On dit que les mariages arrangés ne sont pas une mauvaise chose. La passion amoureuse n’ayant qu’un temps – celui de l’illusion, assurent les mauvaises langues –, les contrats d’intérêt seraient plus durables. Bien des sociétés fonctionnent encore sur ce principe d’une alliance raisonnable et raisonnée. Ainsi, on prenait garde, autrefois, à épouser dans son milieu et dans sa religion, au moins cela qui est déjà la garantie de partager une culture faite de codes et de mœurs identiques… Mariage d’intérêts partagés, donc.

Curieusement, alors que ce type d’union est fortement décrié dans la population dite « évoluée » au motif qu’il faut laisser parler son cœur plutôt que sa raison, c’est encore la forme d’alliance qui prévaut en politique où l’on marie aisément la carpe et le lapin. Surtout à gauche, où l’on milite pour les comptes joints ; à droite, on affiche plus clairement la couleur : on n’aime pas partager la ménagère Christofle et les faïences de Moustiers.

À dire vrai, le mariage Hidalgo-EELV est bancal depuis le début, ces gens-là ayant commencé à s’embrouiller pour des histoires de coucheries. La lune de miel a viré d’entrée au drame avec l’éviction de Christophe Girard, adjoint de longue date à la Culture et figure de proue du socialisme gay à la mairie de Paris. Preuve que la guerre des sexes règne aussi chez les homos, c’est la lesbienne militante Alice Coffin qui l’a dézingué, dénonçant « l’adjoint à la culture du viol ».

Le problème, en apparence du moins, est que ces gens-là ne jouent pas « collectif ». Rien d’étonnant à cela, me direz-vous, vu qu’ils se bouffent le nez en famille verte depuis toujours. Après la guerre des mœurs, ils se sont embrouillés sur les projets grandioses d’ : le gigantesque centre commercial à la gare du Nord, puis c’est l’adjointe à la Santé Anne Souyris qui a fait une nouvelle sortie de route en affirmant qu’on serait en mesure de vacciner 30 à 40 % des Parisiens d’ici janvier… aussitôt démentie par l’entourage du maire, dit L’Express, qui précise modestement vouloir vacciner « la population qui le souhaite, dès que cela sera possible ».

Nous en étions là du « je t’aime moi non plus » lorsqu’une nouvelle brouille a surgi, occasionnant la « meurtrissure » (sic) de David Belliard, l’adjoint chargé de la Transformation de l’espace public, des Mobilités et des Transports. S’estimant personnellement insulté, il demande au maire de « dire si nos valeurs ne lui correspondent plus ». Je traduis : les Verts ont quitté la chambre conjugale et dorment maintenant sur le canapé du salon.

Cette fois, le drame s’est noué autour du vote actant l’attribution du nom de Samuel Paty (l’enseignant décapité) à un lieu de la capitale. Anne Hidalgo ayant affirmé, sur BFM TV, que les 24 élus Verts au Conseil de paris n’avaient pas voté cette mesure, elle les incitait fermement à « progresser sur les questions notamment de République ».

Réponse de Belliard, dans Libération : « C’est Anne Hidalgo qui remet en question notre place dans la majorité en interrogeant notre rapport à la République », « On n’a pas changé, on est sur une ligne et des valeurs qui sont les mêmes que celles de 2014 et de 2020 », etc. Bref, c’est çui qui l’dit qui y est.

Madame Hidalgo a tort. Les Verts ont voté, mais il y a eu un bug de la machine comptabilisant vingt des élus EELV parmi les non-votants.

David Belliard se désespère : « Je ne comprends pas, on fait un travail de qualité, et nos rapports étaient en train de se normaliser. » À cette heure, on imagine mal une réconciliation sur l’oreiller. Reste un espoir : le conseiller conjugal.

Aux dernières nouvelles, Fatoumata Koné, chef du groupe municipal des Verts, doit rencontrer prochainement Anne Hidalgo. Ultime tentative de rabibochage avant le juge aux affaires familiales…

23 novembre 2020

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