Halloween garde de nombreux défauts que les années n’auront fait qu’accentuer. Cela, bien que l’étymologie du mot Halloween provienne de la contraction de « All Hallows' Eve » (signifiant « la veille de tous les saints » - veille de la Toussaint), bien qu’on en ressente le caractère de fête ou païenne ou chrétienne suivant qu’on se place du côté des morts ou des vivants et bien qu’il s’en dégage un brin de désordre rebelle sur fond de civilisation chrétienne du Vieux Continent.

Commerciale ? Trop. Défaut inratable comme une citrouille Jack-o’-Lantern dans un sous-bois. Le quidam ne s’y trompe pas, bien qu’il y consente. La fête est là pour faire du chiffre et personne n’arrive à la percevoir comme une tradition légitime, même au bout de presque trente années de résurrections. Aussi, que deviendrait-elle, à l’image du Black Friday, sans le matraquage dont on nous assaille chaque année ? Une chimère, probablement.

Un tel parallèle n'est d’ailleurs pas fortuit, tant le processus d’engouement des masses autour des deux fêtes est similaire. Dans l’absolu, il est même un marqueur net de l’impérialiste Oncle Sam, au point que des pays nous surprennent en le célébrant à leur tour. Ainsi, l’influence américaine opère dans l’ kiévienne, tout acquise à cette festivité étrangère. Preuve s’il en est que notre propension à fêter Halloween est surtout révélatrice de notre vassalité américaine, l' lui servant de cheval de Troie car elle laisse carte blanche à tout ce qui provient d’outre-Atlantique.

Alors même qu’Halloween ne fait que confirmer notre soumission, on aurait aimé que cette vraie-fausse fête soit au moins teintée de l'anticonformisme qui accompagne généralement - et historiquement - ce de traditions aux aspects parfois provocants. Pourtant, loin de perturber et interpeller l’ordre établi, Halloween est lui-même le convenu, l’attendu, l’ordre et le conforme. Les seuls monstres qui perturbent les vivants seront les rabat-joie refusant d’ouvrir leur porte pour distribuer des confiseries, au risque d’un sort.

Une fête où l’on apprend à l’enfant à se grimer laidement pour réclamer des bonbons : nous voilà loin des soul cakes, quand ce troc était, au moins en théorie, le matériel d’une transcendance engageant les quémandeurs à prier pour les défunts et leur famille. Notre monde sécularisé sait décidément soustraire à toute chose sa verticalité.

Est-ce là tout ? Non, et c’est même sans forcer qu’on trouve à Halloween le dernier et pire défaut. Ce type de fête célébrant les morts et le morbide eût été, en d’autres temps, le moyen extravagant et salvateur d’affronter, par le rire, le sarcasme et la tragédie, les tiraillements humains face à la mort, face à la souffrance et à l’au-delà. Ce de soupapes bienfaitrices sera finalement réservé aux croyants de la Toussaint et de la fête des défunts.

Halloween reste donc cette fête flasque et hybride, oscillant entre une pantomime cathartique fade qui célèbre des zombies encore un peu vivants et l’exaltation du business, du grotesque, du repoussant et du néant de quelques vivants déjà un peu morts.

1 novembre 2021

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