Editoriaux - International - Musique - 10 décembre 2017

Humanitaire : ces émules de Kouchner qui agacent

Bernard Kouchner ferait-il des émules ? L’homme au sac de riz qui se faisait photographier en pleine action songeait plus à sa propre image qu’aux populations affamées. La France en rit encore. Parce qu’elle sait que l’aide humanitaire est une tâche ingrate qui s’accorde mal avec la publicité personnelle. Parce qu’elle sait que le bien ne fait pas de bruit.

Un certain Ed Sheeran, sans doute très connu des adolescents, exerce la profession de chanteur. En d’autres termes, c’est un artiste. Une ONG britannique, nommée Comic Relief – le secours comique, en quelque sorte -, met en scène ce personnage dans une vidéo datée de mars 2017. On l’y voit au milieu d’enfants sans abri au Liberia, leur proposer une chambre d’hôtel ou une location jusqu’à ce qu’on leur trouve une solution de logement. Avec musique et images chocs, chanteur sympa et rigolo. Une mise en scène qui fait bondir l’association norvégienne SAIH. Au point de décerner un prix à cette vidéo, dans la catégorie des “campagnes de solidarité les plus offensantes de 2017”.

https://www.youtube.com/watch?v=oCJoptIuGlo

L’exemple est aussi caricatural que celui du French Doctor. Il ne permet pas, pour autant, de jeter l’opprobre sur tous ceux qui font savoir qu’ils mènent une action en faveur des plus défavorisés. Pour une raison simple : ceux qui s’engagent aux côtés des plus pauvres ont besoin d’argent. Et personne n’a trouvé d’autre moyen de faire appel aux dons que la publicité.

Nombreux sont les jeunes qui s’engagent dans des actions humanitaires, aussi discrètes qu’utiles, pour une ou deux années. Pensons à ceux qui s’installent dans les banlieues avec l’association Le Rocher. Qui partent en Afrique avec la Fidesco. Qui, chaque semaine, servent des repas aux sans-abri. Qui consacrent une année d’étude de médecine à soigner les malades en Inde. À tant d’autres encore, si nombreux, généreux, utiles, dont la jeunesse est un atout et qui n’ont qu’un objectif : faire quelque chose pour les autres.

Ceux-là n’en tirent aucun orgueil, aucune vanité. Mais ils font connaître leur projet et demandent de l’argent à leur entourage. Ils rendent compte de leur action auprès de leurs donateurs, partagent leurs passions, leurs joies et leurs déconvenues. Rester silencieux revient, souvent, à s’empêcher d’agir. Rien à voir avec les starlettes de la variété internationale qui conjuguent charity avec business.

La publicité pour les associations ou leurs animateurs permet aussi d’informer le public, souvent ignorant, de situations dramatiques. Le calvaire des chrétiens d’Orient serait inconnu de la plupart d’entre nous sans les opérations de communication de L’Œuvre d’Orient, de SOS Chrétiens d’Orient, de l’AED et d’autres encore. Si ces associations se gardent de mettre en avant leurs dirigeants, elles savent qu’un excès de discrétion vouerait leurs actions à l’échec. Et qui fait grief à Charles Aznavour d’avoir œuvré pour l’Arménie ? Sa gloire n’en avait pas besoin.

En réalité, l’affaire est vieille comme le pieux pharisien qui fait l’aumône à grand bruit, dénoncé par le Christ. Rien n’a changé. Loin des paillettes et des paradis artificiels, notre jeunesse sait bien, elle, que la misère ne change pas, elle non plus. Et que sans son aide, discrète et bienveillante, le monde irait encore plus mal.

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