[HISTOIRE] 25 août 1976 : Chirac claque la porte de Matignon
Le 25 août 1976, la Ve République connaît une rupture politique qui dépasse largement le simple changement de gouvernement. Pour la première fois, un Premier ministre choisit de quitter ses fonctions de sa propre initiative et expose publiquement les raisons de son désaccord avec le président de la République. À 43 ans, Jacques Chirac met ainsi fin à un peu plus de deux années passées à la tête du gouvernement de Valéry Giscard d’Estaing. Derrière la formule officielle des « moyens » insuffisants se joue, en réalité, un affrontement de pouvoir entre deux hommes, mais aussi entre deux conceptions de la droite et de son avenir.
Un gouvernement pris dans les tourments d’une crise
Lorsque Giscard d’Estaing nomme Jacques Chirac Premier ministre le 27 mai 1974, il choisit un jeune responsable gaulliste capable de s’appuyer sur une UDR encore puissante à l’Assemblée nationale. Cependant, le Président entend également conduire son propre projet de transformation de la société française comme il l’entend : la majorité civile à 18 ans, la réforme du divorce et la loi sur l’IVG. Chirac accompagne ces réformes, tout en cherchant à préserver la grandeur et la réussite du mouvement gaulliste.
La crise économique vient toutefois rapidement fragiliser cet équilibre. Le choc pétrolier de 1973 entraîne une forte inflation, un ralentissement de l’activité et une progression du chômage. Dès janvier 1975, Chirac défend alors une politique de relance, tandis que plusieurs responsables proches du Président se montrent plus réservés. Giscard d’Estaing présente finalement un plan de soutien à l’économie en septembre 1975, mais celui-ci ne permet pas de résoudre durablement les difficultés économiques. Dans le même temps, les rapports entre l’Élysée et Matignon se détériorent. Le Président veut conserver la maîtrise des grandes orientations économiques et européennes. Chirac, lui, souhaite disposer d’une autorité politique plus importante et entend préserver le poids du courant gaulliste au sein d’une large majorité où les équilibres commencent à évoluer. En effet, les gaullistes, les centristes et les républicains indépendants commencent à défendre des intérêts différents.
Le 25 août, le coup de tonnerre
La rupture ne survient pourtant pas totalement à l’improviste. Jacques Chirac avait déjà fait connaître à Valéry Giscard d’Estaing son intention de partir, quelques semaines auparavant. Les deux hommes étaient alors convenus de différer l’annonce. Néanmoins, le 25 août, après le Conseil des ministres, Jean François-Poncet, secrétaire général de l’Élysée, annonce officiellement à la presse la démission du gouvernement.
Mais Jacques Chirac choisit de prendre lui-même la parole et de s’expliquer directement devant les Français. De retour à Matignon, il prononce alors une déclaration aussi brève que lourde de conséquences : « Je viens de remettre la démission de mon gouvernement au président de la République. Je l’avais préalablement informé de mon intention. En effet, je ne dispose pas des moyens que j’estime aujourd’hui nécessaires pour assumer efficacement mes fonctions de Premier ministre et, dans ces conditions, j’ai décidé d’y mettre fin. Je vous remercie. »
Les mots sont soigneusement pesés. Chirac ne dénonce pas directement le Président et ne détaille pas publiquement l’ensemble de ses désaccords, mais en affirmant qu’il ne dispose pas des « moyens » nécessaires pour gouverner, il souligne implicitement les limites que l’Élysée impose à son action. Le geste est d’autant plus spectaculaire aux yeux de l’Histoire que Chirac ne fera pas de ce départ la fin de sa vie politique mais le point de départ d’une nouvelle aventure.
L’ascension politique de Chirac
Le soir même, Valéry Giscard d’Estaing tente de reprendre la main. Dans une intervention télévisée, il qualifie l’événement d’important, mais refuse d’y voir une crise institutionnelle. Interrogé sur la volonté de Chirac d’obtenir davantage de moyens et d’autorité, il répond par une formule devenue emblématique : « Accroissement aux dépens de qui ? » Pour l’Élysée, les divergences vont porter officiellement sur la politique économique, la construction européenne et le projet d’élection du Parlement européen au suffrage universel direct. Cependant, derrière ces désaccords politiques et institutionnels se joue aussi un affrontement plus profond, un combat des chefs : qui incarnera, demain, la droite française ?
Le remplacement de Chirac par Raymond Barre, nommé Premier ministre le 25 août, ne met donc pas fin au conflit. Il libère au contraire Jacques Chirac de la responsabilité gouvernementale. Quelques semaines plus tard, le 3 octobre, il prononce à Égletons un discours dans lequel il affirme sa volonté de réorganiser le mouvement gaulliste. Puis, le 5 décembre 1976, il fonde le Rassemblement pour la République (RPR), destiné à prendre la relève de l’UDR, et en devient le président.
La droite française ne sera plus jamais tout à fait la même. La majorité se structure progressivement autour de deux grandes sensibilités : le giscardisme, qui s’organisera bientôt au sein de l’UDF, et le gaullisme chiraquien, désormais incarné par le RPR. La rivalité entre les deux camps éclate notamment lors des élections municipales de 1977. À Paris, Giscard d’Estaing soutient Michel d’Ornano tandis que le RPR porte la candidature de Jacques Chirac, qui remporte finalement la mairie. Cette victoire parisienne constitue une nouvelle étape dans son ascension. Après Matignon, Jacques Chirac a désormais l’Élysée en ligne de mire. En 1981, il se présente ainsi à l’élection présidentielle face à Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand. Un objectif qui le ramènera à Matignon en 1986 avant de le conduire, neuf ans plus tard, jusqu’à la présidence de la République en 1995.
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34 commentaires
N’est-ce pas à cette époque que Jacques Dutronc chantait l’opportuniste? (qui retourne sa veste, toujours du bon côté)
Pour les politiques ,les ambitions personnelles sont plus fortes que l’avenir du pays !! C’est comme cela depuis longtemps et cela empire chaque année qui passe ,et ce qui est grave c’est l’incompétence des candidats qui augmente proportionnellement aussi !
« À Matignon en 1986 avant de le conduire, neuf ans plus tard, jusqu’à la présidence de la République en 1995. »
Pour y faire quoi ? Nous préparer après le OUI à 51.04% pour le Traité de Maastricht à avaler dans la foulée le « Traité établissant une Constitution pour l’Europe » par le referendum de 2005, rejeté par le peuple français à 54.68%, celui qui fut bafoué à Lisbonne par Sarkozy avec l’union contre nature de la droite avec la gauche.
Jacques Chirac, un bien mauvais souvenir.
Elu pour réparer les désastres mitterrandiens, il a préparé l’impasse dans laquelle nous sommes. Au jeu des 7 familles, mon choix a rapidement été fait.
Gaulliste non et plus que non il a remis dans les pattes des socialistes d’ailleurs c’est par opportuniste qu’il est devenu gaulliste. a la sortie de son cursus il s’est trompé de porte.
La guerre des chefs ! Le pays après.
A en croire le Canard Enchainé de l’époque ce n’était la véritable raison du conflit qui les opposait.
Jacques Chirac était un excellent stratège (en politique), mais pas forcément pour le bien du pays, qu’ a-t-il fait ensuite lorsqu’il a été élu président ? Rien de réellement positif pour l’avenir de notre pays.
Très bien vu. Vous auriez même pu dire qu’il a copieusement trahi la Droite et le gaullisme après son élection en 95 pour se glisser dans les pantoufles de Mitterrand et revenir à son atavisme « RADSOC » coloration « fainéant et agité ».
J’étais jeune et la politique ne m’intéressait pas et donc aucun souvenir je dois dire
Il nous aura bien eu celui ci, avec « son bruit et l’odeur » qui lui aura valu des voix en plus, lui aussi passionné par l’Afrique et son comparse sarkozy et son karcher non déballé, dire que j’ai voté pour ces deux là , car pas question de voter à gauche, quelle désillusion
Je vous signale que Sarko a dû se dépêtrer des embuches de Chirac et que son bilan est largement supérieur. De toutes façons taper sur Sarko quand on lui a préféré Hollande…
Et moi je vous signale que vous avez des problèmes d’amnésie car la liste des forfaits de sarkozy est bien longue : trahison pour le référendum, kadhafi, annexion de Mayotte , abolition du délit de haute trahison , karcher jamais utilisé , lui aussi voulait nous créoliser (c’est une lubie chez certains), il a mené comme chirac une politique de gauche et a continué de plomber le pays
Vu ses forfaitures, j’ai refusé de voter pour lui et comme pas question de voter pour un gauchiste et hélas en France ce n’est pas pris en compte, ce n’est pas normal , d’ailleurs on se déplace et on dit qu’on ne veut ni de l’un ni de l’autre et non pas reconnu !
Ce n’était pas le vrai début de ses méfaits qu’on paye encore aujourd’hui; il avait déjà démoli Chaban pour faire élire Giscard le descendant de Louis XIV selon Le Figaro et France soir.
Chirac, un radical socialiste arriviste. Directement responsable de l’état actuel de notre pays s.
Enfin pas que lui, ça fait 15 ans que nous les socialistes au pouvoir
chirac, le pire de tous ! un coco qui avançait masqué !
Chirac était obsédé par sa volonté de devenir président et aucun de ses actes n’a d’autre cause que cette ambition maladive ! Il n’était ni de droite ni de gauche, il était exclusivement chiraquien et a foutu la France en l’air !
Merci Yves Le Pog. Et en 1992 Giscardiens et Chjraquiens feront ensemble campagne pour Maastricht, début de l’aliénation de la France et du processus qui la détruit.
Je m’en souviens comme si c’était hier.
Chirac avec son acolyte Moscovici sont ceux qui ont refusé que les Racines Chrétiennes de notre France soient inscrites dans la Constitution Européenne, il a déclaré à l’époque que la France doit autant à l’islam qu’au christianisme !! Comme l’a déclaré à l’époque Marie-France Garaud en parlant de Chirac » Je croyais que Chirac était du marbre dont on fait les statues. En réalité il est de la faïence dont on fait les bidets ! «
Ah Marie-France, elle en avait là où chirac n’en avait pas !
Oui. Une des rares à pouvoir se plaindre du suprémacisme des mâles.