Editoriaux - International - 19 décembre 2018

Hongrie : les anti-gilets jaunes à l’action

En Hongrie, les manifestations s’enchaînent jour après jour depuis presque une semaine, malgré le froid. Les gens sont en colère, la police réplique, des députés sont photographiés au sol, les mains sur la nuque ou jetés hors de la télévision publique. Nous serions donc témoins d’une répression caractéristique du terrible régime d’Orbán ?

Eh bien, non, tout cela est une grotesque – mais efficace – mise en scène, bien qu’une réelle contestation existe.

Seulement l’opposition n’ayant ni figure sérieuse ni programme, seule la stratégie de l’agit-prop et du sabotage de mandat s’offre à eux. Retour sur la crise hongroise.

Mercredi 12 décembre, le gouvernement hongrois du Premier ministre conservateur Viktor Orbán vote une loi augmentant d’environ un tiers le temps d’heures supplémentaires qu’un employeur peut exiger. Une loi dont le gouvernement n’est pas fier : la preuve, nulle communication dessus ni argumentaire écrasant sur sa nécessité. Sans rentrer dans le détail, soyons clairs : c’est une exigence du marché et de l’économie allemande, dominant l’économie hongroise – qui, par ailleurs, souffre d’une faible natalité, d’une émigration systémique notable et refuse l’immigration, tout cela dans un pays avec un chômage à 3,5 %.

L’opposition libérale cousine d’En Marche ! et les post-socialistes sont, depuis huit ans, et face aux succès consécutifs d’Orbán, dans un état déplorable. Aucune figure de l’opposition ne semble avoir les épaules et le soutien nécessaire pour défier Orbán. La cacophonie des libéraux-libertaires hongrois, malgré le soutien de leurs amis internationaux, n’a apporté aucun succès important alors qu’en parallèle, Orbán continue de renforcer son assise sur le pays. Perdant du terrain dans la presse – qui reste encore majoritairement, en termes d’audience, opposée à Orbán -, voyant les juges rouges évincés enfin, l’opposition libérale, telle une bête blessée, sort ses griffes.

Suite au vote de cette loi sur les heures sup’, l’opposition flaire un bon filon. Les partis d’opposition libérale lancent alors une opération de sabotage du vote au Parlement, puis appellent aux manifestations “spontanées” et, enfin, utilisent les relais médiatiques mondialistes pour donner de la voix de façon disproportionnée à leurs actions bien pensées – même si, parfois, grotesquement menées.

Et les formations de certains cadres de l’opposition – telle Bernadett Szél, aux États-Unis – pour acquérir des techniques de communication et développer leur force de frappe médiatique sont ainsi rentabilisées. Qu’importe le contexte, seule une bonne photo finale compte. S’allonger par terre, les mains sur la nuque, devant des gardiens de la télévision nationale, en tant que député d’opposition, et voilà que la presse titre sur les députés d’opposition empêchés de parler sur le service public et menacés par le régime d’Orbán. Les exemples sont nombreux.

Les quelques milliers de manifestants à Budapest sont essentiellement des militants, des activistes liés aux réseaux cosmopolites – type Soros – et quelques personnes se considérant comme des perdants de l’orbanisme. Tout cela bien encadré par les partis d’opposition tentant, à défaut de cadres de qualité et de programme, de survivre sur la place publique.

Les séides du libéralisme antinational qui organisent ces manifestations et attisent la haine envers Orbán pour saboter sa gouvernance sont les anti-gilets jaunes par excellence. Un des partis principalement à la manœuvre est le jeune mouvement Momentum, soutenu par Macron depuis 2017. Avec les autres partis, ils font tous appel à l’Union européenne pour retirer à Orbán un maximum de leviers de souveraineté. Les manifestants, essentiellement des militants, des activistes de la “société civile” liée à George Soros, des étudiants, sont d’éminents représentants de la bourgeoisie cosmopolite de centre-ville. Leur communication contient, d’ailleurs, de nombreux éléments qu’un marxien pourrait qualifier de mépris de classe : le caractère provincial, l’amour de la soupe de tripes ou du football sont des cibles de moqueries pour ces contestataires complexés par leur “magyarité”.

Les choses sont claires. En Hongrie, les anti-gilets jaunes essayent de saboter le pouvoir en s’appuyant sur la presse du système mondialiste – cette dernière validant toutes leurs opérations de com’ et manipulant les chiffres et les images.

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