Audio - Editoriaux - Entretiens - Polémiques - Politique - 27 février 2019

Guillaume Bernard : “Bellamy s’est pris les pieds dans le tapis”

Guillaume Bernard analyse, au micro de Boulevard Voltaire, les propos prêtés à François-Xavier Bellamy, qui aurait dit se sentir plus proche de Juncker que d’Orbán et de Macron que de Marine Le Pen, et la justification qu’il en a donnée.

François-Xavier Bellamy est dans la tourmente. La jeune tête de liste des Républicains a fait une sortie reprise par la presse qui a fait scandale à droite. Il s’est, notamment, déclaré plus proche de Juncker que d’Orbán et d’Emmanuel Macron que de Marine Le Pen. S’agit-il d’une stratégie de la part de la tête de liste ou, au contraire, paye-t-il l’absence de clarté des Républicains sur la ligne européenne ?

D’abord, ce sont des propos rapportés. Nous ne sommes donc absolument pas certains de la précision des propos. Cela dit, lorsque François-Xavier Bellamy a essayé d’expliquer sa position, il n’est pas du tout revenu sur ces propos. Il a essayé de justifier cette sortie et non pas de revenir sur ce qu’il avait dit.
Par conséquent, on ne comprend pas très bien comment LR peut à la fois choisir François-Xavier Bellamy comme tête d’affiche pour manifester une forme de droitisation de sa position et, en même temps (pour reprendre la formule macronienne), préférer l’européisme plutôt que l’euroscepticisme.
Il y a donc une incontestable difficulté pour ce parti, et sans doute aussi pour le jeune philosophe, qui n’est pas encore très aguerri à la vie politique et aux débats et interviews politiques, à trouver une ligne, une position claire qui soit sans ambiguïté.
En politique, il faut malheureusement parfois simplifier pour que les propos soient facilement audibles. Or, là, il y a évidemment un cafouillage. Pour la première fois depuis le début de la campagne, François-Xavier Bellamy s’est pris les pieds dans le tapis.

Cette sortie rapportée de François-Xavier Bellamy n’a pas manqué de faire réagir. Du côté de Debout la France, on cache à peine la satisfaction de voir François-Xavier Bellamy se départir ainsi de cette droite-là. Du côté du Rassemblement national, Jean-Paul Garraud a eu des mots assez forts également. Qui sont les véritables adversaires des Républicains pour ces européennes, la liste d’Emmanuel Macron ou les autres listes de droite menées par Jordan Bardella et Nicolas Dupont-Aignan ?

Je crois que c’est à eux de le dire, mais il est certain que leur espace politique se rétrécit. LR est évidemment dans une position compliquée. Tenir un grand écart entre ne pas condamner la construction européenne tout en essayant de la réorienter. Il y a là un véritable problème de fond. La construction européenne avait toute sa légitimité et sa délimitation géographique dans les années 50, avec l’ambition de construire une prospérité économique face au bloc de l’Est. Elle a perdu tous ses repères après la chute du mur de Berlin et l’effondrement du bloc soviétique. S’est développé, à ce moment-là, le souverainisme que le RPR et LR n’ont jamais véritablement su adopter.

François-Xavier Bellamy est un philosophe. Il ne veut pas réduire le débat politique à des formules simplistes ou à des positionnements pour ou contre une personne. Mais n’est-ce pas cela, quand même, la vie politique ?

La vie politique n’est évidemment pas du manichéisme, les gentils contre les méchants. En revanche, c’est la nécessité de déterminer de qui on est le plus proche. C’est une question de proximité. Par ses prises de position, François-Xavier Bellamy tente d’expliquer que le conservatisme qu’il essaye d’incarner, dans le fond, est plus proche du libéralisme que d’une droite plus dure. C’est un peu étonnant.
Une partie de ce qui est désormais plus à droite que lui sont d’anciens amis ou, en tout cas, des personnes qui étaient dans la même famille politique que lui. On a l’impression qu’il a peur d’une certaine contamination idéologique ou psychologique. Ce n’est pas tout à fait de bon aloi quand on veut faire de la politique et qu’on a pour objectif de convaincre de ses idées et de faire progresser son parti politique.
On a le sentiment qu’il est dans une position de sacrifice, non pas de sacrifice pour des idées, mais pour un parti politique qui a des difficultés à déterminer une position claire. Finalement, son modérantisme est peut-être davantage une fin en soi, et non pas seulement un moyen au service de l’expression des idées. Il y a là, me semble-t-il, une sorte de perversion ou d’incohérence intellectuelle qui n’est pas de bon aloi pour la suite de la campagne.

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