La duchesse de Berry à Dieppe : le bain qui apprivoisa la mer
À l’heure où l’épisode de fortes chaleurs qui touche actuellement la France pousse des millions de Français à rêver de fraîcheur et de baignades au bord de l’eau, il est difficile d’imaginer qu’au début du XIXe siècle, la mer inspirait davantage la méfiance que le plaisir. En effet, bien avant l’essor du tourisme balnéaire, les eaux marines demeuraient un univers mystérieux, associé aux tempêtes, aux naufrages et aux dangers de l’inconnu. Le thermalisme, lui, était déjà solidement implanté dans les habitudes des élites européennes. Depuis le XVIIIe siècle, les stations thermales attiraient aristocrates et curistes venus chercher dans les eaux minérales un remède à leurs maux. La mer, en revanche, restait un espace que l’on contemplait davantage qu’on ne le fréquentait. Pourtant, au cœur de l’été 1824, une princesse de France osa s’aventurer dans les vagues et, sans le savoir, ouvrit la voie à la popularisation des bains de mer.
Une princesse à Dieppe
Au XIXe siècle, beaucoup de personnes ne savaient pas nager et l’idée même de s’immerger dans les vagues paraissait aventureuse. Cependant, à l’instar du thermalisme, les bains de mer commençaient à être prescrits pour des raisons médicales. À Dieppe, des pratiques thérapeutiques liées à l’eau de mer existaient déjà depuis plusieurs siècles et un premier établissement moderne de bains avait été créé en 1812.
C’est ainsi que l'exubérante Marie-Caroline de Bourbon-Siciles (déjà une Marie-Caroline de Bourbon-Siciles !), duchesse de Berry et belle-fille du futur roi Charles X, se rendit en Normandie. À l’initiative du comte de Brancas, sous-préfet de Dieppe, la station normande cherchait alors à attirer la haute société parisienne. La venue de la duchesse à l’été 1824 constituait ainsi une prestigieuse opération de communication et de promotion. Son séjour devait offrir à la ville une visibilité nationale et consacrer le nouvel établissement des Bains Caroline, baptisé en son honneur. Pour parfaire cette mise en scène, la duchesse fut également invitée à goûter au plaisir d’un bain dans la mer.
Ainsi, le 3 août 1824, la première baignade dieppoise de la duchesse devint un véritable événement public. Entre deux et trois mille personnes se massèrent sur la plage pour assister à la scène. Un coup de canon annonça même son entrée dans l’eau. La princesse portait alors un costume de bain très éloigné de nos actuels maillots : une robe de laine brune, un paletot, une toque, des bas et de légères bottes destinées à protéger ses pieds royaux face aux pinces des crabes. Cette tenue répondait évidemment aux exigences de pudeur et de décence de l’époque. Le médecin et inspecteur des bains, Charles-Louis Mourgué, chargé de « présenter la royale baigneuse aux vagues de la Manche », selon une gazette, l’accompagna également. Selon les récits, il lui tendit sa main gantée de blanc comme pour un bal avant de l’exposer aux flots de la mer pendant environ huit minutes.
La naissance d’une mode
Comme dit précédemment, la duchesse de Berry n’inventa pas les bains de mer. Ceux-ci existaient déjà en France depuis le milieu du XVIIIe siècle et Dieppe possédait un établissement balnéaire avant son arrivée. En revanche, son influence fut décisive pour les populariser. Sa présence régulière à Dieppe entre 1824 et 1829 transforma la station en lieu de rendez-vous de l’aristocratie et de la haute bourgeoisie. Dans son sillage virent le jour un théâtre construit en son honneur et un front de mer qui s’anima progressivement. Le Corsaire, un journal parisien, écrit ainsi, en juin 1829 : « La ville de Dieppe a subi d’heureuses métamorphoses. Nous touchons à l’époque où, animée et vivifiée par le séjour de Madame la duchesse de Berry, et peut-être par la présence de son auguste famille, elle doit prendre un aspect plus riant encore et paraître en quelque sorte une ville nouvelle. »
La plage et l’océan cessèrent ainsi, peu à peu, d’être un simple espace thérapeutique ou réservé aux marins pour devenir un lieu de villégiature et de loisirs. Deux siècles plus tard, alors que les plages françaises accueillent chaque été des millions de baigneurs venus chercher un peu de fraîcheur, le souvenir de cette immersion demeure. À Dieppe, en cet été 1824, une princesse n’a pas découvert la mer, elle l’a rendue désirable.
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9 commentaires
J’aime pas la plage…
Merci pour ce rappel historique .Il eut été apprécié et appréciable d’avoir des dessins ou une photo de l’époque …
Pendant ce temps les enfants bossaient dans les mines.
Et aujourd’hui les étrangers en situation irrégulière pédalent pour « Deliveroo » ou « Uber » (liste non exhaustive) pour porter leurs repas à des gens qui n’ont pas le courage de sortir de chez eux. Il est où le progrès?
Pendant qu’on lit des articles de BV, des enfants africains, asiatiques ou sud américains travaillent ,eux aussi , dans des mines. Alors, qu’est ce qu’on fait?
De toutes façons, en 1824 l’exploitation industrielle des mines n’avait pas encore commencé.
Toujours d’excellents articles
Bien
Bel article sympathique.