Il y a 40 ans, la mort d’Hergé : hommage à l’artiste désabusé qui nous a faits cœurs généreux

TINTIN

« Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m'en charge » : formule que l'on prête à Voltaire mais qui serait sans doute plus ancienne. Georges Remi, dit Hergé, disparu le 3 mars 1983, d’une leucémie ou du VIH après transfusion, se serait bien passé de certains amis sulfureux de sa jeunesse.

Léon Degrelle, fameux Waffen-SS wallon et mythomane, n'avait-il pas inventé, à la fin de sa vie, qu'il avait inspiré le personnage de Tintin ? Hergé n’était déjà plus là pour s’en défendre. Les gauchistes de tout couteau entre les dents, hélas, sautèrent sur l’occasion pour faire de lui le pire des nazis et des antisémites, dont l’œuvre continuerait « d’empoisonner » les jeunes de 7 à 77 ans.

Hergé n’était rien de cela, bien sûr. Un homme de son temps, influencé par ses mentors catholiques et ses lectures, mais point la tête politique ou guerrière. Son absence d’engagement actif après 1940 aux côtés de la Résistance lui a été apposée comme une rouelle de stigmatisation. On l’a accusé de collaboration passive, puis d’apologie de barbarie coloniale au Congo, après son antibolchevisme illustré dans Tintin au pays des Soviets. Crime de jeunesse impardonnable dans un monde dominé par les mythes imposés après-guerre d’une gauche immaculée, seule résistante – alors que les suppôts de l’hitlérisme venaient plus de ce bord –, et porteuse du Bien universel contre une Droite honteuse par endoctrinement adverse.

Évidemment, Hergé a parfois tendu le bâton : « Je détestais le genre résistant. On m’a quelquefois proposé d’en faire partie, mais je trouvais cela contraire aux lois de la guerre. Je savais que pour chaque acte de la résistance, on allait arrêter des otages et les fusiller. » Ces évidences dites sont aussi du courage.

Cet ami sulfureux du dessinateur, Gabriel Matzneff, l’a bien compris lorsqu’il écrit ceci, un mois après sa mort : « Hergé était un pyrrhonien taoïste. Il se méfiait des prétendus réformateurs qui, comme Didi dans Le Lotus bleu, veulent vous couper la tête pour vous aider à trouver la voie ; il savait que la vraie révolution ne consiste pas à changer l’équipe au pouvoir ou les structures de la société, mais qu’elle s’opère dans le cœur de l’homme. »

Les gauchistes se sont acharnés contre Hergé et s’enferrent toujours, nouveaux inquisiteurs, dans leur malfaisance idéologique sans pardon. Ceux de droite ont pointé sa lâcheté intellectuelle, passant de leurs rangs, à celui d’un humanitarisme béat dans le dernier opus achevé de son œuvre. Philippe Goddin, son meilleur biographe, les mettra tous d’accord : « Hergé était un homme de droite imprégné de catholicisme et de scoutisme. Mais un homme de droite anticonformiste qui, dans son dernier album, Tintin et les Picaros, renverra fascistes et révolutionnaires dos à dos. » Un album décrié, dont l’image finale est terrible : un dictateur remplace l’autre, les policiers ont changé d’uniforme, mais les Indiens restent à croupir dans leurs bidonvilles sans espoir.

Remercions cet homme jalousé qui, d’une ligne claire, a poussé des générations de petits garçons d’Europe à vouloir être, comme lui, des Tintin : aventureux ou pas, ouverts aux autres et le cœur généreux. Un certain esprit éternel du scoutisme…

Pierre Arette
Pierre Arette
DEA d'histoire à l'Université de Pau, cultivateur dans les Pyrénées atlantiques

Vos commentaires

14 commentaires

  1. J’aimais bien le côté scout chez Tintin. Je regrette pour les esprits chagrins de gauche mais tous les gamins de ma génération voulaient être scouts . Et je n’échappais pas à cette règle . Il nous a fait rêver, non pas par une doctrine ou une idéologie quelconque mais grâce à la singularité des personnages qui évoluaient dans des cadres complètement différents de celui qui leur étaient coutumier . On s’identifiais totalement aux personnages qui vont se confronter à toutes sortes de situations qui créerons des quiproquos liés aux différences culturelles des pays de leurs aventures . La gauche de l’uniformisme et d’un certains conformisme collectiviste ne pouvait supporter cette liberté d’aborder les choses en assumant totalement la singularité des héros et des personnages qui émaillaient les aventures de Tintin . C’est la justesse, la variété des personnages et des situations rencontrées qui ont conquis et fait rêver les lecteurs innombrables et inconditionnels d’Hergé , n’en déplaise aux nouveaux pol pot !

  2. Hergé avait la mauvaise idée de s ‘ afficher de droite et catholique ! de plus , son 1er album « Tintin chez les Soviets » est un pamphlet sorti en plein âge d ‘or du communisme : c ‘est impardonnable …
    Il n ‘ empêche que Tintin est un succès planétaire , Tintin est unique , intemporel et continuera toujours à nous enchanter , de 7 à 77 ans ..et même au délà !

  3. Il devrait être interdit de changer ne serait-ce qu’un seul mot ou image d’un livre. Mais, il est interdit d’interdire! Ben voyons!

  4. « Je détestais le genre résistant. On m’a quelquefois proposé d’en faire partie, mais je trouvais cela contraire aux lois de la guerre. Je savais que pour chaque acte de la résistance, on allait arrêter des otages et les fusiller. »

    Voila un homme qui réfléchit, Vive Georges Remi, dit Hergé !!! J’aime « tintin » mon impossible ami!!!!!

  5. Merci monsieur Hergé ..parents ,enfants et petits enfants se sont régalés ….et encore maintenant ..il faut vraiment être détraqués pour trouver à redire ..

  6. Hergé est un pilier fondateur du 8° Art, un Mozart à partir duquel il y a un « avant » et un « après ».

  7. Je crains qu’il ne se touvre bientôt un idiot qui voudra reprendre ces livres parce que trop ceci pas assez cela . ….Veillons à ce qu’ils ne détruisent pas ces supers livres .

  8. Macron reste dans le « en même temps », ce qui lui évite d’avoir à chercher sa voie. Peut-être faudrait-il lui couper la tête pour qu’il la trouve, comme le préconise Didi dans le Lotus bleu ?

  9. Tintin, c’est la netteté du trait , c’est une époque qui me parle beaucoup, mon album préféré: Le crabe aux pinces d’or, une certaine nostalgies du temps des colonies que je préfère aux gauloiseries grotesques d’Astérix.

  10. Il est des personnages du monde laïc qui mériteraient d’être béatifiés comme, par exemple, J. S. Bach qui, par ses cantates, nous rapproche de la divinité. Bien sur, la comparaison avec Hergé parait stupide; il n’en demeure pas moins qu’Hergé a su et continuera de nous garder notre âme d’enfant, pure et candide. Qu’Hergé ait été inspiré par un certain Palle Huld comme le laisse entendre Valeurs Actuelles me semble fantaisiste. Assouline qui a bien étudié Georges Remi, penche plutôt pour son propre frère. Je pense qu’Hergé avait une affection particulière pour le personnage de Flupke et son humour bon enfant.

  11. Comme il est plaisant, par les temps qui courent, de voir magnifier « l’esprit éternel du scoutisme ». Générosité, ouverture aux autres, amour de la nature, débrouillardise : ces valeurs inspirent encore ceux de nos jeunes qui demeurent imperméables aux idées à la mode, prônées sans entrave que ce soit à l’école ou dans certains médias.

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