Editoriaux - International - 23 juillet 2019

Iran versus USA : à l’aube d’un nouvel ordre mondial

Un pétrolier iranien, initialement retenu à Jeddah (ville portuaire saoudienne se situant au bord de la mer Rouge), aurait été libéré grâce à de longues négociations (depuis fin avril), selon Mohammad Eslami, le ministre des Transports iranien (d’après Le Figaro avec l’AFP, article du 21 juillet).

En réalité, rien ne va plus entre le régime des mollahs et l’axe anglo-américano-saoudien : depuis les 12 et le 13 mai derniers, on ne compte plus les agressions commises par les Perses contre des tankers traversant le détroit d’Ormuz, la très étroite frontière entre le golfe d’Oman et le golfe Persique (successivement, quatre pétroliers sabotés et deux en flammes). Initialement, le président Trump avait accusé son homologue iranien, Rohani, de ne pas respecter les accords que son régime avait conclus avec Obama lorsque celui-ci était à la tête de la Maison-Blanche (de janvier 2009 à janvier 2017), accords interdisant au régime chiite toute exploitation militaire de l’énergie nucléaire (avril 2015).

Seulement, au-delà de ce conflit géopolitique doivent s’entendre les causes d’un nouvel ordre mondial, dont peu voyaient la possibilité au moment des premières émeutes menées, en Iran, par des chiites exaltés, accompagnés de libéraux, de communistes et d’anarchistes, en janvier 1978. À partir de la création de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole par le chah, en 1960, la CIA prônait une déstabilisation interne pour annihiler le nationalisme perse, quelque peu contrariant dans le cadre d’une guerre d’usure contre les Soviétiques.

Alors, le Président français de l’époque, Valéry Giscard d’Estaing, accepta la réception du leader religieux, l’ayatollah Khomeyni, à Neauphle-le-Château (dans les Yvelines), le 3 octobre 1978. Les voies de l’otanisme étant impénétrables, une nouvelle collaboration était déjà en marche. Sans oublier que l’internationalisme rouge pouvait y trouver son compte dans sa lutte contre les empires coloniaux.

La manne financière inhérente à l’exploitation de l’or noir provoquait des conflits d’intérêts, mais aussi des déclarations d’amour, à l’instar du discours prononcé par Obama, le 4 juin 2009, depuis Le Caire : « L’Amérique et l’islam ne s’excluent pas », proclamait-il. Une passion s’exprimant tant par le haut que par le bas. Car, si le libéralisme ne voit pas d’inconvénient à faire de l’argent avec n’importe qui, le sociétalisme ne fait pas, au niveau des valeurs, la fine bouche non plus.

Le philosophe Michel Foucault (1926-1984) fut, en France, le cas typique en la matière : il définit, avec une joie non dissimulée, la révolution des mollahs comme l’ambition « d’ouvrir dans la politique une dimension spirituelle ». Par néo-hégélianisme, Foucault n’était pas à une contradiction près, voulant sans cesse réconcilier des contraires superficiels : « Nous devons créer un mode de vie gay », avait-il déclaré, par exemple, dans un entretien de juin 1982. Ainsi, sans vouloir voir, dans l’islam politique, « une société de la surveillance », comme il l’avait dénoncée au sujet des prisons et des asiles psychiatriques (contre les démocraties modernes), Foucault devenait l’idiot utile d’un ordre que l’on peut qualifier, en toute rigueur, d’islamo-libertaire : le lieu de toutes les compromissions entre le matérialisme occidental et le spiritualisme moyen-oriental, entre la grande finance et l’ultraviolence, entre le transgenre et l’ethnique (AJ+), entre le transhumanisme et le salafisme…

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