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Culture - Editoriaux - 18 février 2020

2020, année Beethoven

2020 sera l’année po po po pooom ! L’auteur de ce célèbre motif rythmique, grand absent de la cérémonie des Victoires de la (qui a vu la consécration de Vitaa & Slimane), est pourtant assez prolifique : 650 compositions à son actif. Trois brèves, une longue : ces quatre premières notes sont de la Cinquième Symphonie, de Ludwig van dont nous fêtons la 250e année de naissance.

Mais encore, la Neuvième, « la dernière des symphonies », selon Richard Wagner, est un miracle musical immuable et éternel. Son long final, plagié et dénaturé par l’Union européenne en hymne officiel, a été amputé du poème de Friedrich von Schiller – l’Ode à la joie – tant affectionné par Beethoven. Puis les huit autres symphonies, la troisième dédiée à Napoléon à qui le virtuose vouait une grande admiration, les cinq concertos pour piano – numéros trois et cinq interprétés par Alfred Brendel (ès Schubert), probablement, pour les impies, une preuve sonore d’une existence divine -, les quatuors à cordes, sonates pour piano, Fidelio, la Missa solemnis, Für Elise. Autant d’occasions pour meubler concerts, expositions et pièces de théâtre qui feront partie des plus de 700 festivités organisées pour l’occasion, en Allemagne, en l’honneur de celui « qui a reçu des mains de Haydn l’esprit de Mozart », selon les mots du prince-électeur de Cologne Ferdinand von Waldstein.

Mais le génie de Beethoven réside aussi dans sa capacité à susciter la polémique, sans même avoir eu l’honneur d’être l’invité de Cyril Hanouna ! Dernièrement, la directrice artistique du Royal Albert Hall de Londres s’est plainte du manque de parité de genre en défaveur des compositeurs féminins ou ceux issus de minorités ethniques. Le même refrain, la même rengaine. La faute, selon elle, aux « titans blancs de la musique classique », ces machos qui monopolisent la scène du la majeur et du hautbois. Au grand dam de madame, les dix meilleurs compositeurs classiques les plus reconnus sont des hommes, Mozart, Beethoven et Bach en tête de peloton. Et voilà qu’on y revient encore et toujours ! La faute à qui ? Tous en chœur : la faute au génie du mâle blanc !

Heureusement que la république mélomane, fière de ses valeurs diversitaires, sauve l’honneur. En 2019, les artistes les plus écoutés du pays (qui a offert au monde Debussy, Berlioz, Ravel, Saint-Saëns et Chopin) sont affublés des doux sobriquets de Ninho, PNL, Nekfeu, Koba LaD, Lomepal, Damso et, last but not least, Booba, qui est probablement à la musique ce que Karajan l’est à la boxe dans un hall d’aéroport. Des troubadours à la consonance, certes, moins pompeuse qu’un Wilhelm Furtwängler, mais dont la notoriété, loin des modèles traditionnels, constitue une véritable ode au néo-romantisme urbain du rap.

Po po po pooom, donc ! La légende raconte que Beethoven aurait qualifié ce motif avec cette célèbre phrase : « Ainsi, le destin frappe à la porte. » Qu’en est-il du nôtre, est-il aussi tragique ? Sommes-nous devenus aussi sourds aux sirènes de notre déclin que Beethoven l’a été pour son dernier dernier chef-d’œuvre ? Et si notre délivrance venait de la beauté de ce que nous avons été, cette beauté rigoureuse et intransigeante ? Pour survivre, devrions-nous réapprendre à nous réapproprier fièrement ce que nous avons été ? Cette excellence d’où nous venons et dans laquelle nous devons nous sublimer. Le retour au vrai, au beau, sans doute le seul antidote à la médiocrité morbide qui nous affecte.

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