Editoriaux - Médias - Politique - Radio - Sport - Table - 15 mars 2013

Il a 14 ans et taillade le visage du chauffeur de bus

Au début de son célèbre Père Ubu, Alfred Jarry écrit que « l’action se déroule en Pologne, c’est-à-dire nulle part ». La Pologne, nulle part ? C’était vrai hier et ça ne l’est plus aujourd’hui. Au début de cet article, il sera écrit que « l’action se déroule à Marseille, c’est-à-dire nulle part ». Marseille, nulle part ? Ce n’était pas vrai hier et ça l’est aujourd’hui.

Dans les quartiers nord de la ville, deux hommes (connus des services de police) ont été assassinés à la kalachnikov. Un troisième est entre la vie et la mort. De cela il est question dans tous les journaux, sur toutes les télés et radios. On en parle, on en fait des tonnes. Et pourtant les règlements de comptes marseillais relèvent d’une triste et récurrente monotonie, qui devrait lasser les médias. Mais leurs capacités moutonnières sont sans limites.

C’est pourquoi il faudra chercher à la loupe les quelques petites lignes consacrées à un autre événement qui s’est déroulé à Marseille, c’est-à-dire nulle part, sur la ligne 57 du bus de la cité. Un enfant de 14 ans, appelons-le M… (c’est un mineur, il est normal que son nom ne soit pas donné), a tailladé avec un couteau de 15 centimètres le visage d’un chauffeur. Le gamin a expliqué que le conducteur l’avait « mal regardé » et que, de surcroît, il était énervé car il s’était disputé avec sa mère le matin même. C’est de cela et de lui qu’il faut parler. Le patron de la RTM (Régie des transports marseillais) hurle sa colère. Il s’appelle Karim Zeribi et n’est pas tenu, lui, d’utiliser la langue de bois du politiquement correct. Il ne dit pas un « jeune » mais un « voyou » et réclame à son encontre un châtiment exemplaire.

Oui, c’est du petit M… qu’il faut parler, parler encore, parler toujours. Qu’y a-t-il dans la tête d’un gamin de 14 ans pour qu’il porte sur lui un couteau de 15 centimètres ? Combien sont-ils qui, comme lui, se promènent avec des armes blanches, et ce n’est pas pour beurrer leurs tartines ? Des centaines, des milliers ? Combien sont-ils, déculturés, acculturés, vivants dans un pays qu’ils ne reconnaissent pas comme leur et qui sont devenus des boules de haine et de violence ?

Les cadavres qui jonchent les chemins sanglants du trafic de la drogue n’ont en comparaison aucune sorte d’importance. Ils ont été abattus au nom d’une loi qu’ils connaissent et qui n’est pas la nôtre. Et pourtant, c’est pour eux que, chaque fois, nos ministres se déplacent et disent que c’est « inacceptable ». Manuel Valls et Christiane Taubira sacrifient pieusement à cet exercice rituel comme, avant eux, l’ont fait Claude Guéant et Rachida Dati. Du temps perdu.

C’est pour (ou contre) les petits M… qu’il faut crier. Tous. Valls, Taubira, Peillon, les enseignants, les élus locaux, les juges, les policiers, les éducateurs… Mais que faire ? D’abord nommer les choses, comme l’a excellemment écrit Robert Ménard (non, non, ce n’est pas de la lèche : j’ai déjà polémiqué avec lui et, en plus, il n’a pas de ronds). Nommer veut dire stigmatiser. Un vilain mot ? Certes, mais adapté aux vilaines choses ! Il faut rappeler aux voyous qu’ils sont des voyous et pas des « jeunes ». Il faut sanctionner les parents en leur suspendant les allocations familiales. Il faut punir, oui punir, en abaissant l’âge des sanctions pénales. Il faut stigmatiser, oui stigmatiser, les cités, l’environnement familial et amical où les petits M… sont comme des poissons dans l’eau. C’est à eux et à eux seuls de raser les murs et de baisser la tête. Sinon, ce n’est plus seulement Marseille mais toute la France qui sera « nulle part ».

Commentaires Facebook

À lire aussi

Pas étonnant que les Français éprouvent du dégoût à l’égard des politiques !

Ce qui accable les macronistes, c’est que, comme tous les nouveaux riches, ils ne connaiss…