusqu’à traiter de nazis ses adversaires présents dans la salle !

Mémoires d'un parjure

Les discours qu’il profère sont tellement outranciers et sa défense fragile – ses avocats sont calamiteux et jouent à fond la carte du pathos – qu’on a bien du mal, en sortant du film, à croire à son innocence. C’est à se demander ce que Cédric Kahn, à titre personnel, pense de l’affaire. Car bien malin qui peut déterminer son opinion. Le jeu aléatoire des acteurs, corsetés par des dialogues trop écrits, n’aide pas à clarifier les choses.

Toujours est-il que le principal alibi de Goldman, Joël Lautric, a avoué, il y a quelques années seulement, dans ses Mémoires d’un parjure, avoir menti lors du second procès par peur de « se faire lyncher par les gauchistes venus en masse défendre leur héros révolutionnaire ». Cédric Kahn ne fait aucune mention de cela en conclusion du film et c’est regrettable.

2 étoiles sur 5

Pierre Marcellesi
Pierre Marcellesi
Chroniqueur cinéma à BV, diplômé de l'Ecole supérieure de réalisation audiovisuelle (ESRA) et maîtrise de cinéma à l'Université de Paris Nanterre

Vos commentaires

3 commentaires

  1.  » une période trouble de l’Europe durant laquelle l’extrême gauche employait régulièrement la violence contre ses ennemis idéologiques » Pourquoi l’imparfait? Ca aurait changé? Oui, une chose : inquiéter les autorités, totalement obsolète.

  2. Les boomers se souviennent de cette époque, où toute l’intelligentzia (ontologiquement de gauche) volait systématiquement au secours des délinquants de tout poil. Mais ça n’a pas beaucoup changé…

Commentaires fermés.

Pour ne rien rater

Les plus lus du jour

L'intervention média

Les plus lus de la semaine

Les plus lus du mois