Audio - Editoriaux - Immigration et diversité - 11 décembre 2018

Jean-Frédéric Poisson : “Le Président a compris qu’il y avait un très grand risque à signer lui-même le Pacte de Marrakech”

Réaction de Jean-Frédéric Poisson à la signature du pacte de Marrakech par Jean-Baptiste Lemoyne, secrétaire d’État auprès du ministre de l’Europe et des Affaires étrangères, au nom d’Emmanuel Macron.

Le secrétaire d’État Lemoyne a signé le pacte mondial sur les migrations à Marrakech. Vous avez milité contre la signature de ce pacte. Pourquoi vous êtes-vous opposé à ce texte ?

Je m’y suis opposé, parce que ce document renforce le dispositif mis en place par l’ONU depuis 25 ans. Depuis le milieu des années 90, le fer de lance de la politique de l’ONU consiste à accomplir sa volonté de fournir à l’hémisphère Nord de la main-d’oeuvre issue de l’hémisphère Sud. Le seul but est, sans doute, de maintenir la santé des économies, en promouvant une disparition progressive des identités nationales.
C’est sa philosophie fondatrice. Et ce pacte de Marrakech va exactement dans ce sens.
Deuxièmement, j’observe que ce pacte fait référence aux « migrants ». On ne parle plus d’immigrants ou d’émigrants, mais uniquement de migrants. Ce serait comme si la mobilité était devenue une valeur, et le déracinement l’alpha et l’oméga de la condition humaine. Évidemment, cela ne peut pas être satisfaisant. Nous plaidons pour l’enracinement. Nous nous opposons donc à toutes les politiques qui conduiraient au déracinement de l’être humain. La condition humaine ne consiste pas à bouger sans cesse d’un endroit à l’autre sans pouvoir s’enraciner.
Troisièmement, le document lui-même dit trop souvent qu’il n’est pas contraignant pour que cela ne soit pas suspect. On sait très bien ce qu’il en est des documents internationaux non contraignants. On ne tardera pas à se réfugier derrière ce document, qui est une morale à 3 francs, pour expliquer que le regroupement familial est merveilleux, que bouger c’est formidable et que l’immigration contribue et participe à la prospérité du développement durable. J’aimerais bien savoir ce qu’en pensent les pays qui perdent, année après année, les ressources et leur population les plus motivées, les plus déterminées et les plus capables.

Contrairement à ce qui avait été annoncé, c’est le secrétaire d’État des affaires étrangères Jean-Baptiste Lemoyne qui a signé ce pacte, alors qu’Emmmanuel Macron l’avait porté.
Comment interprétez-vous cette volonté du chef de l’État de rester en retrait ?

Dans les circonstances actuelles, il a voulu à tout prix éviter la photographie de la signature avec ses collègues chefs d’État se réjouissant d’avoir signé ce document. Il a bien senti que la population française, dans une très large proportion, pour ne pas dire une très large majorité, y était opposée.
Les Français n’ont rien contre les migrants, mais ils s’opposent à l’immigration de masse. Ce n’est pas la même chose. Le président a compris qu’il y avait un très grand risque politique d’aller signer lui-même ce document. C’est pourquoi il a envoyé le secrétaire d’État aux affaires étrangères pour le signer au nom de la France. C’est à la fois assez habile, mais pas très courageux. Il y a une antinomie absolument irréductible entre d’un côté signer le pacte de Marrakech aujourd’hui et s’adresser ce soir aux Français et aux gilets jaunes en expliquant qu’il les a compris.
L’immigration de masse est le premier facteur de maintien à la baisse des rémunérations des travailleurs des pays d’immigration. C’est un phénomène absolument évident. Vous ne pouvez pas dire à la fois « j’ai compris mon peuple » qui demande davantage de liberté par l’intermédiaire notamment du pouvoir d’achat, et organiser pour de longues années, notre besoin et notre capacité à faire appel à de la main-d’oeuvre étrangère pour conforter notre économie. C’est contradictoire et cette contradiction se paiera très cher.


Il y a tout un passage dans ce pacte sur la presse.
Pour exister, cette dernière va devoir faire attention à ce que chacun de ses propos ne soit pas contre les migrants.
Y a t-il un problème de liberté d’expression ?

Je ne connais pas de presse qui parle contre les migrants. Ça n’a pas de sens de parler contre les migrants. Vous n’allez pas parler contre les migrants, alors que vous ne les connaissez pas.
En revanche, parce que c’est la liberté de la presse, vous allez parler objectivement en décrivant ce que vous voyez. Par exemple, lorsque vous voyez des figures de passeurs qui en profitent, ou des Etats mafieux qui se nourrissent de cet esclavage moderne. Vous allez aussi regarder les conditions dans lesquelles on accueille ces personnes en France, en particulier à Calais, sous le métro aérien de Paris, ou encore au bord du canal Saint Martin. Et vous vous rendrez compte que les pays occidentaux ne sont pas en capacité, aujourd’hui, de les accueillir correctement.
C’est indigne de considérer qu’on peut aujourd’hui signer un document pareil, la fleur au fusil en disant que tout est formidable et que tout ira bien. Non, ça ne va pas bien.

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