Les Français sont tenus de ne regarder que certains chiffres, certains taux, tous les soirs, pour prendre leur dose quotidienne d’angoisse et de docilité hygiénique : le taux de reproduction effectif, le taux d’incidence de ce virus qui circule mais envoie beaucoup moins en réanimation et ne tue plus beaucoup. Toute l’actualité est recouverte d’un grand masque. Parfois, il se soulève, comme à Grenoble, où un autre réel – l’insécurité, l’ensauvagement – parvient à émerger jusque dans les discours politiques. Pour cette autre réalité, qui circule beaucoup, de Grenoble à Nantes, de Marseille à Toulouse, aucun chiffre quotidien ne nous est donné : pas de taux de reproduction effectif du virus des coups de couteau, viols, agressions gratuites. Et encore moins sur leurs auteurs : récidivistes ? En situation illégale ?

Tout le potentiel informatique de collecte et de modélisation des data de notre administration est monopolisé par le Covid-19. Les crimes et délits, agressions en tous genres n’ont pas droit à un traçage, une surveillance, des obligations. Pour ce virus-là, vous n’avez que le bon vieux 17 comme recours.

Le bon vieux 17 et l’ex-tout jeune , missionné pour répondre aux éventuelles angoisses qui naîtraient de cette insécurité dont on ne veut pas nous publier les cartes et les taux.

Cette fois-ci, Gérald Darmanin a dû répondre à Éric Piolle, maire EELV de Grenoble, qui l’avait accusé, il y a deux jours, lors de l’opération de police dans sa ville, de faire du « marketing politique ». Dans un courrier en date du vendredi 28 août, Gérald Darmanin renvoie l’édile de gauche à son mauvais bilan sécuritaire : « Votre police municipale ne compte que 100 policiers municipaux pour une population de 160.000 habitants, soit un ratio d’un agent pour 1.580 habitants. » Le ministre de l’Intérieur s’appuie sur la comparaison avec Nice, qui bénéficie d’un ratio bien supérieur : un policier municipal pour 618 habitants. Et à nous qui nous plaignions de manquer de chiffres sur l’insécurité, Gérald Darmanin nous en envoie un autre : la ville de Grenoble dispose « d’un réseau très limité de moins de 90 caméras dont certaines ne fonctionnent pas depuis un certain temps ».

À ce stade de la polémique, force est de reconnaître que nos deux amis ont tous les deux raison : Gérald Darmanin ne fait que de la com’ et Éric Piolle, par idéologie antisécuritaire, laisse depuis des années la situation de sa ville et de ses quartiers se dégrader.

À ce stade, encore, en cette fin d’été automnale qui sent la rentrée, plusieurs questions me taraudent : comment se fait-il qu’avec de tels bilans sécuritaires (dans le pays et à Grenoble), M. Darmanin ait été nommé ministre de l’Intérieur il y a deux mois et M. Piolle réélu maire de sa ville ? De deux choses l’une : soit l’insécurité n’est qu’un fantasme, un sentiment (levez le doigt, ceux qui y croient encore), soit MM. Darmanin et Piolle sont arrivés aux commandes d’une drôle de façon. Oui, M. Darmanin est un ex-LR qui a trahi son camp. Oui, M. Piolle a été réélu maire de Grenoble en juin dernier lors d’élections municipales « covidisées », avec une abstention majoritaire et un adversaire nommé M. Carignon dont j’aurai la décence de ne pas rappeler, ici, le CV.

Dernière question, encore hors sujet : les Français vont-ils se satisfaire de l’alternative Dr Darmanin/Dr Piolle pour traiter le virus de l’insécurité ? Là aussi, ils attendent certainement un Dr Raoult.

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