Editoriaux - Entretiens - International - 17 décembre 2018

Iván Espinosa de los Monteros : “Les tabous ne fonctionnent pas avec Vox, car nous n’avons pas peur des ennemis de l’Espagne”

En Espagne, le parti Vox, qualifié d’extrême droite par beaucoup de commentateurs politiques, notamment en France, a récemment fait son entrée au Parlement autonome d’Andalousie avec douze députés, dans une instance qui en compte 109. Boulevard Voltaire a interviewé Iván Espinosa de los Monteros, l’un des responsables de ce parti.

Comment expliquez-vous la percée de Vox en Andalousie ?

Nous avons tout simplement parlé des sujets qui intéressent les Andalous.
Notre refus de jouer le jeu du politiquement correct, de parler le vocabulaire des politiciens et le fait de ne pas vivre dans ce monde parallèle imaginaire dans lequel sont ces politiciens peuvent sans nul doute expliquer cette victoire. Beaucoup d’Andalous s’identifient à notre défense de l’unité nationale, de la ruralité, de l’égalité de tous les Espagnols devant la loi, de l’équilibre entre homme et femme, d’un État plus effacé, plus efficace, et surtout moins pesant fiscalement… Toutes ces idées sont simplement du bon sens et répondent à une situation d’extrême nécessité.

Dans les principaux médias français, on parle du “vote de colère” pour justifier votre succès électoral. Est-ce le cas, selon vous ?

Clairement, il y a volonté d’en finir avec les postulats gauchistes et les velléités séparatistes. Ces postulats qui voudraient imposer un programme social radical à bien des égards.
On pourrait en citer une pléthore : décomposition de la nation, loi de la mémoire historique, endoctrinement dans les écoles, idéologie du genre, féminisme extrême, animalisme, dépréciation de la ruralité, discours anti-chasse, anti-corrida, immigration incontrôlée, entre autres.
En bref, toutes ces idées qui ont exaspéré les Andalous et une partie du peuple espagnol. Tous ces électeurs qui en ont assez d’être étiquetés fascistes parce qu’ils ont des idées normales. Oui, beaucoup de gens en ont marre.

La droite espagnole a toujours eu du mal à se débarrasser du fantôme du général Franco. Comme si le souvenir du Caudillo interdisait à la droite d’être véritablement conservatrice. L’arrivée de Vox signifierait donc la fin des tabous pour les Espagnols ?

La droite traditionnelle espagnole est tombée dans le jeu de la facilité et de la lâcheté. Ils n’ont même pas essayé de lutter contre l’idéologie d’une gauche de plus en plus insupportable et d’un séparatisme de plus en plus agressif. On ne peut même pas dire qu’elle a combattu sans succès ; en réalité, elle a perdu par défaut. Les tabous ne fonctionnent pas avec Vox, car nous n’avons pas peur des ennemis de l’Espagne. Nous ne sommes pas intimidés par ses insultes ni par ses références à des personnages de l’Histoire de l’Espagne. L’Histoire est pour les historiens.

Votre entrée au Parlement andalou marque la fin de la domination exclusivement socialiste de la région. Bien que l’Espagne soit aujourd’hui gouvernée par un socialiste, est-ce le signe de l’émergence d’une droite résolument conservatrice ?

Le séisme national qu’a provoqué une élection pourtant régionale est bien la preuve que les lignes bougent. Tout le monde s’attend, désormais, à ce que nous transformions l’essai aux élections municipales et européennes. Nous, nous croyons effectivement que nous allons créer la surprise. Je vous dis cela au regard de la détermination des Espagnols.

Entretien réalisé par Marc Eynaud