Vendredi 28 août, Google nous offrait en doodle un portrait d’Alexandre Dumas. Car c’est le 28 août 1844 qu’Alexandre Dumas publiait, dans le Journal des débats, les premières pages de son roman feuilleton Le Comte de Monte-Cristo. 176 ans tout juste. Cela ne fait pas un compte rond, mais tant pis. Alexandre Dumas était un peu fâché avec les chiffres : les trois mousquetaires n’étaient-ils pas quatre ?

Mais en lisant l’article que Le Huff a consacré à cet anniversaire, on se demande s’il ne s’agit pas, dans le contexte actuel, d’un prétexte pour mettre tout autre chose en avant que les textes de l’inventeur d’Edmond Dantès : « Alexandre illustré en homme noir sur Google et c’est rare. » Le dessin représente l’écrivain avec la peau sombre et les cheveux crépus. « Pourtant », nous explique le journaliste, « la plupart des représentations qui ont été faites de lui en attestent peu. Il est principalement dépeint comme n’importe quel homme blanc. Un coup d’œil aux images proposées par Google peut en témoigner. »

Alors, allons voir sur Google. On y trouve quelques photographies en noir et blanc – évidemment et sans mauvais jeu de mots – et il n’y a pas besoin d’avoir fait de grandes études d’anthropologie pour deviner que le père de Porthos n’était pas d’origine suédoise. Le dessin de Google s’inspire tout simplement d’une des photos les plus célèbres de l’écrivain. Bref, rien de neuf sous le soleil de France et de Saint-Domingue, d’où était en partie originaire le romancier.

Alexandre Dumas fut-il victime, de son vivant, du racisme ? Difficile, sans doute, à dire, même s’il fut méchamment caricaturé : les associations ad hoc n’existaient pas à l’époque. En tout cas, Jacques Chirac, qui avait parfaitement assimilé le discours de la repentance, l’avait en quelque sorte sous-entendu lorsqu’il fit entrer Alexandre Dumas au Panthéon en 2002 : selon lui, il dû « affronter les regards d’une société française » qui « lui fera grief de tout : son teint bistre, ses cheveux crépus ».

Apparemment pas les femmes ! Le regretté Michel de Decker publia, en 2010, une biographie au titre évocateur : Alexandre Dumas. Un pour toutes, toutes pour un ! Combien furent-elles ? « Mille et tre » (« mille et trois »), pour reprendre l’air de Don Giovanni. On aura vu des victimes de la société plus malheureuses. Bon, on nous expliquera sans doute que c’était par souci de revanche. Mettons. Mais n’insistons pas : on pourrait faire de l’auteur de La Comtesse de Charny un prédateur sexuel.

En tout cas, Alexandre Dumas ne semblait pas renier sa « négritude ». Dans ses mémoires, il se décrivait comme un « nègre » avec des « cheveux crépus » et un « accent légèrement créole ».

Mort en 1870 (le 5 décembre prochain, ce sera un anniversaire tout rond), il ne put admirer le portrait de son père, le général Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie (1762-1806), fils d’un noble et d’une esclave noire, peint par Olivier Pichat après 1883, portrait qui ne laisse aucun doute sur les origines du beau cavalier.

Mais franchement, lorsque nous galopions aux côtés des trois mousquetaires, nous nous laissions ravir par les charmes simples de Constance Bonacieux ou envoûter par cette peste de Milady de Winter, tout cela, heureusement, passait largement au-dessus de notre chapeau à plumes de mousquetaire du roi.

29 août 2020

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