Pour Boulevard Voltaire, le politologue Guillaume Bernard revient sur les événements qui ont marqué la vie politique en 2019 : victoire du RN aux élections européennes, progression de Marine Le Pen dans les sondages, Marion Maréchal et la Convention de la droite, mais aussi l’effondrement et la division chez les LR.

Selon lui, les listes d’alliance à droite sur le plan local, hors des partis, en vue des municipales de 2020 constituent un véritable « renouveau de l’offre politique ».

Pauline de Saint-Rémy, journaliste à RTL, a estimé que 2019 a été une année faste pour Marine Le Pen. France Info, dit que Marion Maréchal était une des personnalités de l’année 2019 et la qualifie de provocante.
On ne sait pas si 2020 sera l’année des Le Pen, mais en tout cas on dirait qu’elle sera l’année de la droite…

Le vide politique face à Emmanuel Macron rend nécessaire pour les éditorialistes et les commentateurs politiques de trouver des personnalités pour s’opposer à lui. Je ne crois pas que ces éditorialistes soutiennent pour autant les personnalités en question. Mais la gauche s’étant complètement effondrée lors des élections européennes, ce scrutin a permis au Rassemblement national d’arriver en tête devant la liste d’Emmanuel Macron, on peut comprendre qu’il y ait ce classement.
La mise en exergue de ces personnalités doit toutefois être un peu relativisée. Pour l’instant, Marion Maréchal s’est mise en retrait. On ne sait pas si elle a l’intention d’aller plus loin dans sa campagne politique et d’être présente en 2022. Quant à Marine Le Pen, le plafond de verre plane toujours sur elle. Si la campagne présidentielle devait avoir lieu maintenant, elle aurait 10 points de plus au second tour que ce qu’elle fait en 2017. Mais même si elle progresse dans les sondages, il est certain qu’elle n’est aujourd’hui pas en capacité de l’emporter.
Le vide politique fait que l’on cherche des personnalités pour essayer de remplir l’espace politique face à Emmanuel Macron.


Le message a été reçu par une partie des Républicains. Suite à l’élection de Christian Jacob, une certaine grogne s’est mise en place notamment menée par le député de Vaucluse, Julien Aubert. Cette démarche va-t-elle dans le sens de ce qu’on vient de dire ?

Il est absolument certain que la guerre à droite a bien lieu aujourd’hui. Je l’avais dit en 2016. C’est une question de stratégie et de divergence idéologique profonde entre ceux qui sont simplement classés à droite et ceux qui sont véritablement de droite. On peut le dire, LR qui a un enracinement territorial avec des élus locaux qui ne devraient pas disparaître de suite, va être devant une vraie difficulté, celle de savoir de quel côté ils penchent le plus.


L’année 2019 a été marquée par deux événements. D’abord, la convention de la droite a énormément fait parler des médias. Ensuite, il y a le mouvement de Patrick Buisson qui consiste à donner un programme de droite clés en main à un candidat potentiel. La droite prend-elle conscience qu’elle a une vraie carte à jouer en 2022 ?
Ce qu’elle va proposer sera-t-il crédible ? Ces différents mouvements arriveront-ils à se parler ? Seront-ils prêts pour 2022 ?

Vous mettez vraiment le doigt sur ce qui est essentiel. Bien sûr il faudra une incarnation pour 2022. Pour autant, il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs. Il faut d’abord savoir ce qui doit être incarné. L’incarnation viendra ensuite, peut-être d’une personnalité connue. Vous avez cité Eric Zemmour. Il me semble que c’est l’année Eric Zemmour. Lors de la Convention de la droite, il a eu un discours très offensif. Il est également présent sur CNews. Personnellement, j’aurais choisi Eric Zemmour comme personnalité de l’année 2019 plutôt que celles qui ont été citées précédemment.
Il faut d’abord savoir ce qui doit être incarné pour ensuite trouver une incarnation qui va permettre de porter ses idées à droite.
Différentes initiatives se font au niveau national ou local. Certaines personnalités au niveau local prennent l’initiative de monter des listes d’alliances et d’union de différentes sensibilités de droite hors partis politiques. C’est très significatif. Segré en Anjou Bleu est une des illustrations. Les citoyens constituent un renouveau de l’offre politique au-delà et indépendamment des partis politiques. Le mouvement des Gilets jaunes était apparu en dehors des syndicats et des partis politiques. Je crois que c’est de là que viendra le renouvellement du spectre politique et de la classe politique.

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