Armées - Editoriaux - Histoire - 13 août 2019

Il y a 75 ans, le débarquement en Provence (1/3)

Comme la Sicile ou la Corse, le débarquement sur les côtes de Provence,le 15 août 1944, est une opération éclipsée par le gigantisme du débarquement en Normandie qui a eu lieu deux mois plus tôt.

Le débarquement du sud de la France devait, à l’origine, avoir lieu en même temps que celui du 6 juin. Il a été décalé par manque de péniches de débarquement et pour ne pas ponctionner les fronts italiens avant la prise de Rome.

Bien qu’il fût décalé dans le temps, les deux objectifs de l’opération restent les mêmes : premièrement, appuyer les troupes débarquées en Normandie et prendre les Allemands en tenaille, secondement, ouvrir deux fronts en France et disperser les troupes blindées allemandes. Débarquer en Provence permettrait aussi de libérer Marseille, port en eaux profondes et stratégique de la Méditerranée, pour l’approvisionnement en vivres, matériels et troupes. Cette opération d’envergure est tout d’abord appelée Anvil (enclume) avant de prendre, le 1er août 1944, sous la pression de Winston Churchill, le nom de Dragoon. Le Premier ministre anglais, qui souhaitait voir les Alliés porter l’effort sur l’Italie et les Balkans, estimait avoir été contraint (dragooned, en anglais) d’accepter ce débarquement.

La préparation d’Anvil est confiée, le 8 janvier 1944, au général Sir Henry Maitland Wilson (1881-1964). Wilson a pour adjoint le général Jacob L. Devers (1887-1979), qui assure également le commandement américain du théâtre d’opérations de l’Afrique du Nord.

Le commandant en chef des forces navales alliées en Méditerranée est l’amiral Sir John H.D. Cunningham (1885-1962). Quant aux forces aériennes alliées, elles sont sous les ordres du général américain Ira C. Eaker (1896-1987), qui a pour adjoint le maréchal de l’air britannique Sir John C. Slessor (1897-1979).

La préparation opérationnelle d’Anvil-Dragoon est confiée au général américain Alexander M. Patch (1889-1945), qui est par ailleurs nommé, le 2 mars 1944, à la tête de la 7e armée. Cette 7e armée a, d’ailleurs, autorité sur l’armée B (future 1re armée française), placée sous le commandement du général Jean de Lattre de Tassigny (1889-1952). Ce dernier peut compter sur les hommes de la 1re division de la France libre et les éléments de l’Armée d’Afrique. Soit environ 260.000 soldats, dont 5.000 auxiliaires féminines.

Pendant la phase préparatoire, les Alliés opèrent de nombreuses missions de reconnaissance afin de déstabiliser les forces allemandes par le biais de bombardements stratégiques sur les axes de communication et sur les installations côtières. Ces mêmes Alliés multiplient également les missions de diversion, en particulier avec l’opération Vendetta qui, lancée le 10 mai, vise à faire croire aux Allemands qu’un débarquement d’envergure comprenant huit divisions (en réalité, totalement fictives) pourrait avoir lieu entre Narbonne et Sète.

Parallèlement, la Mediterranean Allied Air Force, qui commence à œuvrer dès le mois de mai 1944, intensifie son action dans les jours précédant le 15 août. Des points stratégiques, comme les villes d’Arles et de Tarascon, sont à plusieurs reprises les cibles des bombardements alliés.

Dans le même temps, les Alliés confient à la Résistance différentes missions : destruction ou sabotage des voies et moyens de communication de l’occupant, de leur terrain d’aviation, attaque de dépôt d’armes et de carburants, actions de harcèlement contre les forces allemandes, etc. La Résistance intérieure aide ainsi les Alliés à « préparer le terrain » pour le 15 août.

Le 6e corps d’armée et l’armée française commandée par le général de Lattre de Tassigny convergent d’Algérie, de Malte, du sud de l’Italie et de la Corse vers le golfe de Gênes avant de s’orienter, dans la nuit du 14 au 15 août, vers la région de Saint-Tropez, tandis que de Toscane décollaient les planeurs de la 1re division parachutiste anglo-saxonne.

(à suivre)

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