Editoriaux - Histoire - 25 janvier 2020

Mais qui est donc roi de Jérusalem ?

Jeudi 23 janvier, Israël commémorait la libération du camp d’Auschwitz, il y a soixante-quinze ans. Quarante-sept chefs d’État et de gouvernement ont fait le déplacement : des présidents, des souverains dont le roi Philippe VI d’Espagne. À cette occasion, Paris Match nous apprend que le monarque espagnol est aussi roi titulaire de . Est-ce pour cela qu’il a été chargé de prononcer un discours au nom de tous les chefs d’État présents ? On peut en douter. Un titre transmis au cours des siècles depuis que le royaume franc de tomba aux mains du sultan d’Égypte, en 1291, avec la chute de Saint-Jean-d’Acre, son dernier bastion.

Par quel chemin détourné de l’Histoire et de la généalogie les rois d’Espagne peuvent-ils prétendre à ce royaume fictif ? Il faut, pour cela, remonter aux dernières années du royaume fondé par les croisés en Terre sainte. En 1268, Conradin de Hohenstaufen, roi effectif de Jérusalem, mourut sans héritiers directs. L’une de ses cousines, Marie d’Antioche, de la maison de Poitiers, revendiqua alors le royaume pour, finalement, vendre ses droits en 1277 au frère de Saint Louis, Charles d’Anjou, qui fut aussi comte de Provence et roi de Naples. Le titre de roi de Jérusalem passa ensuite, avec le royaume de Naples, aux rois d’Aragon qui devinrent rois d’Espagne. Et ainsi de suite jusqu’à Philippe VI d’Espagne. Pour faire court.

Mais les choses seraient trop simples, car le roi d’Espagne n’est pas le seul à prétendre à ce titre honorifique. En effet, les empereurs d’Autriche de la maison de Habsbourg-Lorraine le revendiquent aussi. Ainsi, lorsque Zita, épouse du dernier empereur d’Autriche, Charles (1887-1922), fut enterrée au couvent des Capucins de Vienne, le 1er avril 1989, l’on énuméra sa longue et impressionnante titulature. Figurait celle de reine de Jérusalem. Les Habsbourg-Lorraine sont, en effet, descendants de Ferdinand Ier, empereur du Saint-Empire, frère de Charles Quint, qui tirait ses droits sur le royaume fictif de Jérusalem par leur mère Jeanne la Folle (1479-1555), reine de Castille et d’Aragon. Charles Quint qui portait dans ses armes pleines celles de Jérusalem – la croix potencée d’or cantonnée de quatre croisettes.

Et ce n’est pas tout ! La maison de Savoie, qui régna sur l’Italie de 1861 à 1946, peut, elle aussi, prétendre au royaume de Jérusalem. Comment ? Il faut, une fois encore, remonter, aux dernières années du royaume franc. Outre Marie d’Antioche, citée plus haut, un autre cousin de Conradin de Hohenstaufen revendiqua, lui aussi, le trône de Jérusalem : Hugues III de Poitiers-Lusignan, roi de Chypre, qui régna effectivement de 1269 à 1276. Le titre passa dans la maison de Lusignan jusqu’à Anne de Lusignan (1418-1462), fille de Janus, roi de Chypre, arrière-arrière-petit-fils de Hugues III. Anne de Lusignan (ou de Chypre) épousa Louis Ier, duc de Savoie (1413-1465). Et c’est ainsi que le titre de roi de Jérusalem fut porté par les ducs de Savoie. Ainsi, en 1848, Charles-Albert de Savoie, roi de Sardaigne et père du premier roi d’Italie, Victor-Emmanuel II (1820-1878), lorsqu’il accorda une Constitution à ses sujets, s’intitulait « Charles-Albert, par la grâce de Dieu, roi de Sardaigne, de Chypre et de Jérusalem, duc de Savoie »

Dieu merci, ces revendications restent virtuelles, les choses étant suffisamment compliquées comme ça à Jérusalem, comme partout en Orient d’ailleurs.

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