À environ 300 mètres de chez moi vit un vieillard plusieurs fois centenaire. Résidant en retrait de la route de sur laquelle je promène mon chien, il est, apparemment, en . À l’occasion de mes balades, je me suis plusieurs fois arrêté près de lui. Profitant de ces moments de sérénité, nous avons fait connaissance. Il m’a fait part de morceaux de sa vie et de son histoire, mais aussi de ses craintes et de ses espoirs (ténus). C’est en son que je vous écris.

Âgé de plusieurs centaines d’années, trois, quatre ou plus, il a été le contemporain de plusieurs rois de , de Bonaparte mais aussi, par exemple, de Richelieu, Alphonse Daudet jusqu’à . Il a connu la Révolution française, les guerres napoléoniennes, la Commune, le conflit de 1870, les Première et Deuxième Guerres mondiales, Mai 68 et, m’a-t-il glissé à l’oreille avec fierté, la « révolte » des . Plus proche de lui, il a, pendant ces siècles, observé de nombreux animaux venus s’abriter près de lui, voire y fonder une . Il avoue, ces dernières décennies, avoir eu du mal à faire le lien entre le bruit furieux des 4×4, les coups de fusil et la disparition de ses amis. Près de lui, sa descendance le soutient en lui apportant par les racines les nutriments dont il a besoin et, ainsi, il vivra encore de nombreuses années.

Mais il a , pour lui et sa famille. Il entend d’année en année se rapprocher le bruit des machines forestières insatiables et des tronçonneuses. Il craint que la folie des hommes, guidés par la cupidité, l’affairisme et parfois la bêtise, ne s’en prenne à lui et sa famille sans même se rendre compte de leur importance pour la biodiversité. Avec lui disparaîtraient une histoire, mais aussi un abri et lieu d’alimentation important pour de nombreux êtres, dont certains sont en danger d’extinction. Il craint que des humains, croyant bien faire, viennent détruire sa descendance alentour alors qu’en réalité, ils sont indispensables à sa survie. Il a cru bon de me préciser que les membres de sa famille, en France, diminuaient de 1 % chaque année.

Son espoir ? Cette prise de conscience de la nécessité de garder en vie ce trésor naturel qu’il représente. Il m’a demandé de transmettre, autant que je le pouvais, ce message. C’est la raison pour laquelle j’ai pris le temps d’écrire, en l’honneur de ce vieillard. En regagnant mon domicile, j’ai observé que des arbres avaient été marqués à la peinture rouge. Leur destin est scellé.

Le vieillard dont je vous ai parlé figure sur la photo en tête d’article. C’est un chêne.

18 février 2020

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